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Ma cabane au Canada

L'auberge du Lac Taureau... (Photo: fournie par l'auberge du Lac Taureau)

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L'auberge du Lac Taureau

Photo: fournie par l'auberge du Lac Taureau

 

Simon Diotte
La Presse

Le mythe de la cabane au Canada ne semble pas vouloir disparaître. Considérés dépassés dans les années 80, les chalets et les hôtels en bois rond sont maintenant plus tendance que jamais.

Partout au Québec, on érige d'immenses cabanes en rondins, qui se caractérisent par un luxe sans pareil, tandis que dans l'hôtellerie, l'hôtel Sacacomie, à Saint-Alexis-des-Monts, et l'Auberge du lac Taureau, à Saint-Michel-des-Saints, sont devenus des emblèmes touristiques du Québec.

 

Est-ce un retour aux sources pour les Québécois? Pas vraiment. Tout le monde croit, à tort, que l'architecture en bois rond est une tradition québécoise, bien ancrée dans nos gènes. Or, mis à part le camp de bûcherons vite fait, sombre et impossible à chauffer, les Québécois ne faisaient pas dans le bois rond.

Cette technique de construction nous vient plutôt des pays scandinaves. «Les gens pensent que c'est facile de construire en bois rond, qu'il s'agit d'une méthode très sommaire; en réalité, il faut une technique très maîtrisée pour agencer les billots», souligne Lucie K. Morisset, historienne de l'architecture à l'UQAM.

En étudiant les maisons de campagne des Québécois, on se rend compte que du XIXe siècle jusqu'à la moitié du XXe, les grandes constructions en bois rond ne couraient pas les rangs. Quant aux chalets bourgeois, ils ressemblaient davantage à des constructions urbaines; seul l'aménagement de leurs jardins les distinguaient des maisons de la ville. Même tendance dans l'hôtellerie.

Le Château Montebello, construit en pleine crise économique des années 30, par un architecte américain d'origine suisse, fait figure d'exception. Rappelons que ses billots proviennent de l'Ouest.

Étrangement, aucune construction majeure en bois rond n'a succédé au château Montebello. Malgré son style très adapté à la forêt québécoise, la construction de bois rond (auberges et chalets) s'est limitée aux clubs de chasse et pêche, puis a diminué radicalement à partir des années 60.

«Les Québécois ont alors privilégié des modes de construction plus simples en forêt, le bois rond étant devenu synonyme d'inconfort et de temps révolu», souligne André Bourassa, président de l'Ordre des architectes du Québec.

La renaissance du bois rond

La construction de l'hôtel Sacacomie, en 1998, au coeur de la forêt vierge de Saint-Alexis-de-Monts, a marqué la renaissance du style bois rond au Québec, affirme France Gagnon-Pratte, historienne de l'architecture. «Cette époque marque un regain pour l'esthétisme chez les Québécois. Effet du retour aux sources, on a commencé à réclamer des constructions qui s'intègrent mieux à la nature», dit-elle.

Sacacomie n'a peut-être pas été la première auberge moderne en bois rond (plusieurs pourvoiries en ont fait leur marque de commerce), mais sa notoriété et son succès immédiat en font une référence. Peu de temps après a suivi la construction de deux autres monuments du genre, le Grand Lodge Mont-Tremblant et l'Auberge du lac Taureau.

Dans le second cas, les promoteurs l'avouent: l'architecture visait clairement à séduire la clientèle européenne. «Je voyais que de nombreux touristes français étaient déçus de ne pas retrouver de tels hébergements au Québec. J'ai sauté sur l'occasion pour offrir un produit distinctif qui allait nous démarquer à l'échelle internationale», dit Mario Gouin, copropriétaire de cet établissement qui fête son 10e anniversaire.

Effet d'entraînement? Depuis une décennie, dans la construction de chalets de luxe, tout le monde ou presque jure par le bois rond, spécialement dans les Laurentides. Pourtant, quand Michel Beaulieu, de Côté-Nord Tremblant, a entrepris la construction d'un domaine de villas en billots en 2002, c'est d'abord les touristes européens qui ont été conquis par le produit. «Les Québécois avaient beaucoup de préjugés envers le bois rond, mais, aujourd'hui, notre clientèle est autant locale qu'internationale», jure-t-il.

Le touriste craque

Pourquoi le touriste du XXIe siècle craque-t-il pour le bois rond? C'est l'effet de l'urbanisation, croient les architectes et les gens de l'industrie touristique. «Partout au Québec, nos maisons sont construites en bois, mais ce matériau est caché par de la brique, du plâtre et du tapis. On a tellement exclu le bois de nos maisons que maintenant, quand on sort de la ville, on en réclame une bonne dose», croit M. Bourassa.

Paul Arseneault, directeur du Réseau de veille en tourisme, constate qu'en milieu de villégiature, on se soucie peu de l'authenticité: l'objectif est de recréer l'univers qui va plaire aux touristes. «Je crois que c'est l'amélioration des techniques de construction qui a permis la relance du bois rond. Maintenant, ce sont des bâtiments bien isolés, au charme indéniable», dit-il.

Une mode passagère, le retour de la (grosse) cabane au Canada? Exploitants de chalets et d'auberges, architectes et gens de l'industrie touristique croient que cette tendance est là pour durer, car le bois rond peut être aussi moderne que les autres matériaux. «Mes chalets mélangent la décoration contemporaine au style rustique, ce qui charme les touristes. Ça n'a plus rien à voir avec la cabane mal éclairée de jadis», dit Michel Beaulieu.

Avec le nouveau village piétonnier qui préconisera un style rustique, au pied du mont Tremblant, sur le Versant Soleil, on n'est pas sortis du bois!

 

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