Le SPM extrême, une maladie mentale?

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SPM. Trois lettres souvent banalisées qui, poussées à l'extrême, peuvent devenir un enfer.

Anxiété, déprime, colères inexpliquées et mêmes pensées suicidaires: certaines femmes ont l'impression, une semaine par mois, de devenir quelqu'un d'autre.

Un «mal» que les psychiatres ont nommé le trouble dysphorique prémenstruel. Cette forme extrême du SPM entre dans le DSM-5, la bible des psychiatres, publiée hier aux États-Unis. Une maladie mentale, le SPM?

Le sujet fait l'objet d'une grande controverse.

«Quelqu'un aurait pu marcher sur mon gros orteil pendant mon SPM et je lui aurais sauté dans la face.» Linda a reçu un diagnostic de trouble dysphorique prémenstruel dans la trentaine. Avec la stigmatisation qui va avec ce diagnostic. On lui a prescrit des antidépresseurs. Son médecin disait que c'était dans sa tête. Maladie mentale ou pas, le trouble dysphorique prémenstruel? La publication du DSM-5 soulève le débat.

L'Association psychiatrique américaine (APA) a lancé hier la cinquième mouture du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Publiée pour la première fois en 1952, cette bible des maladies mentales est un ouvrage hautement reconnu, mais aussi de plus en plus controversé. Il est utilisé comme référence en matière de diagnostic aux États-Unis et au Canada. Sa première mouture dressait la liste d'une centaine de pathologies. La quatrième en compte 297 et la cinquième en contient une centaine de plus, dont le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM).

Dans le DSM-4, le TDPM était inclus en annexe avec les autres troubles nécessitant plus de recherche. Dans le DSM-5, il sera vraisemblablement une catégorie à part entière, au même titre que la dépression majeure et le trouble bipolaire.

«On invente des maladies! , s'indigne le philosophe Jean-Claude St-Onge, auteur des livres Les dérives de l'industrie pharmaceutique et Tous fous? . L'idée est d'inscrire de plus en plus de diagnostics au DSM et de diminuer les critères, pour prescrire davantage de médicaments.»

Bien que la majorité des femmes ressentent, à divers degrés, les symptômes du syndrome prémenstruel, le trouble dysphorique prémenstruel touche entre 2% et 5% de la population féminine, généralement des femmes âgées de plus de 30 ans. Pour qu'un diagnostic soit établi, cinq des onze symptômes listés dans le DSM doivent être présents pendant la plupart des cycles menstruels de la dernière année. Ces symptômes, qui touchent surtout l'humeur, vont de l'irritabilité marquée à l'anxiété. Ils apparaissent généralement une semaine avant le déclenchement des règles et s'estompent lorsque celles-ci débutent.

Un quotidien perturbé

«Le critère important est qu'à cause des symptômes, le fonctionnement de tous les jours est perturbé, précise le Dr Richard Bergeron, psychiatre et fondateur de la Clinique du syndrome prémenstruel du Centre hospitalier Pierre-Janet, à Hull. Si vous avez des troubles prémenstruels et que vous êtes capable de vous occuper de votre famille et d'aller au travail, ce n'est peut-être pas le trouble dysphorique.»

Les femmes atteintes d'un trouble dysphorique prémenstruel voient leur vie bouleversée une semaine par mois. Le Dr Bergeron raconte que certaines ont perdu leur emploi, d'autres, leur conjoint. Une mère a même jeté à la rue sa fille de 18 ans.

«J'avais de la misère parfois à sortir de chez moi, raconte Linda, qui préfère conserver l'anonymat. C'en était rendu à des attaques de panique. C'était très difficile de fonctionner au travail. J'avais de l'anxiété, j'étais impatiente, je faisais de l'insomnie, j'avais des ballonnements et mal aux articulations.»

Les antidépresseurs que lui a prescrits son médecin n'ont fait qu'accroître son anxiété. Il y a un an et demi, elle s'est tournée vers l'hormonothérapie. Avec succès, dit-elle. L'inscription de son trouble au DSM la choque profondément. «Ça n'a pas rapport avec la maladie mentale, ça a rapport avec un débalancement hormonal», dénonce-t-elle.

La faute des hormones?

On ne connaît pas encore les causes du trouble dysphorique prémenstruel et il n'existe aucun marqueur biologique permettant de l'identifier. «C'est sûr qu'il y a un lien avec les hormones parce que c'est cyclique», constate la Dre Michèle Moreau.

Alors que certains doutent de l'existence même du TDPM, le Dr Richard Bergeron soutient qu'elle est indéniable. «C'est un problème chimique et neurobiologique qui existe et qu'on doit reconnaître et traiter avant que ça devienne une maladie mentale grave qui s'appelle la dépression majeure. Mais, est-ce que je considère le trouble dysphorique prémenstruel comme une maladie mentale? Non.»

«Ça me dérange qu'on psychiatrise les menstruations, affirme Dre Sylvie Demers, médecin, biologiste et auteure du livre Hormones au féminin: Repensez votre santé. C'est peut-être avec raison. Mais on a tendance à psychiatriser facilement les femmes.»

Inclure le TDPM dans le DSM peut toutefois aider à reconnaître que le trouble existe, expose Dre Michèle Moreau. «C'est important de dire aux femmes que ce n'est pas dans leur tête, qu'elles ne sont pas folles. Qu'elles n'inventent pas des choses et que c'est reconnu.»

Bien qu'un diagnostic psychiatrique puisse aider la patiente à se déculpabiliser, il peut aussi contribuer à la stigmatiser, met en garde le psychiatre et psychanalyste français Patrick Landman, qui est à la tête du collectif Stop DSM. «On va pouvoir dire que les femmes sont sensibles aux hormones contrairement aux hommes, qui seraient des êtres supérieurs entre guillemets. Par ailleurs, pour reconnaître la souffrance psychologique d'une femme, pas besoin de lui donner un diagnostic psychiatrique!»

De 2% à 5% des femmes sont touchées par le TDPM. Elles sont généralement âgées de plus de 30 ans.

>>> Pour consulter les 11 symptômes du TDPM: lapresse.ca/dsm

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