Pèse-personne: connaître son poids ne suffit pas

Dépassé, le vieux pèse-personne mécanique à aiguille? De plus en plus, les... (Photo Digital/Thinkstock)

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Sophie Allard
La Presse

Dépassé, le vieux pèse-personne mécanique à aiguille? De plus en plus, les pèse-personnes électroniques d'analyse corporelle - ou impédance-mètres - ont la cote. Ces appareils, qui mesurent notamment la quantité de graisse corporelle, sont-ils efficaces, voire utiles? Sophie Allard fait le point en 10 questions.

1. Comment ça fonctionne?

On mesure la quantité de réserves de graisse grâce à l'impédance bioélectrique. Le pèse-personne est muni d'électrodes et, lorsqu'on monte sur la plate-forme, un faible courant électrique (50 hertz) parcourt notre corps d'un pied à l'autre. Le calcul se fait en fonction de la vitesse de ce courant. «Plus il y a d'eau, plus le courant électrique passe vite. On sait que la masse musculaire comporte beaucoup plus d'eau que la graisse. On peut ainsi avoir une estimation de la composition corporelle», indique Marielle Ledoux, professeure au département de nutrition de l'Université de Montréal. Les mesures ne valent toutefois que pour la moitié inférieure du corps (le courant prenant le chemin le plus court du point A au point B). Avant de s'exécuter, on aura enregistré nos informations personnelles telles que l'âge, le sexe, la taille et, selon les appareils, la forme physique.

2. Certains appareils proposent un mode «athlète». Est-ce pour moi?

Il faut d'abord se fier aux normes établies par le fabricant qui, c'est selon, propose plusieurs niveaux d'activité physique. On est légèrement actif si on fait du travail de bureau, très actif si on fait un travail manuel et extrêmement actif si on est un athlète. Si on s'entraîne plus de 10 heures par semaine depuis un an et que son pouls au repos est inférieur à 60 pulsations/minute, on considère à-propos le mode athlète et on devrait rechercher un appareil qui propose ce mode, à défaut de quoi les données seront erronées.

3. Pourquoi l'utiliser?

«Mesurer la masse grasse et la masse maigre (musculaire) permet de relativiser la mesure de poids. Un athlète d'élite peut avoir un indice de masse corporelle théoriquement trop élevé, alors qu'il a tout simplement une masse maigre plus importante», indique Marielle Ledoux. Pour les personnes en perte de poids, la mesure de la quantité de graisse permet d'avoir une idée plus précise (à long terme) du succès d'un nouveau régime alimentaire et de la pratique d'activités physiques. Attention: il est bon de voir fondre la graisse, mais si un programme d'amaigrissement est drastique, la masse maigre fondra aussi! La mesure du taux d'hydratation peut intéresser les sportifs qui souhaitent mieux s'hydrater, ainsi que les personnes âgées dont la sensation de soif est diminuée. Une déshydratation peut avoir un impact sur la santé et sur la performance sportive. Même chose pour la surhydratation (bien que plus rare).

4. Quelle est la marche à suivre?

D'abord, on mise sur la modération. Tout comme le poids, la quantité de masse grasse ne change pas du jour au lendemain. «On devrait se peser tout au plus une fois par semaine, et ce, toujours dans les mêmes conditions et au même moment de la journée», indique Marielle Ledoux. On se pèse pieds nus et, idéalement, sans vêtements. On prend soin de disposer le pèse-personne sur un sol dur et droit (pas de carpette!).

5. On se pèse le matin ou le soir?

Certains fabricants avancent que la mesure la plus juste est prise en début de soirée. Il est parfois difficile de se peser à cette heure (et surtout dans les mêmes conditions), alors on suggère plutôt de le faire le matin. On attend au moins 15 minutes après le saut du lit (et après avoir uriné) afin que la répartition de l'eau corporelle soit plus représentative.

6. Qu'est-ce qui peut fausser les mesures?

Presque tout! «C'est pourquoi il faut prendre ces données avec un grain de sel», note Marielle Ledoux. Comme l'hydratation est à la base de ces calculs, une multitude de facteurs peuvent influencer les résultats. Une séance d'exercices aérobiques (même de faible intensité) peut fausser la mesure de masse grasse de... 12kg! Le cycle menstruel, la consommation de sel et d'alcool, la forme physique, la température de la pièce et l'humidité ambiante, un repas consommé moins de quatre heures avant la pesée, la quantité de liquide bue dans une journée, la longueur des jambes et la couleur de la peau (la peau noire serait plus épaisse) comptent parmi les éléments à considérer. Même l'endroit où l'on pose les pieds sur le pèse-personne peut faire varier la masse grasse, et ce, jusqu'à 10kg.

7. Suis-je dans les normes?

Chaque fabricant a sa formule pour calculer le transfert de la vitesse du courant électrique et utilise ses propres facteurs de correction en regard de l'âge, du sexe, de la taille, etc. «Il est donc préférable de se fier aux normes décrites dans le manuel d'instruction qui vient avec l'appareil, elles seront les plus justes. D'une marque à l'autre, ces mesures peuvent varier considérablement. On utilise donc toujours le même appareil et on compare nos résultats dans le temps. Et il ne faut jamais oublier qu'il s'agit d'estimations», insiste Marielle Ledoux. Quelles sont les valeurs recherchées en gros? Chez un jeune homme, on parle de 12 à 15% de masse grasse. Chez une jeune femme, 18 à 24%. Plus on vieillit, plus ça augmente. Chez les athlètes, la masse grasse optimale est relative au sport pratiqué: par exemple, on souhaite de 10 à 17% de masse grasse pour une gymnaste et 21% pour une skieuse.

