Hydro-Québec vient de franchir une nouvelle étape dans son projet de réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2, à Bécancour.

Charles Côté LA PRESSE

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a annoncé hier le renouvellement, pour une période de cinq ans, jusqu'au 30 juin 2016, du permis d'exploitation de la centrale et «autorise également les activités reliées à la réfection». La CCSN exprime même un sentiment d'urgence. «La Commission s'attend fortement à ce qu'Hydro-Québec commence les activités de réfection aussi tôt que possible, si elle est décidée à s'engager dans cette voie», peut-on lire dans la décision.

«Ce qu'on a demandé, c'est d'exploiter, de procéder à la réfection et de remettre en service après la remise à neuf et c'est ce qu'on a obtenu, affirme Isabelle Thellen, porte-parole d'Hydro-Québec. On est très satisfaits.»

De son côté, Sylvain Simard, de Nature-Québec, n'est pas surpris par la décision de la CCSN, mais ajoute qu'il est plus que jamais temps de sortir de l'industrie nucléaire. «L'Allemagne, l'Italie et la Suisse le font, même si cela leur cause des difficultés, alors que, pour nous, le timing est idéal, compte tenu de nos surplus énergétiques», dit-il.

La décision a été rendue publique le jour même où le gouvernement fédéral annonçait la vente d'Énergie atomique du Canada (AECL) à la firme d'ingénierie montréalaise SNC-Lavalin (voir autre texte en page 4 de La Presse Affaires). C'est AECL qui a fabriqué le réacteur CANDU-6 qui équipe Gentilly-2 et les autres centrales nucléaires canadiennes.

Un projet de 2 milliards

Le projet de réfection de Gentilly-2 a été décidé par Hydro-Québec en 2008. Il était évalué à 2 milliards. Il implique la fermeture de la centrale pendant deux ans, puis sa remise en service pendant 25 ans. La fin de sa vie utile dans son état actuel est prévue pour 2013.

Le gouvernement Charest a demandé à Hydro-Québec de mettre à jour ses analyses, mais demeure en principe favorable au projet. «La décision a été prise en 2008, mais on a demandé en mars une mise à jour des analyses économiques compte tenu des retards et dépassements de coût à Point Lepreau et à Wolsong en Corée», a indiqué Marie-France Boulay, attachée de presse de la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau.

Le coût de la réfection de la centrale de Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick, approche les 4 milliards. Dans le cadre de la vente d'AECL à SNC-Lavalin, le gouvernement fédéral s'est cependant engagé à éponger les dépassements de coûts des deux projets d'AECL en cours, à Point Lepreau et à la centrale de Bruce en Ontario.

Le Parti québécois s'oppose quant à lui à la réfection. «Il est encore temps de renoncer à ce projet et de prendre une autre décision, sachant qu'il y aura des dépassements de coûts, a dit Sylvain Gaudreault, député de Jonquière et porte-parole de l'opposition en matière d'énergie. Et sachant qu'on est en surplus énergétique.»

De son côté, la CCSN estime qu'il reste des analyses à effectuer avant de procéder à la réfection. «La CCSN entend achever les analyses des rapports des facteurs de sûreté liés à la réfection d'ici la fin de l'année 2011», précise-t-on dans la décision.

La CCSN demande à Hydro-Québec d'arrêter le réacteur de la centrale au plus tard le 31 décembre 2012 en vue de la réfection et d'obtenir son approbation avant son redémarrage.

En outre, la Commission fusionne le permis de la centrale et celui de l'installation de stockage de déchets radioactifs, située à côté.

La décision fait suite à des audiences publiques tenues à Bécancour les 13 et 14 avril dernier. Outre Hydro-Québec, la Commission a entendu 64 personnes ou groupes.

Gentilly-2 produit environ 3% de l'électricité du Québec. Elle est entrée en service en 1983.