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Le tourisme américain tremble face à Donald Trump

Le Golden Gate à San Francisco... (Photo archives La Presse)

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Le Golden Gate à San Francisco

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Jeremy Tordjman
Agence France-Presse
Washington

Restrictions migratoires, tweets controversés, contrôles «extrêmes» aux frontières: la rhétorique isolationniste de l'administration Trump commence à donner des sueurs froides à l'industrie américaine du tourisme qui craint une hémorragie de visiteurs internationaux, notamment en provenance d'Europe.

«Beaucoup sont peut-être en train de se dire: "Je me demande si les États-Unis sont encore prêts à nous accueillir"», résume Roger Dow, le patron de l'US Travel Association qui représente un secteur générant près de 1000 milliards de dollars chaque année.

Réunis cette semaine à Washington pour leur grand-messe annuelle, les professionnels du secteur n'ont pas caché les craintes suscitées par les appels de la Maison-Blanche à privilégier «l'Amérique d'abord» ou à interdire d'entrée aux États-Unis des ressortissants de 6 pays à majorité musulmane.

«Chacun d'entre nous doit contribuer à corriger l'idée selon laquelle les États-Unis d'Amérique ne veulent pas de voyageurs internationaux», a exhorté Geoff Ballotti, patron de la chaîne hôtelière Wyndham.

Le slogan de la conférence washingtonienne - "Un grand message de bienvenue» - était d'ailleurs sans équivoque. «Il faut qu'on s'assure que "la marque Amérique" ne soit pas ternie», martèle M. Dow, ajoutant que Donald Trump est a priori le mieux placé pour entendre le message. «C'est un patron d'hôtels. Il doit comprendre ça».

Réservations en berne

L'Amérique, ses parcs nationaux majestueux, ses métropoles mythiques et ses parcs d'attraction (Disney, studios Universal...), continuent certes d'attirer des millions de visiteurs chaque mois mais les signes de désaffection s'accumulent depuis l'arrivée du milliardaire républicain à la Maison-Blanche en janvier.

Selon le cabinet d'analyse sur le tourisme ForwardKeys, les réservations pour des voyages aux États-Unis entre début juin et fin août ont chuté de 3,4% sur un an, plus particulièrement celles en provenance d'Europe de l'Ouest (-6,8%), dans un contexte pourtant porteur pour les autres grandes destinations touristiques.

«C'est tout à fait possible que ce que Donald Trump a dit ait un impact», commente pour l'AFP David Tarsh, porte-parole de ForwardKeys, qui rappelle «l'effondrement» des réservations (-6,5%) dans la semaine qui avait suivi la signature fin janvier du premier décret présidentiel restreignant les arrivées aux États-Unis.

«Quand vous entendez des mots comme "interdictions de voyager", cela jette un grand coup de froid sur l'activité», confirme James Murren, le patron du groupe de loisirs MGM, qui affirme toutefois ne pas déceler encore d'impact sur son activité.

Avant d'en arriver là et de devoir constater les dégâts, les professionnels plaident leur cause auprès de la Maison-Blanche en surlignant des thèmes chers au président Trump: leurs quelque 5,7 millions d'emplois ne sont, par nature, pas délocalisables et leur activité représente un tiers des exportations américaines de services.

«Si l'administration Trump veut vraiment réduire le déficit commercial, elle aura besoin de notre aide», a glissé lundi le patron de la chaîne hôtelière de luxe américaine Loews Hotels & Resorts, Jonathan Tisch.

Dollar fort

Très sensible aux fluctuations politiques et aux craintes sécuritaires, le secteur est habitué à être la victime collatérale des changements à la Maison-Blanche.

Pendant le double mandat de George W. Bush (2001-2009), très impopulaire en Europe, la fréquentation annuelle des touristes étrangers avait connu plusieurs trous d'airs, chutant de 8,3% en 2002 après les attentats du 11-Septembre, et de 4,1% en 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak, selon les chiffres officiels.

L'élection de Barack Obama en 2008 a enclenché un cercle vertueux qui a conduit à un pic historique en 2015, avec le chiffre record de 77,5 millions de visiteurs étrangers, même si les débuts ont été poussifs.

En 2010, l'ancien président avait ainsi été vilipendé par le secteur pour avoir jeté l'opprobre sur Las Vegas, haut lieu touristique américain. «Vous n'achetez pas un bateau quand vous pouvez à peine rembourser votre crédit immobilier. Vous ne flambez pas votre argent à Vegas quand vous essayez d'économiser pour l'université», avait-il déclaré, au lendemain de la crise financière.

Aujourd'hui, les craintes du secteur ne se focalisent toutefois pas entièrement sur les crises à répétition provenant de la Maison-Blanche. L'appréciation du dollar vis-à-vis de l'euro et surtout vis-à-vis de la livre britannique, affaiblie par le Brexit, ont pu rebuter certains touristes en provenance du Vieux Continent.

«Les mouvements du dollar américain par rapport aux autres grandes devises ont un impact sur le coût du voyage et sur l'attrait des voyages dans des destinations rivales», écrit l'institut de recherche IBISWorld dans un récent rapport sur le secteur aux États-Unis.

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