8. Quelles sont les contre-indications?

Par précaution, l'usage d'un impédancemètre bioélectrique est contre-indiqué aux personnes portant un stimulateur cardiaque ou autre dispositif électronique. Son usage, bien qu'inoffensif, n'est pas recommandé aux femmes enceintes, aux enfants, aux personnes qui souffrent d'oedème, de cirrhose du foie ou de maladie rénale, aux personnes diabétiques, cardiaques ou sidatiques, aux consommateurs de médicaments contre l'hypertension ou à toute personne qui porte une prothèse métallique (ex. hanche) pour la simple raison que les mesures obtenues seront erronées.

9. Que doit-on considérer lors de l'achat?

On privilégie un modèle solide et stable, dont les points de contact (avec les électrodes) sont clairement indiqués, «à défaut de quoi, on se fait une marque maison avec un ruban adhésif», suggère Marielle Ledoux. On cherche aussi un appareil qui affiche les mesures en pourcentage (pas seulement en kilo), accompagné d'un dépliant explicatif clair et complet (avec un tableau de normes de référence). Si nos données peuvent être gardées en mémoire après usage, c'est encore mieux.

10. Quelles sont les autres méthodes pour calculer la masse grasse?

  • La mesure du pli cutané: un kinésiologue ou un préparateur physique pince la peau avec un adipomètre et obtient des mesures qui lui permettent d'estimer le pourcentage de graisse corporelle. «Si cette mesure est bien faite et le nombre de mesures suffisant, c'est une bonne méthode», dit Marielle Ledoux.
  • Le scanneur d'absorptiométrie par rayons X à double énergie: «c'est la méthode la plus précise, dit Marielle Ledoux. Les rayons balaient le corps et prennent des mesures à plusieurs endroits sur le corps. L'appareil indique non seulement le pourcentage de graisse, de masse maigre et osseuse, mais permet de savoir ce qu'il en est précisément du bras gauche, de la jambe droite, etc.»
  • La pesée hydrostatique: basée sur le principe d'Archimède, elle consiste dans le calcul de la masse grasse à partir de la différence entre la masse corporelle dans l'air et la masse corporelle dans l'eau. «C'est complexe. On doit avoir l'équipement, un petit bassin d'eau. La personne doit être immergée complètement après avoir expiré tout l'air de ses poumons, ça peut être assez stressant», dit Marielle Ledoux.
  • La densitométrie corporelle (Bod Pod): on s'assied dans un cocon hermétique aux allures futuristes et, en quelques minutes, le déplacement de l'air est mesuré et permet de fournir des données sur la composition corporelle. «C'est relativement juste, facile et peu engageant pour la personne et ça ne demande pas une expertise technique», dit la nutritionniste.

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Testés: 4 pèse-personnes

1. iFit de Starfrit, 29,99$

On aime:

  • la facilité d'utilisation;
  • les multiples mesures: masses grasse, maigre, osseuse, hydratation et apport calorique quotidien;
  • les quatre niveaux d'activité physique;
  • les données de la pesée précédente en mémoire.

On aime moins:

  • les boutons qui semblent fragiles;
  • les normes de référence uniquement pour le gras et l'hydratation.

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2. Conair de Weight Watchers (#WW67WC), 44,88$

On aime:

  • l'affichage gros et lisible;
  • les explications détaillées avec grille de normes de référence;
  • le grand format et la robustesse (jusqu'à 400lb ou 180kg);
  • l'indicateur de couleur pour marquer la cible.

On aime moins:

  • le message d'erreur fréquent (appareil défectueux?);
  • le manque de sensibilité si la peau est sèche (on conseille d'appliquer de la lotion sous les pieds!);
  • la difficulté de savoir où poser ses pieds;
  • les boutons semblent fragiles.

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3. For Living - 063-8712-8 (Canadian Tire), 24,99$

On aime:

  • le format petit et léger;
  • la facilité d'entretien (pas en vitre);
  • le mode athlète;
  • les points de contact faciles à repérer;
  • les normes de référence.

On aime moins:

  • l'affichage difficile à lire (chiffres petits);
  • l'espace restreint pour les pieds;
  • le dépliant très peu explicatif.

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4. Fitbit Aria balance intelligente WiFi, 129,99 $

On aime:

  • le suivi des progrès en ligne ou sur des applications;
  • la gestion des calories au quotidien (on entre les repas consommés);
  • le design épuré de l'appareil, graphiques simples sur écran;
  • le programme de motivation (avec alertes) à court et long terme avec gain d'insignes.

On aime moins:

  • le prix;
  • la seule mesure (graisse) disponible;
  • l'impossibilité de savoir où sont les points de contact;
  • la possibilité de rivaliser avec les amis (faire de la perte de poids une compétition?).




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