Ils ont fui leur pays avec seulement quelques papiers en poche, ils ont vécu dans des camps et ils ont le coeur gros d'avoir laissé de la famille derrière. Mais samedi soir, une soixantaine de réfugiés syriens et irakiens ont laissé leurs soucis à la maison le temps de fêter Noël.

Publié le 20 déc. 2015
Annabelle Blais LA PRESSE

Les enfants maquillés couraient un peu partout dans la petite salle communautaire du chemin Queen-Mary, à Montréal, et se montraient leurs nouveaux jouets pendant que les adultes chantaient une version bilingue (français et arabe) de Vive le vent. Sur la table à manger, les pizzas côtoyaient les fatayer, et les Doritos, les lahmajoun.

Les comédiens Chadi Alhelou et Stéphane Brulotte, fondateurs de l'organisme Je veux jouer, étaient tout sourire. Ce sont eux qui ont organisé cette soirée pour souhaiter la bienvenue aux réfugiés. Même le père Noël s'était déplacé pour l'occasion. 

« Par le jeu, on veut aider les enfants à oublier la guerre », affirme Stéphane Brulotte.

Le coeur était effectivement à la fête et personne n'avait spécialement envie de ressasser les traumatismes de la guerre ou de parler des défis que peut représenter la vie dans un nouveau pays.

Lorsqu'on demande à Ammar al-Saeedi comment il s'adapte à son nouveau pays, où il a atterri il y a à peine deux mois après avoir traversé l'Irak, la Syrie et la Turquie avec sa femme et ses deux enfants, il remonte sa manche et montre son nouveau tatouage où on peut lire la phrase : Canada is my home. Ammar a le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

Même fierté pour Ahed, arrivé au pays il y a deux mois avec ses deux fils et sa femme, qui venait tout juste d'apprendre qu'elle était enceinte. « Made in Canada », rigole Ahed.

LE SOUVENIR DE LA FAMILLE

Basma al-Zobey ne parle pas encore vraiment français. Mais elle est capable de dire « 3 octobre 2014 ». C'est à cette date qu'elle, son mari et ses quatre enfants sont arrivés au Canada. La famille habitait Daraa, ville où les premières manifestations ont eu lieu en Syrie dans la foulée du Printemps arabe de 2011.

Son mari a fait partie des groupes qui contestaient le pouvoir du président Bachar al-Assad et il a dû fuir le pays rapidement. Il a marché jusqu'en Turquie, après avoir traversé les territoires contrôlés par le groupe armé État islamique. Il estimait ses chances de survie à 50 %. Basma, elle, a fui seule de son côté avec les quatre enfants, dont le petit dernier âgé de 2 ans. Ils se sont tous retrouvés à Istanbul. Le pire est maintenant derrière, mais lorsqu'elle parle de sa famille, ses yeux se mouillent et son sourire se crispe pour retenir un léger tremblement des lèvres. « Le plus difficile est d'avoir laissé toute ma famille derrière », murmure-t-elle à sa voisine qui fait office d'interprète.

Ce sont des histoires comme la sienne qui ont touché droit au coeur Samar, Sarah et Jamil Assoum. Ces frères et soeurs d'origine libanaise se sentaient impuissants face au conflit syrien. Ils ont donc décidé d'aider en ramassant des jouets pour offrir aux enfants réfugiés. Samedi, ils ont offert trois boîtes remplies de jeux.

« On peut dire qu'au moins, on a fait un petit quelque chose, explique Samar, 26 ans. De voir le sourire des enfants... c'est un sentiment très fort, c'est très touchant. »

La Fondation Je veux jouer recueillait aussi des vêtements et des dons en argent. Une deuxième fête aura lieu le 13 février 2016 afin d'accueillir les prochaines familles. Samar, Sarah et Jamil ainsi que la Fondation Je veux jouer continuent de récolter les jouets et les dons en argent.