Gourmands en milieu naturel

Jean-Sébastien Sicard et Mireille Perron, de Chez Mathilde.... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Jean-Sébastien Sicard et Mireille Perron, de Chez Mathilde.

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Stéphanie Bérubé, Olivier Pontbriand
La Presse

On se rend rarement sur la Côte-Nord pour y faire un pèlerinage gastronomique. Et pourtant, ils sont là, les gourmands de la Côte-Nord. À l'image des autres trésors de la région, il faut parfois chercher pour mettre la main dessus. Mais une fois que vous aurez goûté leurs produits, ou mieux encore, fait un brin de jasette avec eux, vous vous direz qu'ils vous auront finalement eu par le ventre. Vous aurez tout faux. Car c'est par le coeur qu'ils seront passés.

Mireille et Jean-Sébastien de Chez Mathilde - Tadoussac

Sur la table, Jean-Sébastien exhibe fièrement sa dernière grande réussite: un saucisson de porc 100% maison. Après quelques tentatives infructueuses, son délicieux saucisson est prêt à aller rejoindre ses jambons et canards séchés dans son assiette de charcuteries.

Chez Mathilde, c'est la grande table de Tadoussac. Pas grande en superficie ou en décor prétentieux, mais grande en soin qui est mis à concevoir des mets faits à partir de produits régionaux. En ce sens, la table de Mathilde est immense.

Jean-Sébastien Sicard travaille avec une cueilleuse de Natashquan qui lui fournit sa salicorne, sa sabline, sa gesse maritime... Il est partenaire avec des maraîchers du coin, des pêcheurs et des cueilleurs de bois pour les boutons de marguerites, les champignons et les aiguilles d'épinettes. Les choses changent sur la Côte-Nord, dit-il. La vague de la consommation de produits locaux a aussi atteint la région, qui est pleine de ressources du bois et de la mer, mais qui tarde à faire de l'agriculture de niche, celle qu'aiment les chefs, car elle produit des viandes et des végétaux différents. Ça commence, poursuit Mireille Perron, originaire de Tadoussac, qui a vu les choses changer, souvent grâce à des jeunes qui reviennent dans la région ou y arrivent, par hasard ou par amour.

C'est ce qui est arrivé à Jean-Sébastien. Il était un musicien de passage lorsqu'il est tombé amoureux de sa douce Mireille. Ils ont d'abord rêvé de Chez Mathilde pour finalement racheter un resto de patates. Chez Rocky est devenu Chez Mathilde il y a sept ans. Au début, les clients fidèles à Rocky rentraient dans le nouveau resto, puis repartaient bredouilles, car il n'y avait plus de patates frites au menu. «On les a gagnés un par un», confie aujourd'hui le couple, fier de son succès. Et surtout fier d'y être arrivé en étant fidèle à lui-même: les plats de Chez Mathilde sont authentiques. Et c'est ce qui fait que le restaurant à lui seul vaut la peine qu'on fasse escale à Tadoussac.

Boulangerie À L'Emportée... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE) - image 2.0

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Boulangerie À L'Emportée

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Les filles de la boulangerie À L'Emportée - Tadoussac

C'était le matin de l'ouverture de la boulangerie, à la fin du mois de mai. Et c'était un matin de fête pour bien des gens de Tadoussac. Il fallait voir les habitués de retour, passer la porte pour la première fois de l'année en criant de bonheur. Littéralement. «La boulangerie est ouverte!» Enfin! Dans la rue, on croisait des gens un pain sous le bras et le sourire aux lèvres. Pour peu, on se serait cru dans un film de Pagnol.

Danielle Harvey, Karine Vivier et Galadrielle B. Landreville sont trois «immigrées», comme on dit de celles qui ne sont pas natives de Tadoussac. Mais comme on dit aussi, elles ont attrapé la «tadou», cette douce fièvre qui fait qu'on reste sur le bord du fleuve plus longtemps que prévu...

