À l'instar d'Occupy Wall Street, à New York, le mouvement Occupons Montréal lancé samedi compte s'enraciner dans le centre-ville. Les «indignés» dénonçant les dérives du capitalisme s'organisent peu à peu et prévoient rester aussi longtemps que la météo le leur permettra. Ou que les policiers les délogent.

Pierre-André Normandin et Valérie Simard LA PRESSE

«À voir comment on est organisés, ça pourrait durer jusqu'à ce qu'il y ait trop de neige ou qu'il fasse trop froid pour qu'on puisse rester. On pourrait être là jusqu'en janvier», évalue Alastriona Nesbitt, l'une des centaines d'«indignés» rassemblés depuis samedi au Square Victoria.

Avec tout le va-et-vient et la noirceur, difficile dimanche soir d'évaluer la foule réunie à deux pas de la place de la Bourse de Montréal. La Presse a compté plus d'une centaine de tentes, dimanche soir. Tout au long de la soirée, de nouveaux abris poussaient dans le parc qui commençait à manquer d'espace où planter de nouveaux piquets.

Loin de se laisser décourager par le temps maussade du week-end, les «indignés» se sont peu à peu organisés. Un coin-cuisine a été aménagé sous une grande bâche, des repas chauds étant servis. Dans un autre coin, des vêtements chauds et de l'équipement de camping ont été entassés, prêts à servir pour accueillir de nouveaux militants. La Ville de Montréal a même livré trois bacs de recyclage à la demande d'un jeune militant. Un groupe tentera aujourd'hui d'installer un serveur pour rendre internet accessible aux «résidants» de ce village improvisé. D'autres cherchent à installer un groupe électrogène, les câbles électriques utilisés samedi ayant mystérieusement cessé de fonctionner dans la nuit de samedi à dimanche.

«C'est bien organisé, il y a des assemblées générales chaque jour. Il y a des poubelles, du recyclage, du compostage. C'est fait pour ne pas que ce soit le chaos, on essaye vraiment de respecter les lieux. On a des règlements, des ententes pour que ça reste bien», explique Alastriona Nesbitt.

Samedi soir, les militants ont voté pour que les tambours rythmant les journées se taisent à 23h, en conformité avec la réglementation municipale sur le bruit. On essaie ainsi d'éviter de donner des raisons aux policiers de les expulser.

Le règlement municipal interdisant de se trouver dans un parc la nuit ne s'applique pas au Square Victoria, considéré comme une place publique. En théorie, les manifestants ne peuvent toutefois pas y piquer leur tente sans permis, mais le Service de police de la Ville de Montréal ne comptait pas intervenir.

«Le gros test, ça va être [aujourd'hui]. Les hommes d'affaires vont être revenus, donc le quartier va retrouver sa faune. En même temps, il y en a beaucoup ici qui sont aux études, alors on va être moins nombreux ici», anticipe Alastriona Nesbitt. Certains militants espèrent que la semaine de lecture prévue dans certaines universités la semaine prochaine permettra de gonfler leurs rangs alors que des milliers d'étudiants seront en pause.

D'ici là, plusieurs se disent prêts à tenir le fort. «J'ai pris une semaine de vacances, donc si tout va bien, je serai ici jusqu'en fin de semaine prochaine, a assuré Frédéric Carmel, un homme de 25 ans qui travaille en administration. Je pourrais même rester encore plus longtemps.»

Samedi, Arthur Collin installait sa tente sur la place et considérait y passer la nuit en compagnie de sa conjointe et de ses deux enfants, âgés de 1 et de 4 ans. «Pourquoi sommes-nous ici?», a-t-il demandé à son fils. «Pour faire la révolution», a répondu celui-ci.

Occupation planétaire

Montréal n'est pas la seule ville où le mouvement d'occupation semblait vouloir prendre racine, à l'instar de New York où des militants campent depuis un mois. Des campements ont vu le jour en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.

Le mouvement de contestation a atteint un sommet samedi alors que des occupations ont été recensées dans 951 villes de 82 pays, selon le réseau 15october.net. Au Canada, des manifestations se sont tenues dans une douzaine de villes, dont Ottawa, Calgary et Vancouver. Le plus important rassemblement, Occupy Bay Street, a eu lieu à Toronto, où plus de 3000 personnes se sont réunies devant le siège social de la Banque TD avant de marcher jusqu'à un parc situé à proximité.

Des dizaines de milliers «d'indignés» sont retournés dans les rues du centre de Madrid où le mouvement d'indignation a pris naissance, le printemps dernier. À Rome, la violence a éclaté en marge de la manifestation qui a réuni des dizaines de milliers de personnes. Soixante-dix personnes ont été blessées. À Londres, des heurts mineurs avec la police se sont produits à la mi-journée. Huit cents «indignés» se sont rassemblés dans la City et ont reçu le renfort inattendu du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange.

Vingt-quatre personnes ont été interpellées à New York à l'intérieur et à l'extérieur d'une agence de la City Bank, située dans le sud de Manhattan, lors d'une manifestation tenue par Occupy Wall Street. La vague de protestation a également gagné Sydney et Melbourne, en Australie, ainsi que Tokyo, au Japon.

- Avec PC et AFP