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Troubles d'apprentissage: une scolarité semée d'embûches

Jean-Louis Tousignant, président du conseil d'administration de l'Association... (Photo : Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Jean-Louis Tousignant, président du conseil d'administration de l'Association québécoise des troubles d'apprentissage (AQETA).

Photo : Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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Nathalie Côté, collaboration spéciale
La Presse

Au primaire, Derrick «faisait son temps» à l'école, selon sa propre expression. Terriblement mal dans sa peau, il obtenait à peine plus que la note de passage. Pourtant, il travaillait plus que les autres. Beaucoup plus.

En quatrième année, on lui a diagnostiqué un trouble du déficit d'attention. La médication a aidé, mais n'a pas tout réglé. L'année suivante, il a appris qu'il était aussi dyslexique et dysorthographique.

Un peu plus de 3 % des enfants canadiens auraient un trouble d'apprentissage, selon Statistique Canada. Certains spécialistes avancent plutôt que de 10 % à 15 % en souffriraient. Cet écart s'explique notamment par des définitions différentes des troubles d'apprentissage.

Quoi qu'il en soit, ces élèves - et leurs parents - vivent souvent la scolarité comme un véritable chemin de croix. Outre les difficultés scolaires, ces familles doivent remplir bien de la paperasse et patienter pour obtenir de l'aide. Plusieurs d'entre elles finissent d'ailleurs par se tourner vers des professionnels privés.

Paradoxalement, les capacités intellectuelles élevées de certains jeunes sont un désavantage. Ils arrivent à compenser leurs difficultés et ils décrochent néanmoins la note de passage. «Un élève va obtenir 65 %, mais il pourrait avoir 85 % et plus avec l'aide d'un logiciel de synthèse vocal, explique Jean-Louis Tousignant, président du conseil d'administration de l'Association québécoise des troubles d'apprentissage (AQETA). Mais comme il n'est pas en échec, certaines directions d'école refusent de mettre en place un plan d'intervention.» Or, des résultats faibles peuvent empêcher l'admission de l'élève à un programme particulier et compromettre la poursuite de ses études.

Évolution des mentalités

Mais les mentalités changent. Autrefois, les jeunes ayant des troubles d'apprentissage étaient simplement considérés comme des cancres. Aujourd'hui, on comprend mieux leurs difficultés et on tente davantage de leur donner un coup de pouce. Services de professionnels, outils technologiques, plus de temps accordé ou local séparé pour terminer un examen sont des options offertes de plus en plus souvent. L'impression d'iniquité envers les autres élèves persiste toutefois chez certains enseignants. Mais priver ces enfants d'accommodements équivaut à demander à un myope de retirer ses lunettes, explique Jean-Louis Tousignant.

De plus, les contraintes budgétaires ne sont plus une excuse pour éviter d'offrir des services à ces élèves, rappelle-t-il. En effet, dans un jugement rendu en novembre, la Cour suprême du Canada a indiqué que «des services d'éducation spécialisés adéquats ne sont pas un luxe dont la société peut se passer».

Avec un bon soutien, des jeunes ayant un trouble d'apprentissage peuvent accéder à des études supérieures. Ils sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à le faire. Près d'un millier d'entre eux fréquentaient l'université l'an dernier. «Il s'agit d'une clientèle émergente. L'ouverture aux mesures d'aide varie d'un établissement et d'un département à l'autre», constate Jean-Louis Tousignant.

Julie Bouliane, qui souffre d'un déficit de l'attention, en plus d'être dyslexique et dysorthographique, a préféré faire son baccalauréat sans réclamer de mesures d'aide, même si elles étaient offertes. «Parce que je suis tête de cochon, probablement», lance-t-elle en riant. Ses professeurs se sont toutefois montrés compréhensifs envers elle.

Sur le marché du travail

L'étudiante de l'Université du Québec à Montréal souhaite maintenant entreprendre une maîtrise en sciences de la gestion, profil ressources humaines. «J'aimerais trouver des moyens pour aider les personnes ayant un trouble d'apprentissage en milieu de travail», note-t-elle.

L'insertion sur le marché du travail des jeunes ayant un trouble d'apprentissage préoccupe également l'AQETA. L'organisme veut sensibiliser les employeurs, et la partie est loin d'être gagnée. «Dans plusieurs organisations, la réussite d'un test de français fait partie des critères de sélection, explique Jean-Louis Tousignant. En cas d'échec, le candidat n'est pas embauché. La personne ayant un trouble d'apprentissage devrait avoir le droit d'utiliser son aide technologique pour le réaliser.»

Une pétition en ce sens a d'ailleurs récemment été mise en ligne sur le site de l'Assemblée nationale. L'objectif est d'inscrire explicitement ce droit dans la Charte de la langue française. Plus de 400 personnes l'ont signée jusqu'à maintenant.

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