Depuis un an, la vie de centaines de résidants de Pointe-Saint-Charles est empoisonnée par les camions lourds qui empruntent les rues du quartier pour accéder aux anciens ateliers ferroviaires du Canadien National (CN).

Mis à jour le 18 juill. 2008
Annie Mathieu

Bruits de moteurs et de freins, vibrations, odeur des pots d'échappement et poussière: les résidants sont à bout de nerfs. Des camions-bennes et semi-remorques vont et viennent quotidiennement pour décharger tantôt du papier recyclé, tantôt de la terre pour décontaminer le terrain en vue de la construction d'immeubles d'habitation. L'hiver dernier, le terrain servait aussi de dépôt à neige.

L'avocat Vincent Chiara, qui a acheté en 2006 les ateliers et le terrain du CN, prévoit l'aménagement d'appartements en copropriété et l'implantation d'industries lourdes et légères d'ici deux ans.

En attendant, il loue les ateliers à deux entreprises spécialisées en réparation d'équipements ferroviaires ainsi qu'à une compagnie de recyclage qui y stocke des ballots de papier.

Des résidants en colère

Sylvaine Chassée habite à quelques pas de là. Travailleuse autonome, elle subit quotidiennement les désagréments causés par les poids lourds. «Un jour, j'ai décidé d'envoyer un courriel aux élus du quartier chaque fois qu'un camion passait. J'en ai envoyé 30!» raconte la mère de deux jeunes enfants.

Une autre résidante, Natacha Alexandroff, dit avoir compté 200 camions dans le quartier en moins de 24 heures. «C'était l'enfer», résume-t-elle.

Le directeur de l'aménagement de l'arrondissement du Sud-Ouest, Normand Proulx, est conscient du problème. «Le site est un secteur d'emplois. On doit donner aux camions l'autorisation d'entrer et de sortir», plaide-t-il.

«On bénéficie de droits acquis, mais, dans le but d'avoir des relations harmonieuses avec la Ville et les résidants, on accepte de changer nos plans et nos accès», dit Me Chiara.

La solution à moyen terme est la construction d'un passage à niveau qui permettrait aux camions de passer du côté sud des terrains plutôt que du côté résidentiel.

«Avant que les camions aient le droit de passer là, ça va prendre deux ans», s'indigne Mme Alexandroff. «Ce n'est pas une solution qu'on peut implanter rapidement», admet M. Proulx. Les discussions entamées avec le CN, encore propriétaire des voies du site, tardent en raison de la difficulté que représente l'installation d'un passage à niveau à un endroit où le trafic ferroviaire est intense.

Solution de rechange

À court terme, l'arrondissement prévoit limiter les heures de passage des camions de 7h à 17h, réduire la vitesse à 30 km/h et ajouter un feu de signalisation.

La circulation des camions qui transportent de ballots de papier sera résorbée d'ici octobre, assure M. Proulx. L'entreprise, JC Fibres, entreposait illégalement le papier dans des bâtiments qui n'étaient pas protégés contre le feu. L'arrondissement a ordonné à l'entreprise de vider les entrepôts... ce qui représente encore de nombreux va-et-vient de camions.

Un peu d'histoire

Les ateliers ferroviaires ont été construits à Pointe-Saint-Charles, dans le sud-ouest de Montréal, au milieu du XIXe siècle. Ils sont situés entre le canal de Lachine et le pont Victoria, à l'ouest de l'autoroute Bonaventure et du bassin Peel. Le CN a loué le terrain et les ateliers au groupe Alstom au cours des années 80, avant de les vendre en 2006 à Vincent Chiara pour la somme de 1$. Cette transaction avait été vivement dénoncée par la firme Canderel et Associés, dont l'offre de 20 millions avait été rejetée par le CN.