Le «bien-être animal» s'invite de plus en plus dans nos assiettes

La cause du «bien-être animal» semble trouver de... (Photo FRED TANNEAU, Archives AFP)

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La cause du «bien-être animal» semble trouver de plus en plus de sympathisants en France, un pays qui ne compte que de 1,5% à 3% de végétariens.

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Claire SNEGAROFF
Agence France-Presse
PARIS

Les Français, grands mangeurs de bidoche crue, cuite, en sauce ou grillée, sont-ils au seuil d'une révolution culturelle, voire morale? Longtemps cantonné aux seuls militants, le débat sur le «bien-être animal» est désormais sur la place publique.

Samedi soir sur France 2, Laurent Ruquier présente «le bouquin qui peut nous faire basculer» et qui depuis une semaine lui passe l'envie de se faire un steak. «Manger de la viande d'élevage intensif, c'est manger de l'humiliation, de l'angoisse et de la douleur... » lit-il.

«Et de la merde», renchérit l'auteur, Franz-Olivier Giesbert, l'ex-rédacteur en chef du Point et quasi-végétarien, dans l'un des talk-shows phares de la télévision.

Son livre L'animal est une personne a paru la même semaine que le Plaidoyer pour les animaux du moine bouddhiste Matthieu Ricard, trois ans après la version française du Faut-il manger les animaux? de l'écrivain américain Jonathan Safran Foer et un an après la parution de No Steak du journaliste Aymeric Caron.

Autant d'ouvrages qui questionnent notre habitude de manger du veau, du porc, du poulet, mais aussi leurs oeufs, leur lait... en s'attardant sur la grande dureté, voire cruauté, de l'élevage intensif et de l'abattage.

La cause du «bien-être animal» semble trouver de plus en plus de sympathisants dans un pays qui ne compte que de 1,5% à 3% de végétariens.

«C'est un phénomène qui se dessine. On rougit moins d'afficher son empathie à l'égard de l'animal», constate un de leurs défenseurs de la première heure, Allain Bougrain-Dubourg.

Pour le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), un palier a été passé il y a un an avec l'appel lancé par 24 intellectuels pour créer dans le Code civil une «catégorie propre entre les personnes et les biens» pour les animaux, «êtres sensibles».

Il était signé du neuropsychiatre Boris Cyrulnik ou encore des philosophes Elisabeth de Fontenay, Alain Finkielkraut et Michel Onfray.

«Cet appel lancé par des intellectuels qui n'étaient pas attendus dans ce rôle a joué énormément», estime M. Bougrain-Dubourg. «Ça a crédibilisé un discours exclusivement porté jusqu'alors par les amis des animaux».

Et ce discours dépasse désormais le premier cercle de militants, acquiesce Brigitte Gothière, porte-parole de l'association L 214 qui alerte sur l'élevage industriel.

«On est arrivé très, très rapidement à plus de 100 000 fans sur Facebook contre 17 000 en juin dernier, alors qu'on a un discours assez radical, vu qu'on pousse le raisonnement jusqu'à dire que protéger les animaux, c'est ne pas les manger du tout».

Une Plaza Athénée sans viande

Preuve du changement, «on vient d'être invités pour la première fois à une table ronde à AgroParisTech!», le temple de la formation des ingénieurs agronomes. «Ça veut dire que la réflexion arrive drôlement loin. Fermer les abattoirs est une question désormais ouverte», ajoute-t-elle.

Autre signe des temps, le chef Alain Ducasse vient de supprimer la viande de la carte de son restaurant au Plaza Athénée.

De la vache folle au scandale des lasagnes au cheval, les crises alimentaires ont certainement contribué à ces questionnements sur l'alimentation.

Il en est de même pour la crise écologique qui, pour Allain Bougrain-Dubourg, «a imposé un regard vers nos voisins de planète, les animaux, et plus globalement le vivant qui nous entoure».

L'écologiste ne crie pas pour autant victoire.

Au printemps dernier, l'Assemblée nationale a adopté un amendement reconnaissant aux animaux la qualité symbolique «d'êtres vivants doués de sensibilité» alors que jusqu'à présent, le Code civil les considérait comme des «biens meubles».

Mais ce n'est qu'une «petite avancée symbolique», juge la députée EELV, Laurence Abeille.

Cet amendement déposé par le député PS Jean Glavany, explique-t-elle, a été «une façon de couper l'herbe sous le pied» à une proposition de loi bien plus ambitieuse qui prévoyait, en outre, «la prise en compte des impératifs biologiques de l'espèce».

Mme Abeille y voit l'oeuvre des «lobbies procorrida, prochasses et proélevages intensifs extrêmement puissants au sein de l'Assemblée nationale».

Mais un tel statut semble déjà de trop pour le principal syndicat agricole, FNSEA, qui juge qu'il «risque de remettre en cause la pratique même de l'élevage».

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