Lorsque la boulangerie du village a été mise en vente, toutes les trois ont décidé de créer une coopérative et se sont mises au pain. À L'Emportée a ouvert ses portes en 2009. La boulangerie élargit sa gamme de produits, au fur et à mesure que la saison avance et que les touristes se mêlent aux habitués. À la fesse s'ajoutent des chocolatines aux petits fruits, des pains au carvi, au fromage, aux grains multiples... Les filles travaillent parfois avec des produits locaux, notamment pour leur pain aux champignons.

Aujourd'hui, Danielle, Karine et Galadrielle se font appeler «les filles de la boulangerie» par les gens du coin.

Gilles et Paulette de Pêcherie Manicouagan - Portneuf-sur-Mer

Dire que nous avons eu un coup de coeur pour Paulette et Gilles Gagnon, c'est trop peu. Paulette et Gilles, c'est spécial. Ils sont irrésistibles.

D'abord, parce qu'ils sont totalement passionnés par leur métier. Gilles Gagnon dirige l'usine de transformation des Crabiers du Nord de Portneuf-sur-Mer. Tous les matins de printemps et d'été, vers 5h, Gilles prend son café, chez lui, et regarde les bateaux revenir du large. Il part ensuite pour l'usine. En saison, une centaine d'employés s'occupent des fruits de mer et des poissons qui arrivent le matin de la mer. Il peut y avoir 50 000 livres de crabes en une journée pour un total de 2 millions de livres pour la saison entière. Gilles n'a jamais été pêcheur, mais il est déterminé depuis toujours. C'est la machinerie qui l'a mené vers la pêche, au début des années 80. Aux débuts de l'entreprise, tout le crabe pêché sur la Côte-Nord partait pour l'Asie. Puis, à force d'en parler et de démystifier la petite bête, le crabe a trouvé sa place dans notre assiette. Aujourd'hui, 40% des crabes de la Côte-Nord restent au Québec. Gilles rêve de réaliser le même exploit avec la mactre de Stimpson, ce délicieux mollusque méconnu. Seulement 15% de la production reste au Québec.

Paulette Gagnon n'est pas une grande chef, mais le meilleur moyen de découvrir la mactre est de faire un arrêt au restaurant qui jouxte la poissonnerie de Pêcherie Manicouagan, aux Escoumins. Paulette a toujours une recette à partager. Sa spécialité, la chaudrée de fruits de mer, est pleine de mactres. La soupe est si populaire que l'entreprise la vend en conserve. Et Gilles l'adore, lui qui jure qu'un jour, toutes les mactres resteront au Québec.

Cinq des six associés de la microbrasserie Saint-Pancrace:... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE) - image 3.0

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Cinq des six associés de la microbrasserie Saint-Pancrace: Daniel Poirier, André Morin, Marie-Pier Larouche, Pierre-Antoine Morin et Karine Savard.

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La «gang» de la microbrasserie Saint-Pancrace - Baie-Comeau

Les six associés de la microbrasserie Saint-Pancrace sont ce que l'on pourrait appeler des multi-passionnés. Bien sûr, il y a la bière qui a réuni ces gens qui venaient de partout au Québec. Et il y a aussi Baie-Comeau, qui leur tient à coeur.

Il fallait simplement les voir réagir lorsqu'on leur a dit que la ville donne l'impression d'un long boulevard Taschereau de bord de fleuve. En moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, les trois bancs de bébé étaient enlevés de la camionnette de Pierre-Antoine Morin, l'un des associés de la microbrasserie, et nous étions tous partis pour une balade. Une belle balade. Ici, le vieux quartier Sainte-Amélie et la maison natale de Brian Mulroney; là, la petite plage secrète où Karine, la seule «native» du groupe, a autrefois fait la fête. En route, nous avons croisé quelques baleines jusqu'à la baie de Saint-Pancrace, qui accueille des requins du Groenland et qui a donné son nom à l'entreprise.

