Paléo, le nouvel avenir?

Le paléo serait-il une recherche de paradis perdu,... (Photo Masterfile)

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Le paléo serait-il une recherche de paradis perdu, teintée du mythe du «bon sauvage» et alimentée par une forme de paranoïa à l'encontre de l'industrie agroalimentaire?

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Est-ce une réaction à l'omniprésence de la technologie, à la sédentarisation de l'homme moderne, à une société dénaturalisée, en perte de repères? Toujours est-il que l'attrait pour un mode de vie dit «paléolithique», qui retourne aux sources de l'humanité, gagne en popularité en Occident. Portrait d'un phénomène.

Le régime paléo est à la mode. Les livres sur le sujet se multiplient et plusieurs stars hollywoodiennes, comme Matthew McConaughey et Jessica Biel, l'ont adopté, sans compter qu'il gagne sans cesse des adeptes chez les sportifs, notamment chez les mordus de Crossfit. Beaucoup plus qu'un régime pour certains, le paléo est un mode de vie qui invite à se reconnecter avec ses racines primitives... pour mieux assurer notre avenir.

À l'ère technologique, il peut sembler incongru de voir des gens s'enthousiasmer pour un mode de vie qui trouve ses origines il y a quelques... millions d'années. Mais pour ses défenseurs, c'est en regardant vers le passé, chez l'homme paléolithique, que l'homme d'aujourd'hui pourra trouver une piste de solution aux affections modernes que sont l'obésité, le diabète et les inflammations chroniques, entre autres. Cette forme de «primitivisme» est-elle symptomatique d'une société en perte de repères?

Élisabeth Abergel est professeure agréée au département de sociologie de l'UQAM. Selon elle, la popularité du régime paléo participe à une certaine remise en question des préceptes qui régissent notre société moderne: «Encore plus que du primitivisme, j'y vois là un mélange entre un type de conscience environnementale et un désir de contrôler ses aliments et son corps. J'y vois aussi un besoin de se prémunir contre un monde de plus en plus industrialisé, pollué, toxique, plein de risques.»

Pour la sociologue, le mouvement paléo s'inscrit dans un renouveau de type «foodie»: «Éviter les aliments transformés, réduire ses calories pour vivre plus longtemps, les régimes crudivores... Tout cela s'inscrit dans une réaction à l'agriculture intensive industrialisée et productiviste qui rend les gens et la planète malades. On vise donc un style de vie local et le plus près possible de la nature... ou du moins de ce qu'il en reste! C'est un peu revenir au mythe du "bon Sauvage".»

Ainsi, si plusieurs sont attirés par la promesse de perte de poids, pour la plupart des adeptes, l'alimentation paléo va bien au-delà d'une modification de son régime alimentaire. Pour eux, à l'origine, l'homme est un animal diurne qui est fait pour courir, chasser, grimper, ramper, transporter des charges, marcher... en interaction avec son environnement naturel.

La «paléo-fitness»

C'est cette prémisse qui a mené Erwan Le Corre, Français d'origine désormais installé à Santa Fe, au Nouveau-Mexique, à créer en 2009 MovNat (pour «Natural Movement»), une forme d'entraînement souvent associée à la «paléo-fitness», un terme encore mal défini. Son idée est simple : bouger comme nos ancêtres le faisaient.

«Tout petit, j'ai grandi près de la forêt et mon père m'amenait souvent grimper aux arbres, sauter de rocher en rocher... J'ai donc appris le mouvement de façon très intuitive, raconte-t-il. En vieillissant, je me suis toujours intéressé à des pratiques sportives ou physiques qui avaient un sens pratique, comme l'escalade et les sports de combat», explique celui qui, dans sa vingtaine, a pratiqué à Paris le parkour (un sport «extrême» qui vise le déplacement libre et efficace dans le milieu urbain par divers moyens: course, sauts, équilibre, escalade, etc.).

Pour M. Le Corre, il est aberrant que ces mouvements si naturels que sont sauter d'un point à l'autre, grimper à un arbre ou même combattre et se défendre soient devenus, avec le temps, étrangers à l'homme.

