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Une croisière de luxe dans l'Arctique suscite les critiques

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Le Crystal Serenity lors de son passage en Alaska.

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Jocelyne Zablit
Agence France-Presse
Los Angeles

C'était un voyage encore impossible il y a quelques années: naviguer entre le Pacifique et l'Atlantique par le passage du Nord-Ouest. Grâce, ou à cause, du changement climatique, une croisière de luxe vient de prendre le large dans l'Arctique.

Le Crystal Serenity a embarqué près de 1700 personnes, dont un millier de passagers, pour une croisière sans précédent, s'aventurant là où autrefois la banquise ne fondait jamais.

Ce voyage inaugural d'un mois a suscité enthousiasme, mais également critiques de la part d'organisations environnementales.

Parti de Seward en Alaska le 16 août, le bateau de croisière de 250 mètres de longueur doit rallier New York le 17 septembre, après avoir croisé près du Groenland. Il est chaperonné par le RRS Shackleton, un brise-glaces de ravitaillement britannique.

C'est la première fois qu'un bateau de croisière de cette taille s'engage dans le mythique passage du Nord-Ouest, voie maritime d'environ 1500 km rendue navigable avec la hausse des températures et la fonte des glaces.

L'Arctique, l'un des derniers endroits préservés de la Terre, est désormais accessible.

Les passagers ont déboursé entre 22 000 et 120 000 dollars pour cette traversée inédite qui a nécessité trois ans de préparatifs pour éviter tout écueil notamment la mésaventure du Titanic.

Chacun a également dû souscrire une assurance de 50 000 dollars en cas d'évacuation d'urgence.

Le navire de 350 millions de dollars devrait atteindre les territoires du nord-ouest vendredi et terminer l'étape arctique de son périple le 4 septembre, avant de rallier New York.

«Chaque aspect de ce voyage est absolument sans précédent dans l'industrie de la croisière de luxe, et quasiment dans l'industrie du voyage en général», a relevé Edie Rodriguez, patron de la compagnie Crystal, dans un communiqué.

Les croisiéristes peuvent se divertir avec des survols en hélicoptères de glaciers, d'ours polaires et autres sites naturels. Les treize niveaux offrent aussi un centre de remise en forme, un spa, des piscines, restaurants et boutiques de luxe.

«C'est une entreprise formidable que de s'engager dans un voyage si historique, mais également un honneur d'être en mesure d'offrir aux voyageurs les plus perspicaces au monde l'opportunité de découvrir une région où si peu d'autres sont allés ou iront», a ajouté M. Rodriguez.

Mais tout le monde ne voit pas ce voyage d'un bon oeil. La société de croisières, prise à partie par les écologistes, est accusée de capitaliser sur la destruction de la planète.

«Abomination»

Le site d'informations Slate a publié une critique cinglante, relevant que la croisière constituait un nouvel exemple d'une société obnubilée par la consommation qui ne recule devant rien.

«C'est un voyage historique, qui marque l'ouverture d'une des dernières frontières de la Terre», a écrit le journaliste Will Oremus.

«C'est aussi une abomination - un énorme, consommateur de diesel, déverseur de déchets, destructeur de banquise, bras d'honneur à ce qu'il reste de la planète», a-t-il dénoncé.

De son côté, l'une des responsables du Fonds mondial pour la nature (WWF) a reconnu que la compagnie de croisières avait pris des mesures pour limiter l'impact sur l'environnement, en particulier en n'utilisant pas de mazout lourd et en se délestant des eaux usées au-delà de 12 miles nautiques des côtes (22 km). Mais Elena Agarkova s'est inquiétée auprès de l'AFP pour la sécurité et la protection de la vie sauvage et des populations indigènes.

«À l'heure actuelle, nous ne disposons pas de règlements adéquats pour réduire les risques sur la nature sauvage et sur les gens, pas plus que la capacité de réaction nécessaire en cas d'accident», a-t-elle souligné.

Selon elle, à mesure que le changement climatique s'installe et que le trafic maritime commercial et de loisirs augmente en Arctique, il convient que les gouvernements à titre individuel et collectif se mobilisent pour encadrer ces activités.

«Les bateaux de croisières de la taille du Crystal Serenity sont en réalité de grandes villes», a-t-elle fait valoir. Avec 1700 personnes à bord, «ils vont décharger des milliers de litres d'eaux usées».

Même relâchés loin des côtes, ces déchets vont entrer chaque jour dans un écosystème quasi-immaculé. «Et, bien sûr, plus on aura de navires, plus grand sera l'impact et plus il y aura de déchets dans ces régions plutôt préservées».

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