Le cartel de l'essence démantelé ce printemps dans quatre villes du Québec pourrait être d'une ampleur insoupçonnée. Les personnes accusées d'avoir comploté ont discuté des prix dans plusieurs autres marchés, dont celui de Montréal.

Catherine Handfield

C'est ce que révèlent des transcriptions d'écoute électronique effectuée par le Bureau de la concurrence du Canada pendant son enquête. Ces enregistrements, faits entre 2005 et 2006, ont servi d'éléments de preuve pour accuser en juin 13 personnes et 11 entreprises.

Dans le document de 300 pages, des exploitants de stations-services font référence aux marchés de Montréal, Trois-Rivières, Valleyfield, Sorel, Saint-Hyacinthe et Le Gardeur. Le Bureau a capté une conversation le 9 mars 2006 entre une responsable du Centre des prix de Couche-Tard et un représentant de Pétroles Global, une entreprise qui possède une dizaine de stations sous la bannière d'Olco au Québec et plusieurs autres sous la bannière d'Esso. «À Montréal, le prix sera de 98,4 sous. Le changement aura lieu demain», dit la responsable de Couche-Tard, Céline Bonin. Une semaine plus tard, le représentant de Pétroles Global, Pierre Bourassa, fait part à une concurrente d'une possible «restauration des prix d'environ 6 ou 7 sous» à Montréal.

Dans une autre conversation téléphonique datant de février 2006, Mme Bonin discute encore avec M. Bourassa. «Comme d'habitude, à 10h», lui dit-elle. «C'est ça, à 96,4. (...) À Coaticook, ce sera à la fermeture et même chose pour Magog», répond M. Bourassa.

L'enquête du Bureau de la concurrence, ouverte en 2004, a mené à des accusations à Victoriaville, Thetford Mines, Sherbrooke et Magog. Trois entreprises et un individu ont plaidé coupable.

La liste pourrait-elle s'allonger? «C'est possible», répond Pamela Wong, du Bureau de la concurrence. «Notre enquête s'étend à d'autres régions du Canada.»

Le professeur en sciences économiques à l'Université de Montréal, Abraham J. Hollander, estime qu'il est «possible» que des stations-services de Montréal aient comploté pour fixer les prix. «Mais ça ne signifie pas, en soit, que la chose est probable.» Il souligne qu'un cartel serait plus difficile à coordonner à Montréal en raison du nombre plus élevé de stations-services.

Couche-Tard n'a pas voulu commenter. Les Pétroles Global n'ont pas rappelé La Presse.