La base de sa méthode repose essentiellement sur l'apprentissage de mouvements «pratiques et adaptables». Pratiques: sprint pour échapper à un prédateur... ou attraper le bus. Adaptables: où le mouvement demande à l'esprit d'être en éveil pour s'adapter à l'environnement et à la situation, comme garder l'équilibre sur un billot de bois pour traverser une rivière (réelle ou imaginée, si on s'entraîne à l'intérieur). Les formations MovNat peuvent donc se dérouler à l'intérieur, dans un environnement sécurisé, mais aussi, évidemment, à l'extérieur.

MovNat organise également des retraites en pleine nature. Julien Smith, Montréalais auteur de best-sellers en marketing (dont Trust Agents) et paléo plus ou moins strict depuis quatre ans, a participé à deux de ces retraites en Virginie-Occidentale et en Thaïlande.

Si l'idée d'aller se mouvoir pieds nus dans les bois, de grimper des arbres et de déplacer des roches et des branches peut sembler un peu «grano», pour le jeune homme, il s'agit plutôt d'une réflexion pragmatique: «Je ne suis pas un hippie, lance-t-il avec sa coupe de cheveux impec et ses tatouages. Pour moi, c'est une approche naturelle qui a du sens, car elle rend les gens plus forts et habiles. La plupart des personnes, malheureusement, ignorent leur corps et ne savent pas faire de l'exercice même si elles vont au gym.»

David Salmon, qui a fondé Toronto MovNat en 2012 après avoir suivi sa certification auprès d'Erwan Le Corre, a été séduit par cette approche du mouvement: «En tant qu'entraîneur personnel professionnel, j'ai toujours été intéressé par les exercices fonctionnels, à l'opposé d'un entraînement qui ne servirait qu'à donner de gros muscles. MovNat nous apprend à être confortables dans n'importe quelle position et à mieux exécuter des mouvements qui serviront dans la vie de tous les jours», résume-t-il, ajoutant qu'il a vu les effets concrets de son entraînement le jour où il a... déménagé.

Pour M. Salmon, qui mange aussi paléo, «MovNat considère l'exercice et le mouvement de la même façon que le régime paléo s'attarde à la nutrition : en retournant à nos racines et en se basant sur ce que nous sommes naturellement sensés faire.» Une approche évolutionniste qui, pour lui comme pour plusieurs autres, fait tout simplement appel au gros bon sens.

MovNat et Toronto MovNat donneront des formations à Montréal au printemps. Plus d'info au www.movnat.com et www.torontomovnat.com.

Une journée 100% paléo

Nous avons demandé à Guillaume Lacerte, qui mange paléo depuis 2009, de partager avec nous une journée typique dans sa vie.

Déjeuner: OEufs brouillés dans l'huile de noix de coco, une orange, une grappe de raisins, une poignée d'amandes.

Lunch: Salade de thon avec laitue, tomates, concombre, avocat, poivron rouge, épices et vinaigrette d'huile d'olive et de vinaigre balsamique.

Souper: Rôti de palette avec os mijoté avec des oignons, des carottes, de la courge et des épices.

Collations:  Environ 30 g de chocolat noir 85 % et un ou deux fruits.

Boissons: Eau, café noir, thé, tisane.

Petit guide du paléo

> Recommandé:

Viandes et poissons (idéalement faibles en gras, biologiques ou élevés sans hormones ni antibiotiques)

OEufs

Légumes et fruits

Noix et graines

Huiles naturelles (noix de coco, olive, noisette)

Épices

Tisane et thé

Beaucoup d'eau

> À éviter:

Tous les produits transformés

Céréales et grains

Légumineuses

Produits laitiers

Sel

Sucres raffinés

Huiles hydrogénées

Gras trans

Alcool

> Zone grise (selon le niveau de restriction)

Pomme de terre et autres légumes-racines

Arachides

Soya

Café

Chocolat noir

Suppléments de vitamine D




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