Persévérante, Nadia Bechraoui affirme avoir amassé assez d'argent en vendant des canettes et des bouteilles vides pour s'acheter un ensemble laveuse-sécheuse.

André Duchesne

«Et c'est de la bonne qualité, affirme la dame de 65 ans, qui dit pratiquer cette activité depuis quelques années déjà. Ça m'a pris deux ans et demi pour y arriver.»

La Presse a rencontré Mme Bechraoui par un matin pluvieux de la semaine dernière, à l'entrée d'un supermarché Métro du quartier Rosemont. Habituée des lieux, elle est entrée avec son vieux sac bourré de contenants, qu'elle a déversés dans un chariot. Elle s'est mise en file, attendant son tour, échangeant quelques mots avec d'autres ramasseurs, près des gobe-contenants qui émettaient des éructations d'aluminium écrasé.

Combien coûte un ensemble laveuse-sécheuse? Un saut sur le site d'un grand magasin de meubles québécois indique des prix oscillant entre 700 et 1100$. Prenons un ensemble pas trop cher: 800$. Comme une canette de boisson gazeuse consignée rapporte cinq cents, il faut 16 000 contenants pour s'offrir un tel cadeau!

Algérienne d'origine, Mme Bechraoui est arrivée au Canada il y a une vingtaine d'années. À la retraite, elle vit maintenant d'une petite rente qu'elle arrondit grâce à la revente de contenants consignés.

Pour cette dame toute menue, ramasser des canettes constitue en fait le meilleur des trois mondes: économiser quelques dollars, faire de l'exercice et venir en aide aux personnes handicapées.

«Vous savez ce que c'est? demande-t-elle en montrant, dans le creux de sa main, quelques languettes d'aluminium. Je vais les porter à un organisme pour acheter des fauteuils roulants.»

Parfois, ses confrères de la rue lui donnent leurs languettes. «Ils savent que je les ramasse», précise-t-elle avec reconnaissance.

Pour elle, abolir la consigne constituerait un retour en arrière. «Les gens ne vont pas nécessairement mettre leurs contenants dans les bacs à recyclage. Ils les jettent bien souvent dans les sacs verts.»