Les crampons ne suffisent pas toujours pour marcher sur les trottoirs glacés de Montréal : un homme recevra 15 000 $ de la Ville pour une chute survenue alors qu'il avait muni ses bottes de griffes d'acier.

Mis à jour le 19 nov. 2016
Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Les services municipaux ont commis une faute en négligeant «  de mettre en place un plan d'urgence d'épandage d'abrasifs  » sur le chemin Queen-Mary après le verglas tombé la veille du 5 janvier 2015, préférant ordonner le chargement de la neige, a tranché la Cour du Québec plus tôt cet automne.

Résultat : un trottoir « glacé ne permettant pas une circulation sécuritaire même avec des crampons ». Et un claveciniste au poignet fracturé, qui ne peut plus jouer.

Cet après-midi-là, Jean-Michel Tuchscherer était rentré chez lui après avoir mis le nez dehors, afin de munir ses bottes de crampons. « J'étais persuadé qu'avec ça, j'arriverais à marcher », a affirmé l'homme de 72 ans en entrevue.

Mais le trottoir du chemin Queen-Mary était complètement glacé, n'ayant pas reçu d'abrasifs en temps opportun. La surface était dure comme « du métal », a témoigné le Montréalais devant la juge Sylvie Lachapelle. « Ses crampons n'entraient pas dans la glace », ajoute-t-elle.

En lâchant un grillage auquel il s'était agrippé, M. Tuchscherer est tombé.

« Je suis tombé sur ma main droite. Je me suis fracturé tout de suite le poignet. Ma main était à l'envers à angle droit. »

Il a ensuite dû subir une intervention chirurgicale et des complications sont survenues.

M. Tuchscherer est professeur à la retraite de clavecin et d'orgue. Il supervise toujours des étudiants au doctorat de l'Université de Montréal, selon le jugement.

« Je ne peux plus rien faire du tout », se plaint-il. « C'est tout à fait impossible » de se remettre aux claviers. « J'ai toujours mal. »

UNE DÉCISION « INHABITUELLE »

Pour se défendre, la Ville de Montréal avait fait témoigner Jason Imbeault, directeur des opérations pour l'entrepreneur général chargé du déneigement du secteur. Mais l'homme a qualifié d'« inhabituelle » la décision des services municipaux, ce jour-là, qui a ordonné le chargement de la neige alors que les trottoirs étaient extrêmement glissants.

« Dans le fond, il aurait fallu mettre de l'épandage [d'abrasifs] en continu et retarder le chargement [de la neige] », a-t-il affirmé à la Cour.

Devant ce témoignage et celui de M. Tuchscherer, la Cour a déterminé que la Ville avait commis une faute, étape incontournable avant d'accorder un dédommagement à un citoyen.

La juge Sylvie Lachapelle a accordé à Jean Michel Tuchscherer le montant maximal prévu dans la loi touchant la division des petites créances : 15 000 $ plus les intérêts.