Reprendre des frites et mourir plus vieux?

Les États-Unis sont le pays de l'obésité, où... (Photo : Thierry Roge, Reuters)

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Les États-Unis sont le pays de l'obésité, où un adulte sur trois et près d'un enfant sur cinq est obèse, alors que deux tiers des adultes et un tiers des enfants sont en surpoids, avec leur corollaire de maladies et d'infirmités.

Photo : Thierry Roge, Reuters

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Fabienne Faur
Agence France-Presse

Pour vivre plus longtemps, les Américains vont-ils reprendre des frites ? Une étude publiée cette semaine, très controversée, laisse à penser que les bourrelets en trop sont bénéfiques, une conclusion jugée «inquiétante» au pays de l'obésité.

«C'est très inquiétant que les gens puissent interpréter cette étude d'une façon simpliste en se disant "C'est OK d'avoir des kilos en trop", c'est le mauvais message», dit à l'AFP le cardiologue Francisco Lopez-Jimenez, après la parution d'une étude, très commentée, dans le Journal of the Medical American Association.

Selon cette analyse publiée mardi qui s'appuie sur près de cent études dans le monde, des personnes en surpoids et légèrement obèses vivent plus longtemps - de 5 % à 6 % de temps dans une tranche donnée - que celles d'un poids normal.

En revanche, une forte obésité accroît nettement le risque de mortalité, modèrent les chercheurs.

«Il y a des centaines d'études qui montrent qu'être en surpoids ou un peu obèse provoque un fort risque de diabète, de maladies cardiaques, de cholestérol et d'hypertension et que perdre ces quelques kilos en trop améliore les choses», affirme le responsable de cardiologie à la Mayo clinic du Minnesota.

Or les États-Unis sont le pays de l'obésité, où un adulte sur trois et près d'un enfant sur cinq est obèse, alors que deux tiers des adultes et un tiers des enfants sont en surpoids, avec leur corollaire de maladies et d'infirmités.

Selon une récente étude, plus de 42 % des Américains pourraient être obèses en 2030, soit 32 millions d'obèses supplémentaires par rapport à aujourd'hui. Les coûts de santé liés à l'obésité s'établissaient à 190 milliards de dollars par an entre 2000 et 2005, 147 milliards pour l'année 2009.

Le taux d'enfants obèses, aujourd'hui à 17 %, a triplé en 30 ans.

L'hypertension artérielle touche un tiers des Américains de plus de 20 ans, et plus de la moitié de ceux de 55 ans et plus.

L'obésité est à tel point un enjeu majeur de santé publique que même la Première Dame des États-Unis, Michelle Obama, n'hésite pas depuis quatre ans à faire des pompes à la télévision ou croquer des navets devant les photographes pour inciter ses compatriotes à une vie et une nourriture plus saine.

Pourtant, dès la publication de cette étude, certains se sont jetés dans la brèche.

Marilyn Wann, très ronde chroniqueuse de la différence et auteur de «Fat!So» (Grosse et alors!), écrit sur le site de CNN que l'étude «vient de confirmer ce que je sais depuis longtemps : être gros ne revient pas à une sentence de mort».

Mais elle n'a pas appelé pour autant à reprendre du dessert, préférant longuement argumenter sur la discrimination dont souffrent à son avis les obèses dans le pays.

L'auteur d'un livre sur le «mythe de l'obésité», Paul Campos, accusait pour sa part dans un éditorial du New York Times titré «Notre absurde peur du gros» l'industrie des produits de régime et pharmaceutique de faire son beurre de ce qu'il qualifie d'«obsession» américaine de l'obésité.

Nombre de médias ont pourtant appelé à la rescousse les scientifiques qui se sont plutôt concentrés sur l'intérêt scientifique de l'étude elle-même.

Pour Walter Willett, professeur de nutrition à la Harvard School of Public Health, l'étude «ne dit que des âneries».

Le problème, c'est que le groupe des personnes de poids normal «mélange les gens minces et actifs, les gros fumeurs, les cancéreux, des personnes âgées ayant perdu du poids en raison de problèmes médicaux», affirme le spécialiste interrogé vendredi par USA Today.

«Comparer les groupes en surpoids et obèses à ce groupe hétérogène amène à de fausses conclusions», dit-il.

D'autres relevaient qu'elle mélange poids de la graisse et celui du muscle, que l'indice de masse corporelle n'est pas scientifiquement pertinent ou que les auteurs parlent de mortalité et non de morbidité, ce qui signifie que nous pouvons vivre plus longtemps, mais plus malades.

Peut-on alors continuer à se jeter dans ces conditions sur la pizza et les crèmes glacées ?

Avec humour, ils étaient des centaines dans les divers blogues et tweets à conclure comme Margaret Doherty de Pasadena en Californie, sur le blogue du New York Times, que «gros ou maigre, personne n'en sortira vivant».

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