Dernier hommage à Joël Robuchon

Vestes blanches de cuisinier, ou noires des ateliers... (Photo Mehdi Fedouach, Agence France-Presse)

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Vestes blanches de cuisinier, ou noires des ateliers Robuchon, costumes de deuil, les chefs invités de tous âges se sont retrouvés sur le parvis de cette cathédrale Saint-Pierre qui domine la ville haute, construite au XIIe siècle à l'initiative d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II Plantagenêt.

Photo Mehdi Fedouach, Agence France-Presse

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Philippe Bernes-Lasserre
Agence France-Presse
Poitiers

Des centaines de grands chefs français et étrangers, au milieu d'anonymes, se sont rassemblés vendredi dans la cathédrale de Poitiers pour rendre un dernier hommage à Joël Robuchon, cuisinier le plus étoilé du monde, mort le 6 août à 73 ans.

Souriant, de noir vêtu comme à son habitude, le chef aux 32 étoiles (au sommet de sa carrière), devenu ambassadeur et emblème mondial de la gastronomie française, domine sur une affiche géante la façade de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, où la cérémonie religieuse a débuté, devant être ponctuée d'allocutions tandis que la mezzo-soprano Catherine Trottmann devait chanter un Ave Maria.

Les obsèques de Joël Robuchon, qui a succombé à un cancer à Genève, ont déjà eu lieu la semaine dernière dans l'intimité, selon le voeu de la famille. Mais à travers l'hommage public dans sa ville natale, elle voulait «un instant fraternel et solennel en mémoire de celui qui restera un guide, un père formateur, une étoile directrice, un ami, un homme affectueusement attaché» à la région du Poitou.

Vestes blanches de cuisinier, ou noires des ateliers Robuchon, costumes de deuil, les chefs invités de tous âges se sont retrouvés sur le parvis de cette cathédrale Saint-Pierre qui domine la ville haute, construite au XIIe siècle à l'initiative d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II Plantagenêt.

Parmi les invités les plus illustres: les multiétoilés Michel Guérard, André Dutournier et Alain Ducasse. C'est sa fille Françoise Bernachon-Bocuse qui représente Paul Bocuse, l'autre grand chef français mort cette année en janvier, selon un porte-parole du groupe.

«Cuisinier universel»

«Joël Robuchon, c'était par essence le grand cuisinier universel, comme avait pu l'être à son époque, mais évidemment sans les moyens de transport ou de communication d'aujourd'hui, Auguste Escoffier (1846-1935). Il représentait aussi ce symbole du travail de la main, de l'artisan», confie Michel Guérard, le chef d'Eugénie-les-Bains.

«Il a changé ma vie quand j'ai quitté Tokyo à l'âge de 28 ans pour venir être son adjoint. Avec lui j'ai tout réappris, tout recommencé à zéro. Il était un artisan hors pair, un palais d'exception, l'excellence dans la simplicité», raconte, la voix secouée par l'émotion, le chef Eric Briffard, ancien second de Robuchon.

Une délégation du Japon, un pays dont Joël Robuchon était épris et où il avait tissé des liens étroits en ouvrant trois restaurants étoilés à Tokyo, est aussi présente. Tout comme son fils franco-japonais Louis Robuchon-Abe.

Hirohisa Koyama, 69,  chef japonais avec 5 restaurants à Tokyo et Osaka, collaborait avec Robuchon depuis 30 ans et a fait le voyage. «Nous avions une relation spéciale, beaucoup d'échanges. La cuisine avec l'accent sur les produits, les ingrédients, c'est un peu la philosophie de la cuisine traditionnelle japonaise», se souvient-il.

«À ma connaissance, il est le premier chef français à avoir maîtrisé la sauce soja... Au Japon on nous demande de plus en plus de cuisine française. C'est l'impact de Joël Robuchon. En France je ne sais pas, mais au Japon il est le Dieu de la cuisine française», dit-il en japonais, traduit par sa fille.

Vestes blanches, cols bleu-blanc-rouge, sont là aussi une centaine de titulaires du titre de Meilleur Ouvrier de France, comme l'était Joël Robuchon.

Après la messe, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, un autre Poitevin ami du chef défunt, doit s'exprimer, ainsi notamment que les chefs Guy Savoy, Jacques Maximin et Eric Bouchenoire, qui fut le fidèle second de Joël Robuchon pendant une trentaine d'années.

Doivent aussi prendre la parole Jean-François Girardin, le président des Meilleurs ouvriers de France, le chroniqueur gastronomique Perico Légasse et Régis Lebrun, PDG de Fleury-Michon, le groupe alimentaire avec qui Joël Robuchon a longtemps travaillé en proposant des plats préparés.

Michel Bernardaud, le PDG de l'entreprise de porcelaine, un «ami de 40 ans», s'exprimera aussi.

La cérémonie se tient à quelques centaines de mètres du lieu où la vie de Joël Robuchon avait commencé, dans une maison de la «Grand Rue» où il habitait avec ses parents. Il devait ensuite rejoindre une école cléricale dans les Deux-Sèvres, mais sa découverte de la cuisine allait le détourner de la prêtrise à laquelle il se destinait.




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