Elle n'a pas un an encore, la microbrasserie, mais elle compte déjà un impressionnant lot d'habitués, des gens de tous les horizons. Des connaisseurs de bières et des néophytes qui ont tout à apprendre. Cinq des associés ont gardé leur «autre» boulot et travaillent en plus à la microbrasserie, avec une passion évidente. Daniel Poirier, biologiste de la faune aquatique originaire de la région de Montréal, est brasseur. Pour l'instant, il travaille sur deux bières, une blanche et une blonde, mais le plan d'affaires du groupe est d'inclure aussi des produits de saison et de spécialité qui comprendraient des ingrédients nord-côtiers. De la chicoutai, du thé du Labrador, peut-être même des algues.

Sandra et André de Pur Mer - Sept-Îles

Sandra Blais est une force de la nature. C'est une entrepreneure-née. Elle a eu plusieurs commerces à Sept-Îles et possède toujours un comptoir restaurant dans un centre commercial et un greasy spoon où le pain de ménage du déjeuner doit bien faire 10 cm d'épaisseur. Que connaissait-elle aux moules? Rien du tout. À la valorisation des produits de la mer? Rien de plus. Mais lorsqu'une petite entreprise maricole a été mise en vente, elle s'est mise à s'intéresser à la chose. Il faut dire que le lot venait avec une importante partie de Grosse Boule, l'une des sept îles de Sept-Îles. Alors, avec sa fougue hors proportions, elle a convaincu son mari André Gauthier d'acheter l'élevage. Pour pouvoir un jour léguer ce coin de pays à sa fille et à sa petite-fille.

De Grosse Boule, on rigole d'abord du nom. Puis, après avoir fait la traversée de 15 minutes en zodiac depuis le port de Sept-Îles, on se rend à l'évidence: c'est le paradis sur terre. L'île est verte et rocheuse, pleine de thé du Labrador et de lièvres. Le couple y a son chalet, une petite maison d'invités pour leur fille Meggie et deux yourtes à louer pour les touristes. Il y en aura deux autres plus tard cet été. Elles font toutes face à la baie dans laquelle viennent manger des baleines. C'est dans cette baie que se trouve la culture de moules. Ou se trouvait, devrions-nous dire pour être plus juste. Car un déversement de mazout de la minière Cliffs Ressources Naturelles, survenu à la fin de l'été dernier, a forcé Pur Mer à jeter toute sa production. Après plus de trois ans à grossir dans la baie, les 250 000 livres de moules étaient prêtes à être récoltées. Une perte totale. Sandra aurait pu tout lâcher. Ce n'est pas son genre. Elle reprendra sous peu sa culture, mais va aussi acheter des pétoncles cet été. Les touristes de passage pourront les récolter et les faire griller sur le BBQ. Car en plus des locations de yourte, Sandra et André vont offrir dès cet été des excursions d'une demi-journée dans Grosse Boule. Pour partager leur petit paradis.

Dégustation au restaurant Pêcherie Manicouagan.... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE) - image 4.0

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Dégustation au restaurant Pêcherie Manicouagan.

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Carnet d'adresses

Voici une sélection d'adresses gourmandes où s'arrêter en route sur la Côte-Nord.

Tadoussac

> Café Bohème : Sympathique café dans une vieille maison où se trouvait l'ancien magasin général, au coeur du village, à deux pas de la mer. Parfait pour le petit-déjeuner qui s'étire, la fin de semaine. A l'avantage d'être ouvert toute l'année. Jolie terrasse l'été.

239, rue des Pionniers, Tadoussac. 418 235-1180. lecafeboheme.com

> Chez Mathilde : Certainement la meilleure table de Tadoussac. En cuisine, Jean-Sébastien Sicard valorise les produits de la région, autant ceux de la mer que de la terre grâce à ses partenaires éleveurs et cueilleurs. Le décor est hyper soigné, chaleureux, et des musiciens jouent du jazz tous les soirs.

