Voici les coureurs-navetteurs

Olivier Roy-Baillargeon, qui fait un post-doctorat en urbanisme... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Olivier Roy-Baillargeon, qui fait un post-doctorat en urbanisme a l'université de Waterloo et qui est consultant en mobilité active pour MOBA à Saint-Laurent, court pour aller travailler.

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Courir le matin, pour aller au boulot. Relacer ses chaussures de sport en fin de journée, pour rentrer à la maison à la course. Littéralement. C'est ce que fait Olivier Roy-Baillargeon, depuis octobre 2014.

« C'est un mouvement qui prend de l'ampleur, observe M. Roy-Baillargeon, stagiaire postdoctoral en urbanisme à l'Université de Waterloo et consultant au centre de gestion des déplacements Moba. De plus en plus de gens font le choix de jumeler activité physique quotidienne et navettage. Ça prend peut-être un peu plus de temps pour se déplacer, mais ça libère le temps consacré à aller au gym le soir. »

Plus de 160 « coureurs utilitaires » - un des termes utilisés pour décrire le phénomène, avec « coureurs-navetteurs » - sont membres du groupe Montreal Commute Runners, sur le réseau social pour athlètes Strava. À l'aide du GPS de leur montre ou de leur téléphone, ces joggeurs partagent - et comparent - les distances et durées de leurs courses. Ainsi, la semaine du 9 au 15 mai, le champion a été Alex Gendin, avec 230,4 km parcourus en sept jours. Soit près de 33 km par jour... Plusieurs en font beaucoup moins, pour un total de 18 km dans la semaine, par exemple.

Une pierre, deux coups

« Ça permet de faire d'une pierre, deux coups », fait valoir Jean-Yves Cloutier, entraîneur de course à pied et auteur du livre Le coach répond à vos questions, paru aux éditions La Presse.

« On sauve du temps, on économise de l'argent qui serait consacré aux transports et on peut mieux répartir l'entraînement. »

Lui-même l'a fait pendant six ou sept ans, alors qu'il habitait près du Parc olympique et travaillait à l'hôpital Notre-Dame. « Pour quelqu'un qui s'entraîne pour de longues distances, c'est gagnant, estime-t-il. Préparer un marathon, ça demande un minimum de cinq heures d'entraînement par semaine. Ce n'est pas toujours apprécié par la conjointe ou le conjoint. Alors si tu prends une partie de ton temps de transport pour t'entraîner, ça t'en laisse plus pour ta petite famille. »

Navetteurs actifs

Selon Statistique Canada, 5,7 % des Canadiens se rendaient au travail à pied et 1,3 % à bicyclette en 2011, pour un total de 7 % de navetteurs actifs. Encore marginaux, les coureurs-navetteurs n'ont pas droit à une catégorie à part.

À Montréal ? Une hausse annuelle moyenne de 1,8 % des déplacements actifs entre 2008 et 2013 est rapportée par l'Enquête origine-destination 2013, qui documente la mobilité des personnes dans la région métropolitaine. Attention : l'augmentation annuelle moyenne des déplacements en auto a été encore plus importante, soit de 2,8 %. Si on isole le centre de Montréal, on trouve toutefois « une croissance importante » des modes de transport actif, selon l'Enquête.

« Plus on s'éloigne d'une forme urbaine dense, de quartiers structurés autour des transports collectifs davantage qu'autour de la voiture, plus on trouve des environnements défavorables à la marche, à la course ou au cyclisme », analyse M. Roy-Baillargeon.

C'est sa copine qui lui a suggéré de se déplacer en courant. « Elle commençait à trouver que pour m'entraîner, je prenais beaucoup de temps qu'on aurait pu passer ensemble, résume le jeune homme. En plus, elle m'entendait me plaindre de devoir prendre trois lignes de métro pour aller à l'Université de Montréal [où il a obtenu un doctorat en aménagement]. »

M. Roy-Baillargeon s'est donc mis à courir les 11 km qui séparaient son domicile de l'université, matin et soir. « Ça me faisait un demi-marathon, avec la montée du mont Royal, chaque jour », souligne-t-il avec un plaisir évident.

Éviter le surentraînement

À trop vouloir courir, on trébuche, un dicton que doivent méditer les débutants. « Il faut bien surveiller le dosage, ne pas en faire trop, confirme M. Cloutier. Certaines personnes pourraient courir les lundis, mercredis et vendredis, pour avoir des temps de repos. D'autres peuvent se laisser un jour de repos flottant dans la semaine, à utiliser quand la météo est moins agréable. Il ne faut pas que ce soit la distance qui te contrôle. C'est toi qui contrôles la distance. Si on n'est pas à une distance raisonnable du travail, on peut en faire une partie en voiture ou en métro. »

Depuis la mi-avril, Catherine Mayer court vers le boulot - un trajet de 7 km - trois fois par semaine. « Courir est pratique et efficace pour moi, témoigne la mère et rédactrice au service de marketing de La Cordée. Je ne veux pas me créer de blessures ni brûler d'étapes, parce que je veux courir longtemps. Donc, je ne reviens pas du travail à la course. »

Trucs pratiques

« Ce qui est le plus facile, c'est de le faire en revenant du travail, suggère M. Cloutier. Ça évite d'avoir à transporter des vêtements propres et de devoir trouver une douche, puisqu'on en a chez soi. »

Les coureurs-navetteurs ont toutes sortes de trucs : s'abonner à un gym près du boulot pour aller s'y laver, porter les vêtements chez un nettoyeur pour éviter de les trimballer, transporter plusieurs lunchs un jour sans course, prévoir des lingettes matifiantes et de la poudre compacte pour les retouches au bureau, etc.

M. Roy-Baillargeon a « choisi de rehausser le niveau d'entraînement d'une coche en montant tous les matins avec un sac à dos contenant [ses] vêtements pour la journée et [son] lunch », dit-il. « Parce que courir chargé, c'est plus exigeant. Surtout que je suis connu pour la taille de mon appétit, ce qui fait que mes plats de lunch sont assez volumineux ! »

Cela lui a permis de compléter les 80 km du Bear Mountain State Park Endurance Challenge, une course organisée le 30 avril dans l'État de New York, en à peine 8 h 08 min. À peine 8 h 08 min...

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