Abitibi-témiscamingue: «J'ai roulé 400 milles...»

L'Abitibi-Témiscamingue... (Photo Simon Diotte, collaboration spéciale La Presse)

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L'Abitibi-Témiscamingue

Photo Simon Diotte, collaboration spéciale La Presse

Simon Diotte
La Presse

On dit souvent que l'Abitibi-Témiscamingue est au bout du monde et cela nous empêche parfois d'en faire une destination vacances. Pourtant, la route qui y mène n'est pas sans intérêt. Loin de là! Et une fois rendu, au milieu de la nature, le chemin parcouru semble soudainement moins long...

Combien de fois ai-je rêvé, en écoutant la chanson Et j'ai couché dans mon char de Richard Desjardins, de rouler les «400 milles» séparant Montréal de Rouyn-Noranda. De parcourir le chemin qui ramène le plus célèbre des poètes abitibiens vers sa terre natale. Au mois de juin, je l'ai fait. Un voyage de huit heures sur la route 117, de la banlieue montréalaise jusqu'au coeur du pays de l'or.

Selon Google Maps, huit heures de route m'attendent pour me rendre jusqu'au pays en haut des Pays-d'en-Haut. Les premières heures, je les fais donc sans m'arrêter, ou presque. Laval, Boisbriand, Mirabel, Saint-Jérôme, Saint-Sauveur. Des lieux que j'ai vus mille fois défilent sous mes yeux. La routine. Ce n'est qu'après Mont-Tremblant que l'excitation commence, quand la forêt prend progressivement le dessus sur la civilisation.

À Labelle, je quitte brièvement la route pour aller admirer la chute aux Iroquois, sur la rivière Rouge. Je me remémore une longue sortie en canot sur cette belle rivière, en partance du pied de la chute. Le centre de location existe toujours. C'est le KayakCafé, qui propose des excursions de deux à six heures à se laisser pousser par la force du courant. Au retour, les canoteurs se paient la traite au bistro, qui propose une table vraiment sympa. La terrasse, super invitante, s'ouvre sur des bancs de sable émergeant de la rivière. Le soir, des chansonniers cassent la baraque. Dommage que ce soit encore le matin et que je doive poursuivre ma route.

Sainte-Véronique, Lac-Saguay, Lac-des-Écorces, j'arrive enfin à Mont-Laurier. C'est ma troisième ou quatrième visite là-bas. Pourtant, chaque fois, c'est comme la première fois. Je n'arrive jamais à m'imprégner des lieux. Il faut dire qu'avec sa rue principale digne des boulevards de banlieue, le chef-lieu des Hautes-Laurentides ne laisse pas de souvenirs impérissables.

À mesure que l'on s'approche de la réserve faunique La Vérendrye, on n'y croise plus que deux races de conducteurs: les pêcheurs, qui roulent en camionnette en traînant leur caravane, et les camionneurs au long cours.

Chemin faisant, j'en profite pour réaliser deux petites randonnées, histoire de me dégourdir les jambes. À Montcerf-Lytton, je m'arrête au parc des chutes du ruisseau Quinn. De magnifiques belvédères procurent des points de vue sur des cascades, et un pont enjambe le cours d'eau. Très charmant. Puis je fais un autre arrêt, une trentaine de kilomètres plus loin, au parc de la chute Roland, où on trouve plusieurs kilomètres de sentiers pédestres. Cependant, un épisode de pluie verglaçante l'an dernier a causé des ravages. Sous le poids de la glace, les arbres se sont écroulés comme des châteaux de cartes, obstruant le passage. Résultat: seule une petite boucle est ouverte à la randonnée. Elle vaut tout de même le coup.

Au kilomètre 332 de la 117, c'est le Domaine, seule aire de service dans cette réserve faunique qui couvre une superficie de 13 000 km2 et qui regorge de plus de 4000 lacs. Dans ce hameau de style dernière frontière, on y trouve un dépanneur, un casse-croûte, une crèmerie et un poste d'essence. Faites le plein, car il n'y a plus aucun service pour une éternité. La boutique de souvenirs vaut le détour. Les étalages regorgent de produits dignes du Far West. Impossible de ne pas s'extasier devant la belle collection de chandails de loups. Habillez la meute!

En approchant du kilomètre 400, le paysage change. Les feuillus cèdent la place aux épinettes, et les tourbières deviennent omniprésentes. Le territoire s'aplanit complètement. C'est le signe qu'on quitte la région de l'Outaouais pour plonger dans la plaine abitibienne. Pour les kilomètres à venir, la route 117 est rectiligne sur des horizons à perte de vue. Chaque côté de la route, des lacs de taille démesurée, comme les réservoirs Dozois et Cabonga, forment un décor magnifique.

Quand la route 117 a été ouverte, dans les années 30, les automobilistes devaient s'enregistrer à la guérite à l'entrée. Si, après un délai prescrit, ils ne refaisaient pas surface à la sortie, les autorités appelaient les secours. Qui sait, les voyageurs avaient peut-être manqué d'essence, subi une avarie mécanique ou heurté un orignal. Aujourd'hui, ces précautions ne sont plus nécessaires.

À Louvicourt, premier lieu habité au nord de la réserve, on renoue enfin avec la civilisation. Encore quelques dizaines de kilomètres et on aboutit à Val-d'Or. À l'entrée de la ville, un gigantesque trou balafre le paysage. Pas de doute, on entre dans le pays de l'industrie minière. Sur une modeste colline de la ville se dresse la tour d'observation Rotary. Du haut de ses 18 mètres, on contemple toute l'immensité de ce territoire adouci par les glaciers. Devant mes yeux de voyageur se profile un nouveau pays à conquérir.

Et non, je n'ai pas couché dans mon char.

Extrait: Et j'ai couché dans mon char, de Richard Desjardins

«J'ai roulé 400 milles / Sous un ciel fâché. / Aux limites de la ville / Mon coeur a clenché.»




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