Un gars au spa: «dure journée»

Recevoir un massage thérapeutique n'est pas une expérience... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Recevoir un massage thérapeutique n'est pas une expérience nouvelle pour bien des hommes. Le combiner à d'autres soins esthétiques ne va pas de soi, par contre.

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Une sortie de filles au spa n'a rien d'inusité. Les gars, eux, n'y vont pas en groupe. S'ils y vont. Beaucoup de spas offrent pourtant des forfaits pensés pour eux. Ne reculant jamais devant une tâche éreintante, notre journaliste Alexandre Vigneault s'est fait masser, exfolier et soigner les pieds.

Ce n'est pas une histoire de pêche. Ni de chasse à l'orignal. Plutôt une expérience pas très mâle - au sens cliché du terme - que le spa urbain Espace Nomad a conçue pour les hommes et qu'il appelle son forfait « Chasse et pêche » : massage profond, exfoliation et soins du visage aux fragrances masculines. Une sortie de gars qui, comme une expédition en forêt entre vieux chums, se termine par une bonne bière froide.

La bière - bio, précisons-le - n'est pas utilisée comme un argument massue par le spa. Plutôt comme un clin d'oeil à l'univers masculin. « Ça pique la curiosité », estime Julie Mercier, copropriétaire de l'établissement sis boulevard Saint-Laurent. Son frigo n'est d'ailleurs pas rempli de canettes de bière, car dans les faits, assez peu d'hommes la réclament. Une fois massés, exfoliés et relaxés, ils ont plus souvent envie d'un jus. Bio, lui aussi, et concocté sur place.

Espace Nomad n'est pas le seul spa qui cherche à attirer les hommes en leur offrant des bouquets de services aux noms qui font « gars » : à titre d'exemple, Bota Bota a son forfait « Le marin » et le Rain Spa a « Le masculin ». Ce souci n'est pas futile. Parler aux hommes de manière à faire valoir que les soins offerts sont conçus pour eux figure d'ailleurs parmi les éléments établis par la chaîne d'hôtels Hilton pour mieux cerner les attentes de cette clientèle.*

S'adresser aux hommes, c'est aussi prendre soin de les intégrer aux campagnes publicitaires - comme le font notamment Bota Bota et Scandinave. Ou concevoir des portails masculin (Mann Spa) et mixte (Mbiospa) distincts sur l'internet, même s'il s'agit en fait du même centre de soins.

Comme du Snap qui sent bon

Recevoir un massage thérapeutique n'est pas une expérience nouvelle pour bien des hommes. Le combiner à d'autres soins esthétiques ne va pas de soi, par contre, et c'est ce que Pause a voulu expérimenter en optant pour le forfait « Chasse et pêche » d'Espace Nomad. Aux trois services prévus (massage suédois, exfoliation corporelle et soins du visage), l'auteur de ces lignes en a ajouté un quatrième qu'il n'avait jamais expérimenté non plus : la pédicure. Gros après-midi, oui.

Myriam, souriante massothérapeute, a amorcé le traitement avec un massage suédois « avec une bonne pression ». Elle a débusqué des tensions connues et des bobos non détectés, jusqu'à ce qu'elle mette le doigt dessus. Un premier pas vers la détente. Qui allait être décuplée par la suite des choses...

En effet, c'est avec l'exfoliation que l'opération détente a viré à l'expérience sensorielle. Ce fut d'abord une affaire de contraste : l'esthéticienne a frotté une lotion fraîche mais rugueuse sur nos bras, notre dos, nos jambes et nos pectoraux. Comme du Snap - ce savon sableux qu'on utilise pour enlever les résidus de colle ou de silicone sur la peau après une journée de rénos -, mais en plus moelleux et avec un fort agréable parfum d'agrume. Plutôt que de nous envoyer à la douche, Espace Nomad demande à ses esthéticiennes de retirer l'exfoliant à l'aide d'une serviette mouillée bien tempérée. De quoi mener le testeur à la frontière de l'endormissement...

Au bord du fou rire

Il ne restait déjà que les deux étapes les plus « féminines » (insistons sur les guillemets) du traitement : soins du visage et pédicure. Myriam a d'abord noué une serviette autour de notre visage. L'image s'est imposée d'elle-même : une madame en peignoir avec des tranches de concombre sur les yeux et une pâte vert-de-gris sur le visage. Oui, il a fallu réprimer un fou rire !

Se faire toucher le visage est inusité pour qui n'a jamais reçu ce genre de soin. Rien à voir avec le geste sûr et utilitaire du barbier. Le toucher de l'esthéticienne, bien que soyeux, est d'abord ressenti comme une intrusion. 

Se pourrait-il que le visage de l'homme soit plus « privé » que celui de la femme ? Qui s'approche ainsi de cette zone intime avec une telle douceur sinon l'amante ?

Il n'est pas difficile de s'y abandonner, toutefois. Et le lendemain du traitement, on s'en réjouit : son reflet dans le miroir est plus vivant, plus rose et - joie ! - les cernes qu'on scrutait avec dépit sous nos yeux se font plus discrets après avoir reçu ces crèmes tonifiantes et picotantes au curcuma et au thé noir. Inutile de dire que le coquet en nous songe déjà à répéter l'expérience...

Après une collation fournie par la maison (pudding et boisson), est venue l'étape ultime : la pédicure. Installé dans le hall, dans un fauteuil pas tout à fait calibré pour les grands de 6 pi, on plonge. Les pieds dans une bassine d'eau chaude, pour commencer. Disons-le d'emblée : sans être vraiment déplaisant, confier la coupe de ses ongles d'orteils à une professionnelle s'avère une expérience intimidante. La pédicure est pourtant le soin pour lequel l'augmentation de la clientèle masculine est la plus marquée, selon Julie Mercier.

Des soins reçus, et malgré le toucher de fée de la pédicure (qu'une autre cliente venait d'ailleurs de louanger), ce fut le moins emballant. Question de pudeur, peut-être. Mais c'est le pied soyeux et profondément ramolli qu'on a repassé la porte du spa pour retourner dans le monde extérieur. Gros après-midi. Vraiment. Se faire brasser les humeurs, ça épuise. Dans le bon sens du terme.

Et le gars au spa, attiré par la bière lui aussi, a-t-il opté pour le jus bio ? Désolé, c'est du domaine privé. Sachez toutefois qu'à l'heure où on a mis le pied dehors, il était plus que légal d'avoir amorcé son 5 à 7. Et la journée avait été dure, mais dure...

*Emerging Global Spa Trends, 2012.

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