VIH: un site pour démonter les mythes

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Sur les applications de rencontres, les personnes vivant avec le VIH sont quotidiennement rabrouées, jugées ou menacées.

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Les rencontres en ligne comportent des défis pour les personnes vivant avec le VIH. Dans ce contexte, 64 % avouent avoir déjà vécu des épisodes difficiles de rejet. Des étudiants de l'Université de Montréal ont lancé un site anti-sérophobie pour faire changer les choses.

Sur les applications de rencontres comme Tinder, Grindr ou Scruff, les personnes vivant avec le VIH sont quotidiennement rabrouées, jugées ou menacées.

Souvent sans mots face à de telles attaques, elles peuvent désormais diriger leurs auteurs vers sexopositif.org, un site conçu pour mettre en lumière les comportements sérophobes et combler le manque criant de connaissances.

Le site regorge d'informations sur le VIH/sida, mais il va plus loin. «Des informations, il y en a plein partout, mais si les gens ne se sentent pas concernés, ils ne les consulteront pas, explique Pierre-Henri Minot, directeur général du Portail VIH/sida du Québec. On voulait créer du contenu pour que les agresseurs prennent conscience de leurs paroles et que les personnes qui vivent avec le VIH aient des outils pour réagir à la discrimination.»

Sexopositif.org est né d'un partenariat entre le Portail et neuf étudiants au doctorat en pharmacie de l'Université de Montréal. Dans le cadre du cours Service à la communauté, les futurs doctorants devaient monter un projet avec un organisme communautaire.

«L'année dernière, on avait traité de la stigmatisation en milieu de travail, souligne Cloé Pelletier, l'une des étudiantes du groupe. Cette année, on voulait changer notre angle et tenter de comprendre ceux qui stigmatisent et aider les agressés. Quand on a approché le Portail, Pierre-Henri nous a alors parlé des applications de rencontres où il y avait énormément de sérophobie.»

Pierre-Henri Minot, directeur général du Portail VIH/sida du... (Photo fournie par Pierre-Henri Minot) - image 2.0

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Pierre-Henri Minot, directeur général du Portail VIH/sida du Québec

Photo fournie par Pierre-Henri Minot

Ils ont donc mené un sondage auprès de centaines de personnes vivant avec le VIH pour comprendre leur réalité. Sur les 223 réponses obtenues, 23 % affichent ouvertement leur statut sérologique dans la description de leur profil de rencontre, 41 % abordent la question durant les discussions et les autres n'en parlent pas. Une discrétion qui est tout à fait légale dans ce contexte. «Dans une discussion sur application mobile, il n'y a aucun rapport sexuel, alors les personnes vivant avec le VIH n'ont aucune obligation de dévoiler leur statut, précise M. Minot. Par contre, quand il y a sexualité, le seul moment où une personne n'est pas obligée de dévoiler son statut sérologique positif, c'est si sa charge virale est faible et qu'il y a port du condom.»

Des témoignages troublants

Le sondage a également établi que 64 % des répondants avaient personnellement été stigmatisés relativement à leur séropositivité sur une application de rencontres, comme le démontrent ces témoignages:

«Un faux profil a été créé et recréé sur Gay Roméo pour envoyer à tout le monde un message disant qu'il faut se méfier de moi, car je suis séropositif.»

«La personne est devenue désagréable dès qu'elle a su mon statut. Une autre m'a bloqué.»

«Parfois, je dois faire l'éducation de mon interlocuteur (ce qui ne me dérange pas trop, mais ça peut aussi être agaçant). D'autres fois, les gars m'insultent.»

Ces paroles ont troublé les étudiants. «Je me doutais que le fait d'afficher le statut sérologique pouvait valoir des réactions très négatives et presque violentes, mais le sondage m'a fait réaliser que ça pouvait être quotidien, vraiment tout le temps, affirme Cloé Pelletier. Les gens peuvent être extrêmement vulgaires et attaquer des inconnus gratuitement, en sous-entendant que les personnes qui vivent avec le VIH sont sales et dégueulasses.»

Cloé Pelletier fait partie du groupe d'étudiants au doctorat... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE) - image 3.0

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Cloé Pelletier fait partie du groupe d'étudiants au doctorat en pharmacie de l'Université de Montréal à l'origine de sexopositif.org.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Même s'il travaille dans le domaine du VIH/sida depuis des années, Pierre-Henri Minot est encore estomaqué par ces comportements.

«Les agresseurs cherchent ce qu'il y a de plus truculent pour faire mal. Comme si le fait de rejeter les autres, ça les protégeait, eux.»

«La sérophobie repose sur des croyances archaïques du VIH, comme si les personnes qui vivent avec le VIH étaient des bombes de virus ambulantes.»

Encore en 2017, un grand travail de sensibilisation reste à faire. «Certaines personnes pensent qu'on peut attraper le VIH avec un baiser ou en serrant la main, se désole Cloé Pelletier. À cause de ça, elles ont peur et leur façon de se protéger est d'attaquer.» 

Lorsqu'elles sont agressées, les personnes qui vivent avec le VIH n'ont pourtant pas le réflexe de contre-attaquer. Dans le sondage, aucun des 223 répondants n'a affirmé avoir déjà répliqué aux attaques par des insultes. Une surprise pour M. Minot. «Avant de voir le sondage, ma réponse à la problématique était personnelle: je voulais insulter les gens qui haïssent. Mais la communauté concernée ne veut pas haïr, elle veut éduquer.»

D'où la création de sexopositif.org. «On voulait que les gens qui reçoivent des insultes concernant leur statut sérologique sur les applications de rencontres puissent envoyer un lien vers la page aux agresseurs en leur disant de s'informer, dit Cloé Pelletier. Le site a été conçu pour que les gens remettent leurs croyances et leurs comportements en question, et qu'ils soient mieux éduqués.»

Comment se transmet le VIH?

Le VIH (virus de l'immunodéficience humaine) vit à l'intérieur de certaines cellules du corps présentes dans le sang et les sécrétions sexuelles. Il peut être transmissible dans certaines circonstances très précises: rapports sexuels non protégés par un préservatif ou par un traitement préventif comme la PrEP (prophylaxie pré-exposition), contact important avec du sang contaminé (lors d'un partage de matériel d'injection ou d'un accident d'exposition pour les soignants), transmission de la mère à l'enfant durant la grossesse ou l'allaitement, si la mère ne reçoit pas de traitement.




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