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La phobie du «surtourisme» se propage

Les touristes sont légion à Venise.... (Photo MIGUEL MEDINA, AP)

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Les touristes sont légion à Venise.

Photo MIGUEL MEDINA, AP

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Pan Pylas
Agence France-Presse
Londres

Venise prévoit envoyer les gigantesques navires de croisière ailleurs. Barcelone serre la vis aux locations d'appartements.

Les deux villes se trouvent sur les lignes de front des efforts pour combattre le «surtourisme», un phénomène qui bouscule les communautés, met en danger des édifices irremplaçables et nuit au plaisir aussi bien des visiteurs que des résidants.

La phobie des touristes se propage de plus en plus, surtout dans ces destinations européennes où les touristes s'agglomèrent tous en même temps. La colère a même donné naissance à des slogans comme «Touristes rentrez chez vous» et «Les touristes sont des terroristes».

«Le réveil est brutal», a récemment déclaré Taleb Rifai, le secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), une agence onusienne. M. Rifai prenait à ce moment la parole devant des ministres et responsables de l'industrie touristique réunis à Londres.

L'exaspération risque d'augmenter en même temps que le nombre de touristes. L'OMT prédit 1,8 milliard de voyages en 2030, comparativement à 1,2 milliard en 2016. Ajoutons cinq milliards de voyages domestiques, et ça donne plusieurs touristes. Les billets d'avion abordables alimentent le phénomène, tout comme une explosion de déplacements internationaux provenant de pays comme la Chine.

Le tourisme est pourtant la source première de prospérité et d'emplois de plusieurs destinations. Le tourisme génère 10 % du PIB mondial, déversant des fonds dans les coffres de pays qui en ont grandement besoin, comme la Grèce.

Mais le tourisme peut aussi nuire à la qualité de vie des résidants: les plages sont envahies, le coût du logement explose et les rues médiévales de villes européennes sont bloquées. On se demande aussi, à plus long terme, quels seront les impacts sur l'environnement, et même s'il sera possible de continuer à vivre et à travailler dans ces villes.

La gestion du tourisme retient donc de plus en plus l'attention. M. Rifai nie que la croissance soit «l'ennemie»: remonter le pont-levis, croit-il, serait irresponsable quand on sait que le tourisme engendre 10 % des emplois de la planète. Il suggère plutôt de trouver comment encadrer le tourisme de manière «durable et responsable», pour que les communautés locales continuent à en profiter.

Les efforts pour gérer le «surtourisme» sont de plus en plus originaux et commencent à exploiter les nouvelles technologies. Des applications, par exemple, invitent les touristes à visiter les sites les plus populaires quand ils sont moins achalandés. Et si ses détracteurs accusent Airbnb d'avoir délogé les résidants, ses partisans prétendent plutôt qu'il soulage la pression en répartissant les visiteurs dans toute la ville.

Dans certains cas, des quotas touristiques semblent inévitables. Aux îles Galapagos, par exemple, l'Équateur plafonne à 100 000 le nombre de visites annuelles. La ville croate de Dubrovnik, où le tourisme a bondi en raison de la série «Games of Throne», envisage de limiter à 4000 le nombre de visites quotidiennes de sa portion médiévale.

D'autres stratégies incluent la promotion des visites en basse saison, le développement de nouvelles destinations et un ajustement des campagnes de publicité. Prague propose des visites à pied loin des sites habituels et Londres met de l'avant des quartiers comme Greenwich et Richmond.

«Il n'y a pas de solution unique pour tout le monde, chaque destination est différente», admet Gloria Guevara, la présidente du Conseil mondial du voyage et du tourisme.

Barcelone, qui est devenue un mastodonte du tourisme après les Jeux olympiques de 1992, a mis en place des mesures pour trouver l'équilibre entre les besoins des résidants et des touristes. La ville a sévi contre les locations illégales et créé un conseil touristique composé de représentants des résidants, des entreprises, des syndicats et du gouvernement. En entendant tous les intéressés, espère-t-on à Barcelone, on pourra réduire les pressions touristiques sur certains sites et améliorer les relations entre résidants et visiteurs.

«Les entreprises ne veulent pas s'installer là où leurs clients (les touristes) sont traités comme de la vermine, et certains propos que nous avons entendus ressemblaient d'après moi à un discours haineux», déplore Tim Fairhurst, un dirigeant de l'Association européenne du tourisme.

Venise a été le théâtre d'une situation similaire quand la ville a été envahie par les visiteurs, dont certains qui irritent les résidants en allant tous au même endroit en même temps.

«Le problème en ce moment est la concentration intolérable d'humains dans ces petits espaces, qui sont quand même des artères dans une ville où on habite», dit Jonathan Keates, le président du fonds Venise en péril.

On a récemment présenté un plan qui empêcherait les gigantesques navires de croisière de s'approcher de la célèbre piazza San Marco. Plusieurs doutent que ça suffise, et on évoque une hausse des taxes imposées aux touristes, des billets qui donneraient accès aux sites à un moment précis et même l'installation de tourniquets.

Mais tous ont un rôle à jouer, y compris les touristes eux-mêmes.

Venise a récemment déployé l'initiative «Enjoy Respect Venice» pour contrôler, mettre à l'amende et discipliner les visiteurs qui sautent dans les canaux de la ville ou mangent assis sur les marches des églises. Ces nouvelles mesures, selon M. Keates, encadrent ceux «qui traitent l'endroit comme une longue plage au lieu d'une ville viable».

M. Fairhust dit que des «mesures simples» peuvent avoir un impact, comme une modification des heures d'ouverture ou une augmentation des places de stationnement.

«Il y a plusieurs façons inefficaces dont nous utilisons nos villes, et on pourrait faire mieux avec une approche à long terme plus holistique», croit-il.

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