Le soleil: ami ou ennemi?

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Le cancer de la peau est le type de cancer faisant le plus de victimes au Canada. Environ 30 000 nouveaux cas se déclareront cette année, au Québec seulement

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Qui se formalise de voir un collègue ou une connaissance revenir de vacances avec une peau basanée? Dans les perceptions populaires, le bronzage est encore associé à la santé et à la beauté. Dans les faits, un épiderme dont la couleur a été altérée a dû se défendre contre les agressions du soleil et de ses rayons ultraviolets. Et qui dit peau endommagée dit peau sujette au cancer.

Le cancer de la peau est le type de cancer faisant le plus de victimes au Canada. Environ 30 000 nouveaux cas se déclareront cette année, au Québec seulement*. Du lot, tous ou presque auraient pu être évités s'ils avaient été diagnostiqués à temps et grâce à de saines habitudes face au soleil.

Sylvain Poissant a été diagnostiqué d'un cancer de type mélanome, la forme la plus mortelle d'affection de la peau, en 2006, à l'âge de 27 ans. Ses prédispositions familiales, sa peau pâle et ses cheveux châtains, maintenant rasés en raison des traitements, en faisaient en effet un candidat particulièrement vulnérable au cancer de la peau.

Avoir su ce qu'il sait aujourd'hui, Sylvain aurait protégé son épiderme fragile contre ces agresseurs sournois que sont les rayons ultraviolets: «Ce qui a fait pencher la balance, c'est que je n'ai utilisé aucune protection contre le soleil quand j'étais jeune. Ou quand j'en mettais, je le faisais à 10 h le matin, sans en réappliquer durant la journée. J'étais surveillant-sauveteur, alors j'étais particulièrement exposé aux rayons UV.»

Mais le jeune homme ne savait pas... Aujourd'hui, il consacre une partie de son temps à raconter son histoire afin de sensibiliser d'autres personnes, des jeunes surtout, aux gestes qui pourront, pour eux, prévenir le pire. Ses énergies sont par ailleurs déployées pour combattre l'ennemi qui s'est installé d'abord sur sa peau, avant de s'étendre à d'autres parties de son corps: le cou, d'abord, puis le foie, le thorax, et le cerveau.

Pour Sylvain Poissant, comme c'est le cas pour la majorité des personnes atteintes d'un cancer de la peau, la maladie s'est révélée sous la forme d'un grain de beauté au contour anormal.

«J'ai voulu le gratter pour l'enlever et six mois plus tard, il saignait et il était rendu gros comme une pièce de 1 $.»

Sylvain Poissant

Une biopsie réalisée d'urgence confirmera la présence d'un mélanome. À 4 mm d'épaisseur, un mélanome est considéré comme grave. Le sien fait alors 13,2 mm.

«Si on néglige un grain de beauté qui se modifie, il va s'épaissir et grossir davantage. Il y a alors plus de chances que des métastases affectent d'autres zones du corps», indique le dermatologue Ari Demirjian.

Un moral d'acier, de bons gestes maintenant intégrés au quotidien pour protéger sa peau, tous les traitements et protocoles de recherche auxquels Sylvain a été soumis, incluant plusieurs opérations éprouvantes, sont-ils des munitions suffisantes pour repousser l'épée de Damoclès qui plane au-dessus de sa tête? «J'essaie de ne pas y penser. Je suis mes traitements et pour la suite, je mise sur ce que je peux contrôler en me protégeant en tout temps», déclare-t-il avec un sourire immense.

Un cancer dont on pourrait se passer

La majorité des cas de cancer de la peau peut être évitée. «C'est directement relié à notre exposition aux rayons UV du soleil et à ceux des salons de bronzage», souligne Marie-Michelle Voyer, chargée de projets pour le volet Prévention de la Société canadienne du cancer.

Les cas de mélanome ont plus que doublé au Canada depuis 1990. «On récolte aujourd'hui les mauvaises habitudes prises dans les années 60 et 70, alors que le miroir et les huiles sans indices de protection étaient utilisés pour bronzer plus efficacement, poursuit-elle. Plus la population prendra de bonnes habitudes et plus on devrait s'éloigner de ce bilan».

