Le yoga au secours des hormones

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Adriana Enriquez (à gauche), neuropsychologue de 47 ans, pratique le yoga hormonal avec Caroline Chantefort. «Mon expérience m'a permis d'apprendre à écouter mon corps de femme», dit Mme Enriquez.

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Mélissa Proulx

Collaboration spéciale

La Presse

Très répandu en Allemagne et dans d'autres pays européens, mais encore peu connu au Québec, le yoga hormonal est une approche douce et naturelle qui vise à réguler et tonifier le système hormonal. Sa pratique régulière permettrait notamment aux femmes de faire face aux symptômes liés à la préménopause, à la ménopause et même à l'infertilité.

Mieux vivre avec les symptômes de la ménopause

Vicky Villeneuve était au bord de l'implosion lorsque sa professeure de yoga a annoncé à ses élèves qu'un nouvel atelier serait offert: le yoga thérapeutique hormonal.

«Ce jour-là, j'étais en crise de ménopause, confie Vicky Villeneuve, coordonnatrice au développement de l'offre touristique à Tourisme Cantons-de-l'Est. Je m'étais enfin décidée à aller voir le médecin et j'avais même une prescription d'hormones en main. Avant de commencer à les prendre, je me suis dit que je n'avais rien à perdre à essayer le yoga hormonal.»

Cette mère de famille composait avec les symptômes de la ménopause depuis au moins cinq ans. «Les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes me causaient énormément d'inconfort, indique la femme de 51 ans. J'en étais arrivée au point où je dormais avec des serviettes et je me réveillais toutes les heures. Mon sommeil était très hypothéqué. Je me levais le matin avec l'impression qu'un train m'était passé sur le corps.»

Le yoga des hormones

Créé en 1991 par la yoga-thérapeute brésilienne Dinah Rodrigues, le Yogaterapia Hormonal (yoga thérapeutique hormonal) vise à soulager les problèmes et symptômes liés au déséquilibre hormonal et à la ménopause. La diplômée de l'Université de São Paulo en psychologie et philosophie avait 65 ans lorsqu'elle a entrepris des recherches pour concevoir une série d'exercices qui activeraient la production d'hormones féminines. 

«Au bout de quelques années, elle avait enseigné à suffisamment de femmes pour réaliser des études de cas, soutient Nathalie Lebel, propriétaire du Studio Mouvance et professeure certifiée de yoga hormonal. Dinah Rodrigues a alors pu constater qu'après une pratique régulière d'au moins un jour sur deux, le taux d'oestrogènes augmentait significativement [en moyenne de 254 % en quatre mois, selon les données recueillies auprès de 116 femmes en 2001.]»

Généralement offert en atelier d'un ou deux jours, le yoga hormonal est enseigné aux femmes afin qu'elles puissent ensuite le pratiquer à la maison de manière autonome, au rythme de séances de 30 minutes, de quatre à cinq fois par semaine. La pratique combine des postures de hatha yoga, des respirations rapides et saccadées inspirées du yoga Kundalini, une circulation énergétique d'origine tibétaine, ainsi que des verrous énergétiques (bandhas).

Les exercices agissent particulièrement sur les glandes endocrines: les ovaires, l'hypophyse, la glande thyroïde et les glandes surrénales, explique Caroline Chantefort, qui l'enseigne et le pratique depuis sept ans. « Les techniques de respiration viennent masser les glandes et le système hormonal. Il y a tout un travail de visualisation qui l'accompagne. La clé du yoga hormonal, c'est la circulation de l'énergie.»

L'intelligence du corps

Trois semaines après avoir commencé le yoga hormonal, les bouffées de chaleur de Vicky Villeneuve se sont atténuées, son sommeil, son appétit et son énergie se sont normalisés.

Pratiqué de façon régulière (de quatre à cinq fois par semaine), le yoga hormonal permettrait d'atténuer ou de faire disparaître les symptômes liés à la préménopause et à la ménopause, mais aussi au syndrome prémenstruel, à la sécheresse vaginale, aux douleurs articulaires, à l'ostéoporose, à la fatigue et à la dépression, entre autres. Il favoriserait la fertilité et préviendrait les maladies cardiovasculaires. 

