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Marcher pendant 11 ans

Jean Béliveau, qui était sur le bord du... (Photo: archives AFP)

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Jean Béliveau, qui était sur le bord du lac Ontario le 22 septembre dernier, a parcouru quelque 75 500 km en 4077 jours et a été hébergé chez 1600 familles de toutes les classes sociales dans 64 pays.

Photo: archives AFP

Le 18 août 2000. Jean Béliveau quitte le Québec avec 4000$, un petit tricycle à bagages et le rêve fou de faire le tour du globe à pied. Quelque 75 500 km, 4077 jours et 64 pays plus tard, le marcheur de 55 ans termine aujourd'hui son incroyable voyage. Après une marche de 11 ans et 2 mois, Jean Béliveau rentre à Montréal.

Pour comprendre le projet de voyage de Jean Béliveau (à ne pas confondre avec le célèbre joueur de hockey), il faut remonter à la crise du verglas. À l'époque, M. Béliveau est propriétaire d'une entreprise qui vend des enseignes lumineuses. La panne d'électricité qui plonge une partie du Québec dans le noir pendant des semaines est ravageuse pour les affaires. M. Béliveau se résigne et ferme son commerce.

«J'ai vécu une écoeurantite aiguë. Je me disais que même si je changeais de domaine, ça resterait du pareil au même: trouver des marchés, vendre des produits. Je connaissais la musique. Après avoir fermé le commerce, je suis tombé dans une petite dépression, mais je n'ai jamais pensé prendre des médicaments. J'ai alors commencé à courir.»

Le bonheur dans la course

M. Béliveau retrouve le bonheur dans l'entraînement. Un jour, lorsqu'il est sur le pont Jacques-Cartier, il se met à imaginer en combien de temps il pourrait rejoindre New York, puis le Mexique, l'Amérique latine et même... le reste du monde.

«Je suis revenu à la maison à la course et j'ai fait l'estimation de tout cela: ça me donnait théoriquement une dizaine d'années.»

M. Béliveau commence alors à travailler sur son projet, d'abord en secret. «Je n'en ai pas parlé à ma famille durant huit mois parce que j'avais peur que les gens qui m'aiment brisent le rêve», explique-t-il.

En août 2000, il se lance avec l'appui de sa femme Luce et de ses deux enfants, Thomas-Éric et Élisa-Jane, alors âgés de 20 et 18 ans. La journée de son départ, sa fille est enceinte de quatre mois. Il décide de marcher pour promouvoir la paix dans le monde et la non-violence au profit des enfants.

«En réalité, j'ai fait comme une échappée de mon monde labyrinthique», analyse-t-il 11 ans plus tard. «On vit dans une société labyrinthique, où il faut virer à droite, tourner à gauche, mais où on ne peut pas passer par-dessus les murs dressés devant soi. Je me suis échappé de tout cela, une échappée pour me retrouver. Peut-être du mauvais que j'avais à l'intérieur de moi pour refaire mes valeurs, enlever toutes les vieilles valeurs pourries que j'avais recueillies dans ma vie. Et ce que j'ai appris, c'est la simplicité des choses.»

La marche de M. Béliveau a été rendue possible grâce à la générosité des gens qu'il a croisés sur la route. Environ 80% des ressources financières sont des dons, explique-t-il. Il a été hébergé chez 1600 familles de toutes les classes sociales. Il a dormi dans des églises, des temples, sous des ponts, dans des postes de pompiers et dans sa tente 1500 fois. Il a été volé à deux reprises, en Afrique du Sud et en Éthiopie.

Lune de miel

Sa compagne Luce l'a aussi appuyé à hauteur d'environ 5000$ par année. Celle-ci est allée le rejoindre trois semaines par année pour leur «lune de miel». Son fils est aussi allé marcher avec lui à cinq reprises. M. Béliveau est aujourd'hui grand-père de deux petites filles, dont une qu'il n'a jamais rencontrée.

«Il y a un prix à payer, admet-il. Le prix à payer, c'est le manque. Eux aussi, ils ont payé le prix pour cela: le manque d'un grand-père. Je reviens avec une richesse, mais chanceux que la famille soit là et qu'elle ne soit pas brisée et, au contraire, qu'elle soit bien unie.»

Plusieurs l'on comparé à Forrest Gump, d'autres, à l'explorateur Marco Polo, à l'écrivain Jack Kerouac ou au pèlerin arabe Ibn Battûta. M. Béliveau avoue d'emblée qu'il est incapable de se comparer à quelqu'un en particulier, mais que Terry Fox l'a grandement inspiré. «Je me suis dit que s'il pouvait traverser le Canada sur une jambe et malade, je pouvais, moi qui ai deux jambes et qui suis en santé, traverser le monde.»

Grandes rencontres

Au fil des ans, M. Béliveau a rencontré les grands de ce monde comme Nelson Mandela et trois autres Prix Nobel de la paix. Quelles ont été ses rencontres les plus marquantes? «Je dirais que c'est plutôt des gens ordinaires, répond-il. Les gens me disent: tu as sûrement rencontré des grandes personnes. Oui, mais finalement, il y a des grandes personnes inconnues dans le monde et c'est des gens simples qui vivent dans leur famille ou dans des coins perdus, des gens exemplaires. On peut se nourrir d'eux, s'inspirer d'eux.»

Sa route a également été parsemée de difficultés. En plus du défi de parcourir 100 km tous les trois jours, il a souvent dû composer avec le jugement d'autrui. «Un jour, on est le roi, et l'autre jour, on est un rien, explique-t-il. Des fois, il y a le phénomène de rejet parce qu'on pousse son petit chariot de voyage. Il y a des cultures, même ici au Canada, où j'étais mis dans la catégorie des mendiants ou des sans-abri.»

Un livre

Jean Béliveau arrivera à la place Jacques-Cartier ce soir à 17h. Mais avant, il retrouvera sa compagne Luce sur le pont Lachapelle, à Cartierville. Il compte maintenant publier un livre sur son aventure et donner des conférences. Comment se sent-il après cette incroyable excursion?

«Je vis un chaos émotif! répond-il. Je regarde en arrière, avec nostalgie, les hauts et les bas de la marche, mais aussi vers l'avant avec anticipation de reprendre une vie qui ne sera pas vraiment une vie de routine, je l'espère.»




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