Ils sont beaux, mais pas écolos. Les feux d'artifice de La Ronde, qui émerveillent plus de trois millions de spectateurs chaque été et qui rapportent des millions en retombées économiques, ont généré les pics de pollutions les plus importants à Montréal depuis 2002. Les valeurs enregistrées sont si élevées qu'elles pourraient aggraver les symptômes des citoyens qui souffrent de maladies respiratoires.

Daphné Cameron

Les feux d'artifice ont causé des sommets de pollution atmosphérique à Montréal depuis 2002. La Direction de la santé publique de Montréal s'en inquiète au point de vouloir réaliser une étude sur le sujet.

À 15 reprises depuis son ouverture en 2001, la station de surveillance de la qualité de l'air d'Hochelaga-Maisonneuve a mesuré des concentrations de particules fines respirables jusqu'à 10 fois supérieures à la normale dans l'heure suivant le début des prestations pyrotechniques.

«Les pires indices de qualité de l'air jamais enregistrés l'ont été des soirs de feux», confirme le responsable du Réseau de surveillance de la qualité de l'air de Montréal, Claude Gagnon. «Lorsque le vent souffle en direction du sud-est, le panache de fumée généré par les explosions s'en va vers Hochelaga-Maisonneuve, où, pendant une demi-heure, on ne voit plus rien parce que le quartier est envahi par la poussière. Les autres soirs, ça s'en va vers la Rive-Sud ou le fleuve.»

Les émanations des feux de La Ronde, qui contiennent du chlore, du baryum, du sulfure, du magnésium et du soufre, ne restent au-dessus d'Hochelaga-Maisonneuve qu'une ou deux heures avant d'être soufflées vers le nord. Mais les concentrations anormalement élevées de polluants peuvent être nocives pour la santé respiratoire des habitants du quartier ainsi que des spectateurs.

Les particules fines respirables sont des poussières tellement petites qu'elles peuvent atteindre les alvéoles pulmonaires.

Lorsque la qualité de l'air est qualifiée de «bonne» à Montréal, le nombre de particules fines respirables est d'environ 10 microgrammes par mètre cube d'air. Lors d'épisodes de smog, cette concentration peut atteindre 80 µg. Au cours d'un feu d'artifice de juin 2007, un taux de 1000 µg a été mesuré au-dessus du pont Jacques-Cartier.

À la station d'Hochelaga-Maisonneuve, située à 1,8 km de l'île Sainte-Hélène, une concentration historique de 570 µg a été enregistrée entre 22 h et 23 h le 26 juillet 2006, lors d'un spectacle de l'Australie.

«On sait que le nombre d'hospitalisations pour des problèmes respiratoires augmente de façon importante lorsqu'il y a du smog», dit Normand King, épidémiologiste à Direction de la santé publique de Montréal. «Même si ça n'a jamais été mesuré, il est donc logique de croire qu'une exposition de courte durée, mais à des taux très élevés, serait très nocive pour les gens qui souffrent d'asthme, d'emphysème ou de bronchite chronique.»

Préoccupée par la pollution engendrée par les feux d'artifice, la Direction de la santé publique de Montréal a voulu enquêter sur les impacts du haut taux de particules fines respirables sur la santé des citoyens. «Mais on s'est fait refuser le financement», dit Normand King en ajoutant que près de 9% de la population de plus de 12 ans souffre d'asthme.

À Hawaï, l'exercice a été fait il y a plusieurs années. Lors d'un feu d'artifice du Nouvel An, le nombre d'admissions dans les hôpitaux locaux pour difficultés respiratoires a bondi de 113% dans les heures suivant le spectacle.

Les organisateurs des feux à La Ronde ont été avertis dès que le phénomène a été noté, en 2002. «À la demande de la Direction de la santé publique, les spectateurs sur le site sont maintenant avertis par le maître de cérémonie que la fumée pourrait les incommoder», dit la directrice de l'International des feux Loto-Québec, Martyne Gagnon.

Un secret de Polichinelle

La pollution de l'air causée par les feux d'artifice n'est pas un secret pour les habitants du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Depuis l'inauguration du concours, en 1985, les résidants sont envahis par un nuage de fumée qui sent le soufre plusieurs fois chaque été.

Lise Laplante, qui vit depuis 27 ans au huitième étage d'un immeuble de la rue Notre-Dame, a fréquemment constaté le phénomène du haut de son balcon. «Lorsque le vent est faible et que la fumée reste presque sur place, on ne voit même plus les feux à La Ronde, seulement des halos de couleur», explique-t-elle.

La femme de 55 ans dit ne jamais avoir été importunée par la fumée, mais son défunt mari, qui faisait de l'oedème pulmonaire, avait plus de mal à respirer. «Il avait plus de misère, comme les jours de grande humidité», dit-elle.

Samedi dernier, lors des feux du Portugal, Nicholas Davies a été initié au brouillard de particules en promenant son chien dans la rue Lafontaine. Une concentration de 100 µg de particules fines respirables par mètre cube d'air a d'ailleurs été mesurée peu après 22 h.

«C'était comme si on avait allumé un carton d'allumettes sous mon nez tellement ça sentait le soufre, dit le tatoueur de 28 ans. Avec toute la fumée et le bruit des explosions, j'avais l'impression d'être à la guerre!»

Joëlle Larouche, qui a observé le phénomène chaque été depuis qu'elle a emménagé dans le secteur, il y a quatre ans, est préoccupée par l'importante pollution décelée dans son quartier. «Je ne m'empêcherai pas de vivre pour ça, dit-elle. Mais en attendant, nous, citoyens on fait plein d'efforts pour recycler et prendre les transports en commun. C'est ça qui est un peu fâchant.»