«Dinah Rodrigues recommande le yoga hormonal à toutes les femmes à partir de 35 ans, indique Nathalie Lebel. C'est à partir de cet âge que les hormones féminines commencent à chuter, que les cycles menstruels se dérèglent, que les maux de tête et la rétention d'eau apparaissent et que le syndrome prémenstruel s'accentue. Les femmes mettent souvent ces changements sur le dos de la fatigue ou d'une dépression, alors qu'en fait, c'est la ménopause qui approche. Parmi mes clientes, je dirais que le trio de symptômes chaleurs-insomnie-irritabilité lié à la ménopause disparaît à 90 %.»

«Booster» la fertilité

Lorsque Hana Rakusova a cessé de prendre la pilule contraceptive, ses règles ne sont jamais revenues. Elle a consulté un médecin et le diagnostic est tombé : syndrome des ovaires polykystiques. «J'avais peur que ça prenne des années avant d'avoir un enfant, raconte la biologiste et chercheuse à l'Université McGill. Sachant que ça allait être plus difficile, j'ai cherché un traitement aussi naturel que possible pour nous aider à concevoir. J'ai modifié ma diète, et après avoir lu plusieurs articles sur le sujet, j'ai adopté le yoga hormonal.»

La femme de 31 ans suit un atelier de deux jours pour apprendre la méthode. « J'aimais que cette approche ne se concentre pas juste sur une pièce du puzzle, mais traite le corps en entier », illustre-t-elle. Deux semaines après l'avoir pratiqué de manière intensive cinq à six fois par semaine, Hana apprend qu'elle est enceinte. «Je ne sais pas si c'est uniquement grâce au yoga hormonal, mais je crois que ça a certainement eu une influence importante», reconnaît-elle.

Caroline Chantefort, qui enseigne et pratique le yoga hormonal depuis sept ans, a elle-même vécu l'infertilité: «J'avais des cycles irréguliers et douloureux. Pour moi, le yoga a été une solution facile et accessible.»

Au nombre des clientes qui l'ont consultée pour infertilité, certaines ont mis quelques semaines après l'introduction du yoga hormonal avant de devenir enceintes. «C'est une pratique très puissante, assure-t-elle. Le travail dans le corps en entier a un potentiel énergétique très grand, observe-t-elle. Les femmes viennent souvent me trouver en fin de parcours, alors que leur système hormonal ralentit. Le yoga hormonal permet donc de le garder plus optimal.»

Quelques endroits où le yoga hormonal est offert

- Studio Mouvance, 820, rue George, Sherbrooke

- Clinique Camirand Muzzi, 40, chemin Bates, local #100, Montréal

- Studio Satyam, 404, rue Saint-Pierre, Montréal

- Sivananda Yoga Montréal, 5178, boulevard Saint-Laurent, Montréal

- Sujati, 1129, 10e Rang, Val-David

- Yoga Voyageur

Vicky Villeneuve estime que le yoga hormonal a... (PHOTO JULIEN CHAMBERLAND, LA TRIBUNE) - image 2.0

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Vicky Villeneuve estime que le yoga hormonal a contribué à atténuer ses bouffées de chaleur et à normaliser son appétit et son énergie.

PHOTO JULIEN CHAMBERLAND, LA TRIBUNE

L'avis du médecin

Qu'est-ce que les médecins pensent du yoga hormonal pour soulager les déséquilibres hormonaux? Talya Shaulov, gynécologue-obstétricienne au CHUM et à la clinique OVO, donne son point de vue sur la question.

Que pensez-vous des prétentions du yoga hormonal?

