Nous avons trouvé un accord, a annoncé, la semaine dernière, Morgan Tsvangirai, le chef du principal parti d'opposition zimbabwéen, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Le président Robert Mugabe, qui dirige le pays d'une main de fer depuis 28 ans, continuera d'être à la tête du Conseil des ministres, mais ce dernier comptera dans l'opposition un membre de plus que le Zanu-PF de Robert Mugabe. Morgan Tsvangirai deviendra premier ministre et présidera un Conseil d'état spécialement créé pour "superviser" le Conseil des ministres.

Gwynne Dyer

Nous avons trouvé un accord, a annoncé, la semaine dernière, Morgan Tsvangirai, le chef du principal parti d'opposition zimbabwéen, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Le président Robert Mugabe, qui dirige le pays d'une main de fer depuis 28 ans, continuera d'être à la tête du Conseil des ministres, mais ce dernier comptera dans l'opposition un membre de plus que le Zanu-PF de Robert Mugabe. Morgan Tsvangirai deviendra premier ministre et présidera un Conseil d'état spécialement créé pour "superviser" le Conseil des ministres.

Nul ne sait ce que cet arrangement implique, mais en tout état de cause, il n'est pas viable. La question centrale est de savoir qui contrôlera les forces de sécurité. Et la vraie réponse - quand bien même cet accord permettrait au MDC de contrôler la police au jour le jour - est que les officiers de police et les chefs de l'armée hauts gradés sont liés à Robert Mugabe par des maillons d'acier. Car ils ont commis de multiples assassinats pour le maintenir au pouvoir et un régime successeur ne les leur pardonnerait pas. Excepté, bien sûr, si cet accord comprend une amnistie secrète pour tous ces meurtres.

Si c'était le cas, cela ferait une vraie différence. Le haut commandement de l'armée et de la police pourrait alors envisager un avenir tranquille après le départ de Robert Mugabe et il pourrait arrêter de le soutenir coûte que coûte.

Le président sud-africain, Thabo Mbeki, le médiateur qui a structuré cet accord, sait qu'une amnistie permettrait Robert Mugabe de se retirer du pouvoir progressivement, sans heurt, tout en préservant sa dignité. Du même coup, le Zanu-PF continuerait de diriger le pays.

Voilà, depuis le départ, les objectifs de Thabo Mbeki... Bien que près de 20 ans le séparent de l'âge du président zimbabwéen (84 ans), ils appartiennent tous deux à la "génération de l'indépendance" des dirigeants d'Afrique australe, qui ont mené la lutte contre la domination de la minorité blanche.

Avec respect

Si Robert Mugabe a conduit l'économie du Zimbabwe à la ruine, ordonné l'assassinat de dizaines de milliers de ses concitoyens et fait fuir un quart de la population à l'étranger en tant que réfugiés économiques, aux yeux du chef d'État sud-africain, il mérite malgré tout d'être traité avec respect pour son rôle historique.

L'opposition zimbabwéenne se retrouve dans une position extrêmement difficile. Elle a remporté la majorité au Parlement à l'élection de mars dernier. En outre, Morgan Tsvangirai a battu Robert Mugabe avec une nette avance au scrutin présidentiel (malgré toutes les intimidations exercées par le régime en place et le bourrage d'urnes). Cependant, comme le chef de l'opposition s'est retrouvé crédité d'à peine moins de 50 % des suffrages lorsque le gouvernement a annoncé les résultats de l'élection, il a dû affronter Robert Mugabe lors d'un second tour électoral, au mois de juin.

Le régime a alors mobilisé les diverses milices du Zanu-PF, soutenues par l'armée et la police, pour faire tuer ou terroriser un nombre suffisant de partisans du MDC en vue de remporter le second tour. Plusieurs centaines de personnes ont été assassinées et des centaines de milliers chassées de leur foyer. Morgan Tsvangirai s'est vu contraint de se retirer de l'élection quelques jours avant la tenue du scrutin pour éviter une plus grande effusion de sang. De toute façon, le gouvernement était résolu à annoncer la victoire du Zanu-PF. Robert Mugabe a donc été "réélu", comme prévu, à la présidence du Zimbabwe à l'occasion d'un scrutin sans adversaire.

Quels calculs ont bien pu pousser Morgan Tsvangirai, Lovemore Moyo et les autres cadres du MDC à accepter un accord permettant à Robert Mugabe de garder son poste de président et de chef du Conseil des ministres ? Ils ne font pas confiance à Thabo Mbeki dont ils savent qu'il veut empêcher le MDC d'accéder au pouvoir, quelle que soit l'opinion des Zimbabwéens. Ont-ils subi des pressions pour conclure cet accord ? Considéraient-ils que la seule alternative serait une guerre civile ?

Amnistie

Peut-être, mais pas nécessairement. Si cet accord prévoit secrètement une amnistie pour les crimes perpétrés par les militaires et la police, alors les responsables du MDC n'auront plus besoin que Robert Mugabe reste au pouvoir. Et comme Thabo Mbeki devra renoncer à la présidence de l'Afrique du Sud l'année prochaine, le géant de l'Afrique australe ne sera plus déterminé à protéger Robert Mugabe et à maintenir le Zanu-PF au pouvoir.

Le successeur de Thabo Mbeki est déjà connu. Il s'agit de Jacob Zuma, qui a ouvertement condamné Robert Mugabe et fustigé la gestion de cette crise par Thabo Mbeki. Jeudi dernier, un tribunal sud-africain a établi que charges de corruption contre Jacob Zuma étaient motivées par des considérations politiques et ne pouvaient pas être maintenues, ce qui lève le dernier obstacle et lui permettra d'accéder à la présidence. Lorsque ce dernier sera à la tête de l'Afrique du Sud, l'équilibre régional des forces penchera radicalement en faveur du MDC.

L'opposition zimbabwéenne a donc accepté un accord peu satisfaisant dans l'espoir que l'année prochaine lui sera plus favorable. Dans la mesure où le Zimbabwe a cruellement besoin d'aides étrangères et non pas d'une paralysie continue de la politique ou d'une guerre civile, c'est une décision responsable. Quant à savoir si c'est la bonne décision, aujourd'hui, nul ne le sait.

gdyer@ledroit.com

Gwynne Dyer est un journaliste canadien, basé à Londres, dont les articles sont publiés dans 45 pays.