227, rue des Pionniers, Tadoussac. 418 235-4443

> Boulangerie À L'Emportée : Le meilleur endroit pour aller chercher son pain à la sortie du traversier, à Tadoussac. On y fait aussi un bien bon café à boire sur place, à l'unique table, avec une belle viennoiserie bien beurrée. La table est déjà remplie? Prenez le tout pour emporter: vous êtes tout près de la plage!

164B, rue Morin, Tadoussac. 418 235-4752. alemportee.com

Les Escoumins

> Le Rêve doux : On en fait du millage pour aller déjeuner dans ce café belge des Escoumins dont la terrasse a une vue sur la mer. Le choix de plats du matin est assez spectaculaire, allant des gaufres (belges!) au plat de la mer qui comprend aussi des moules (belges!), pour le déjeuner! Unique.

287, route 138, Les Escoumins. 418 233-3724. lerevedoux.com

> Boucherie Escoumins : Si vous faites du camping, assurez-vous de mettre la main sur la salade de viande salée (salée étant ici le mot-clé...) de la Boucherie. André Morneau est revenu avec cette petite recette surprenante, mais simple, après un stage en France: de la viande hyper salée, de la mayo, des cornichons... Parfait entre deux tranches de pain de L'Emportée!

226, route 138, Les Escoumins. 418 233-2837

> Restaurant et poissonnerie Pêcherie Manicouagan : D'un côté la poissonnerie qui offre des produits de la Côte-Nord, selon les saisons, de l'autre, le restaurant qui les apprête. Paulette Gagnon gère tout cela de main de maître et conçoit des recettes pour mettre en valeur ses produits chouchous, dont la mactre de Stimpson, qui est servie en chaudrée comme les palourdes dans d'autres contrées. Les soirs d'été, le restaurant est populaire: attendez-vous à attendre!

152, rue Saint-Marcellin Ouest, Les Escoumins418 233-3122. purmer.ca

Baie-Comeau

> La Cache d'Amélie : C'est le grand restaurant de Baie-Comeau et certainement l'une des meilleures tables de la Côte-Nord. Le chic du chic qui rime avec des sauces brunes bien épaisses et sucrées, des ris de veau, de la viande rouge saignante, du saumon au beurre blanc crémeux... La gastronomie française classique servie dans une maison familiale chaleureuse, un écrin pour un souper d'amoureux.

37, rue Marquette, Baie-Comeau. 418 296-3722

> Microbrasserie Saint-Pancrace : Il était temps qu'elle arrive, la première microbrasserie de la Côte-Nord! De l'extérieur, le petit local ne paie pas de mine. Allez-y, poussez la porte: l'intérieur est tout à fait charmant et le service, exceptionnel. Tellement qu'on finit par y passer la soirée et souper avec les petits plats de bourgots, de turbot mariné et de jerky des Escoumins!

55, place La Salle, Baie-Comeau. 418 296-0099. stpancrace.com

> Confiserie la Mère Michèle : Il faut faire un détour dans ce coin ni touristique ni charmant de Baie-Comeau pour mettre la main sur les chocolats de Michèle Beaulieu. Car ils sont uniques, fourrés de fondant à la chicoutai, à l'airelle, à l'argousier et aux petits fruits locaux, faits par la Mère Michèle elle-même et vendus dans son petit commerce aux allures de caverne d'Ali Baba. Pour rapporter le goût de la Côte-Nord à la maison!

704, rue de Puyjalon, Baie-Comeau. 418 589-2364. meremichele.ca

Sept-îles

> Chez Edgar : L'un des endroits les plus dynamiques de la Côte-Nord. On y va pour les bières de microbrasseries d'ici, les spectacles, le menu du midi où les fromages québécois ont la part belle et le pouding chômeur ou tout autre dessert cochon du jour! Service hyper sympathique, beaucoup d'ambiance pour une si petite place...

490, avenue Arnaud, Sept-Îles. 418 968-6789

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