Le sujet du yoga pour soulager les symptômes vasomoteurs de la ménopause a été beaucoup étudié par le passé. À ce jour, plusieurs études ont prouvé que le yoga aidait à diminuer le stress chez l'individu. Cette diminution du stress contribuerait-elle indirectement à contrer les effets de la ménopause? En 2015, la Société nord-américaine de ménopause a pris position en affirmant que les études existantes ne permettaient pas jusqu'à maintenant de recommander officiellement le yoga comme moyen de diminuer les symptômes de la ménopause.

Est-il possible que les respirations et les postures ciblées, ainsi que la visualisation des glandes, puissent avoir un effet sur la sécrétion des hormones féminines?

Ma première réaction est de dire peut-être. Il faudrait étudier une plus grande population de femmes ménopausées naturellement pour y répondre. Il y a de la recherche qui démontre que certains changements de posture peuvent amener des modifications aux taux de certaines hormones, mais l'oestrogène n'a jamais fait l'objet d'une de ces études.

Que conseillez-vous à vos patientes au sujet du yoga?

Je fais la promotion des saines habitudes de vie et je parle souvent du yoga comme d'un bon intermédiaire pour les personnes qui n'aiment pas faire de l'exercice. Les études montrent des effets bénéfiques du yoga sur la santé en général. En tant que médecin, je suis très ouverte aux méthodes non médicamenteuses. Je dis à mes patientes qu'adopter ce mode de vie ne peut certainement pas nuire et même améliorer leur qualité de vie.

Les femmes qui pratiquent le yoga hormonal témoignent qu'elles n'ont plus de maux de tête, qu'elles dorment mieux et qu'elles ont retrouvé leur énergie. Qu'en pensez-vous?

Le yoga ne peut pas régler tout, mais certaines de mes patientes qui le pratiquent me reviennent au bout de trois mois et elles vont beaucoup mieux. Outre la diminution du stress, la pratique du yoga a certainement des effets bénéfiques sur d'autres hormones, sur d'autres neuropathies ou neurohormones. Le corps est tellement un système complexe.

Que penser du yoga pour stimuler la fertilité?

Des études ont montré que le yoga diminuait le stress chez les couples infertiles en cours de traitement. Plusieurs études ont également révélé que diminuer le stress est favorable à la fertilité chez ces couples. Or, les études n'ont pas réussi à démontrer que le yoga pouvait aider à concevoir.

Le yoga hormonal est aussi offert aux hommes... (Photo Thinkstock) - image 3.0

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Le yoga hormonal est aussi offert aux hommes qui souhaitent relancer leur production de testostérone.

Photo Thinkstock

Et les hommes, eux?

Devant le succès du yoga hormonal pour les femmes, Dinah Rodrigues a adapté sa méthode à la physiologie masculine dans le but de relancer la production de testostérone. Nathalie Lebel, propriétaire du Studio Mouvance, s'est rendue jusqu'en Allemagne afin de pouvoir l'enseigner au Québec. Entrevue avec celle qui donne l'atelier depuis peu et qui compte l'offrir une fois par année à une clientèle masculine.

Qu'est-ce que le yoga hormonal pour hommes?

La méthode de base est la même que celle du yoga hormonal, à l'exception des postures qui sont différentes. La circulation énergétique est dirigée vers les testicules, et non vers les ovaires. Comme le taux hormonal baisse plus tard et plus graduellement chez les hommes, on recommande une pratique régulière à partir de l'âge de 40 à 45 ans.

Quels symptômes permettrait-il de soulager?

À l'arrivée de l'andropause, les hommes ont des problèmes érectiles, ressentent une baisse de libido, un affaissement des muscles dû à une diminution de testostérone dans leur corps. Certains vont ressentir une baisse d'entrain, un manque de motivation pour faire du sport et une récupération plus lente, notamment. Le yoga hormonal peut avoir des effets bénéfiques sur ces différents symptômes.

Ça fonctionne?

C'est plus frustrant d'enseigner aux hommes, car, comme leurs inconforts sont moins marqués, leurs gains sont également moins marqués. À ce jour, je n'ai pas personnellement d'échantillonnage suffisant pour affirmer que ça fonctionne autant chez les hommes que chez les femmes.




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