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la Société canadienne du cancer s'investit dans la sensibilisation auprès des étudiants du secondaire, à ce moment de leur vie où se prennent souvent les mauvais plis. Encore aujourd'hui, plus de 50%* d'entre eux se trouvent plus beaux lorsqu'ils sont bronzés.

«Comme c'est un cancer visible, on est souvent capables de le prendre à temps, mais c'est aussi ce qui fait en sorte qu'il est banalisé. On se dit qu'on pourra toujours faire enlever les lésions suspectes, mais ce n'est pas sans conséquence», poursuit Marie-Michelle Voyer.

Rachelle Pitre l'a d'ailleurs appris à la dure.

Une coquetterie cher payée

Pour accompagner la robe blanche qu'elle avait choisie pour son bal de finissante, Rachelle a misé sur un teint hâlé. Pour l'obtenir, elle s'est tournée vers les bains de soleil artificiels, puis est devenue une adepte des salons de bronzage, sans savoir que leurs appareils émettent des rayons UV au moins cinq fois plus intenses que ceux du soleil de midi.

Elle avait bien sûr entendu parler des dangers associés aux rayons ultraviolets, mais ses cheveux foncés et sa peau basanée lui laissaient croire qu'elle était invincible. À 31 ans, des rougeurs à la peau et des plaques qu'elle croyait alors être du psoriasis l'amènent à consulter un dermatologue. Elle apprendra qu'elle est atteinte d'un cancer basocellulaire.

Six tumeurs lui seront retirées: une à la cuisse, une au sein et quatre au visage. Ces interventions lui laisseront plusieurs cicatrices, dont une à la bouche qui nécessitera une reconstruction de sa lèvre supérieure.

«Je suis maintenant suivie aux deux mois. Des nouvelles tumeurs apparaissent constamment et doivent être retirées par chimiothérapie topique et par traitement au laser. Je n'ai pas eu de répit depuis quatre ans», rapporte la jeune femme de 35 ans qui doit chaque fois prendre congé de son travail de procureure de la couronne.

Rachelle invite aujourd'hui les jeunes à voir plus loin que le moment présent et au-delà des considérations esthétiques. «Pour avoir l'air en santé, j'ai hypothéqué ma santé. Adolescente, j'aurais aimé qu'on me montre les conséquences d'une exposition au soleil. Il y a non seulement le cancer, mais aussi le vieillissement prématuré», précise-t-elle.

Les rayons ultraviolets brisent en effet les cellules de la couche basale qui assurent le renouvellement cutané et sont les principaux responsables de l'augmentation des stigmates associés au vieillissement.

Pour les occasions spéciales, Rachelle fait aujourd'hui appel aux poudres bronzantes ou aux autobronzants. Et les cabines de bronzage en vaporisateur se sont substituées aux bains de soleil en salons contre lesquels elle a milité dans le cadre de l'adoption de la loi 74, interdisant les services de bronzage artificiel aux personnes mineures.

«Je ne peux pas mettre assez d'emphase sur l'importance de bien se protéger et surtout de protéger les enfants, conclut Ari Demirjian. La plupart des gens entendent, par le fait de ne pas aller au soleil, d'éviter de s'exposer sur la plage. Le fait qu'on ne va pas se faire bronzer ne veut pas dire qu'on n'est pas vulnérable en faisant du jardinage ou en dînant sur une terrasse».

Éventuellement, peut-être en viendrons-nous à dissocier la beauté de la teinte caramel dont se pare notre peau. C'est du moins ce que nous souhaitent les dermatologues.

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Le cancer de la peau

  • Les personnes ayant eu 5 coups de soleil ou plus ont 2 fois plus de risques d'avoir un mélanome au cours de leur vie.
  • Durant la dernière année, 50% des élèves québécois de 6e année et du secondaire se sont exposés au soleil pour obtenir un bronzage ou le conserver. Seulement 10% d'entre eux n'auraient pas eu de coup de soleil au cours de leur vie.
  • Les élèves du secondaire de 15 ans et plus se protègent généralement moins contre le soleil que les adultes ou les enfants.
  • 930 mélanomes - la forme la plus agressive et mortelle de cancer de la peau - seront diagnostiqués cette année au Québec.
*Chiffres fournis par la Société canadienne du Cancer.

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