Une nuit à Mongolie-sur-Mer

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Un «concept unique en Amérique du Nord»: trois... (Photo Stéphanie Morin, La Presse)

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Un «concept unique en Amérique du Nord»: trois yourtes blanches ont été installées sur des plates-formes flottantes au milieu du barachois, à Carleton-sur-Mer.

Photo Stéphanie Morin, La Presse

Stéphanie Morin
La Presse

Impossible de les rater lorsqu'on passe à Carleton: trois yourtes blanches installées sur des plates-formes flottantes au milieu du barachois. Une nuitée à Mongolie-sur-Me? Pourquoi pas. Récit d'une expérience prometteuse qui a viré au cauchemar.

J'avais pris la peine de le préciser lors de la réservation. Je voyageais en solo. J'allais être seule pour manoeuvrer le canot, seul moyen d'accéder à ma yourte.

Pas de souci, qu'on m'a dit. Les yourtes ne sont pas au large, mais dans le barachois, protégées des vagues par deux bras de sable. Prix demandé: 193$ pour une nuitée (avec location du canot) dans une yourte pour deux équipée d'un brûleur au propane, de vaisselle, d'un BBQ extérieur, d'eau potable et d'une toilette au compost. La facture est un peu salée (la SEPAQ loue des yourtes pour quatre personnes à partir de 124$ la nuit), mais bon, le «concept est unique en Amérique du Nord» (dixit le site internet)...

J'aurais dû me douter de quelque chose en arrivant à la boutique Aux 4 vents, point de départ de l'aventure. Des trois yourtes installées dans la baie, on m'avait attribué la plus éloignée. On m'avait fourni une pagaie trop courte et refilé un gros sac supposément étanche qui contenait la douillette qu'on n'avait pas eu le temps d'installer sur mon lit. Et le comble: mon canot gisait sur la rive, plein d'eau.

J'ai relevé mes manches, retourné le canot pour le vider, déposé mes sacs au fond en espérant qu'ils résistent aux quelques millimètres d'eau qui restaient au fond (la réponse est non) et suis partie. Heure de départ: 18?h?45.

Si les bancs de sable sont efficaces pour freiner les vagues, ils ne sont d'aucune utilité pour contrer le vent du large, qui soufflait sans discontinuer. J'avais beau pagayer de toutes mes forces, le vent de face m'éloignait sans cesse de mon objectif. Dès que je déviais un tantinet de la ligne droite, le vent s'engouffrait dans le nez du canot pour le faire tourbillonner comme un vulgaire vire-vent. Après 30 minutes d'effort, j'ai dû déclarer forfait. Jamais je n'arriverais à accoster sur cette plate-forme. Direction: la rive, avec un vent de dos qui m'a fait dériver loin, loin de mon point de départ.

Il était 19?h?30, je n'avais pas soupé. J'étais de mauvaise humeur. J'ai hélé un passant pour lui demander d'aller chercher de l'aide à la boutique.

Quinze minutes plus tard, les renforts sont arrivés: un adolescent seul dans un canot. J'attendais autre chose... Un bateau à moteur, disons. Les deux à bord de son canot, avec le mien attaché à l'arrière, nous avons pagayé avec vigueur (même à deux, il en fallait) pour atteindre cette yourte tant désirée. Heure d'arrivée: 20?h?30.

Tout ça pour ça? L'intérieur sentait le moisi. L'évier était sale. Les portes de bois de la yourte et de la toilette, bancales, refusaient de se fermer. La toile tenait avec du ruban gommé. J'ai voulu allumer une chandelle pour chasser l'humidité: les allumettes étaient détrempées. Et ma douillette avait pris l'eau dans son sac pas étanche du tout. La galère...

Claquée, j'ai tout de même dormi comme un ours en janvier, malgré la musique qui sortait à tue-tête d'un bar sur la rive.

Au matin, le vent était toujours aussi fort. Je risquais de dériver jusqu'au bout de la baie... À l'ouverture de la boutique, à 9h, j'ai appelé Aux 4 vents (heureusement, j'avais un cellulaire) pour avoir de l'aide: même ado, toujours seul dans son canot, qui en a bavé avant d'accoster. Quand je suis retournée sur le plancher des vaches, il était passé 10?h...

Qu'on puisse exiger près de 200$ la nuit pour une yourte aussi mal entretenue, avec aussi peu de services, est une aberration. Certes, j'étais seule (ce qui n'est pas la norme), mais j'aurais pu voyager avec un enfant (voire un adulte) qui n'aurait jamais pu pagayer ainsi face au vent. Et on pourrait prêter aux clients des sacs étanches?: qui veut dormir dans un pyjama mouillé?

Pire, la sécurité est déficiente: pas d'extincteur malgré le brûleur au propane à l'intérieur. Pas de radio pour communiquer avec la rive en cas d'incident. Pas de bateau à moteur pour les urgences. Un enfant qui tombe dans l'eau à 10 degrés, une blessure, un oubli important dans la voiture? Le client est livré à lui-même, forcé de pagayer pour obtenir de l'aide.

Le concept était prometteur... le résultat est loin d'être à la hauteur.

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