Où est passée la pause-café?

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Car s'il est une chose qui embête les propriétaires et les employés d'un café, c'est bien l'inconscient qui s'étend sur quatre places avec son portable, ses livres, son manteau, etc., alors que d'autres cherchent désespérément une table.

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Les gens qui étudient et travaillent dans les cafés représentent aujourd'hui un simple fait de société. On ne s'étonne plus de voir un mur de portables en entrant dans son troquet de quartier. Mais cette nouvelle norme dérange de nombreux propriétaires de cafés indépendants qui rêvaient d'un lieu de rencontre plein de vie et de tasses qui s'entrechoquent.

Les cafetiers sont nombreux à chercher le meilleur moyen de faire vivre leur espace sans s'aliéner de précieux clients, que ceux-ci soient étudiants, travailleurs ou simples chalands obligés de rebrousser chemin, faute de place.

Car s'il est une chose qui embête les propriétaires et les employés d'un café, c'est bien l'inconscient qui s'étend sur quatre places avec son portable, ses livres, son manteau, etc., alors que d'autres cherchent désespérément une table.

«Les marges de profit des cafés indépendants sont tellement minces, lorsqu'on les compare à celles des grandes chaînes, que la perte de quelques clients par jour peut faire une grosse différence.»

Chris Capell
Propriétaire du café Le Couteau
Au café Le Couteau, rue Saint-Denis, on demande... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE) - image 3.0

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Au café Le Couteau, rue Saint-Denis, on demande aux clients de ranger leurs portables dans les moments de fort achalandage. 

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D'ailleurs, Square Canada publiait cette semaine son Rapport sur le café 2016, une analyse à laquelle une centaine de ses clients, des cafés indépendants surtout, ont participé. On y apprend que Montréal est la ville où le coût moyen du café est le plus bas, à 2,67 $ la tasse, et que le café latte est « notre » boisson chaude favorite. Calgary, à l'opposé, facture en moyenne 4,22 $ par tasse de café.

La situation des clients qui s'éternisent sans consommer crée tout un dilemme chez ces entrepreneurs pour qui l'accueil et le service sympathiques sont cruciaux. Et c'est sans compter l'ambiance qui en prend un coup quand le café est bondé de gens qui travaillent en silence.

Chris Capell a beaucoup réfléchi à la question et au meilleur moyen d'intervenir en froissant le moins de gens possible. La solution qu'il a trouvée pour l'instant ? Une petite carte posée sur les tables sur laquelle se trouve le mot de passe du WiFi, mais aussi le modus vivendi du café ouvert depuis quatre ans : vous pouvez utiliser notre réseau, étudier, travailler même, mais dans les moments de fort achalandage, on range son portable.

« C'est une question de courtoisie et de sensibilité à son environnement, estime M. Capell. Pour moi, c'est un peu comme utiliser les toilettes d'un restaurant où l'on ne consomme rien. On s'assure d'abord que ça ne dérange pas. »

Au café Plume, la situation s'est à peu près placée, mais l'une des premières fois que David Sabourin a prévenu un client de la nouvelle politique de l'endroit (portables au comptoir seulement pendant les week-ends), le client a protesté en jetant son café par terre. « Aujourd'hui, il y a des gens qui nous remercient d'avoir fait ce changement. » 

D'autres établissements, comme le 8 oz, rue Saint-Hubert, avaient pour leur part prévu toute une série de mesures pour prévenir ce genre de situation. Mais finalement, les travailleurs autonomes qui s'y installent « consomment bien », entre autres parce que la cuisine propose des repas complets.

« Ils prendront un café et une pâtisserie le matin, commanderont un lunch le midi, puis un autre café après, explique Xavier Girard, copropriétaire. Les week-ends, les familles viennent faire un tour et tout le monde cohabite très bien. »

Dominique Jacques et Myriam Asselin sont maintenant propriétaires de deux (petits) cafés Melk. Le premier, avenue Monkland, offre le WiFi, le deuxième, en plein centre-ville, non. « Dans NDG, on a des clients qui partent parce que c'est plein. Au centre-ville, la semaine, c'est rempli de gens qui travaillent dans les tours voisines, mais la fin de semaine, le fait de ne pas avoir l'internet nous nuit et certaines personnes n'osent pas entrer parce que c'est vide ! Les deux situations ont leurs inconvénients », déclare Dominique Jacques.

Café pour travailler

En réponse au désir des travailleurs autonomes de s'installer dans les cafés, on a commencé à voir apparaître des cafés imaginés expressément pour eux. Au GAB, par exemple, il y a un barista digne de ce nom, mais on peut également apporter ses boissons, son lunch, passer des heures sur son portable, tenir des réunions, faire livrer son courrier, imprimer des documents, etc., sans déranger personne.

Si ça se trouve, ce sont les flâneurs débarqués pour tout simplement prendre un café et refaire le monde qui sont dérangeants ! Si on veut travailler au GAB, il faut être capable de créer sa bulle.

La blogueuse Laure Juillard a adopté l'endroit, qu'elle fréquente en moyenne trois heures par jour, depuis le mois de novembre.

« Je trouve le lieu très beau, l'espace bien aménagé et la musique de qualité, déclare la jeune femme. C'est un espace de travail bien pensé et cool à la fois. Il y règne une ambiance très sympa et apaisante qui, personnellement, favorise beaucoup ma concentration. J'aime bien aussi les rencontres que j'y fais, des gens pros, curieux et très agréables. »

Au GAB, comme à l'Anticafé, rue Saint-Denis, on paie à l'heure : entre 1,30 $ et 2,50 $ l'heure au premier établissement, consommations non comprises, et, à l'Anticafé, 3 $ pour la première heure, 2 $ pour les suivantes, boissons chaudes et biscuits compris.

Dans les cafés classiques, on voit plutôt d'un bon oeil l'arrivée de ces espaces de travail partagés. Ceux-ci pourraient donner l'idée aux cafetiers d'instaurer un tarif à l'heure pour les clients qui veulent travailler, en échange de certains services. Peut-être même que les espaces de cotravail redonneront à certains cafés indépendants leur raison d'être première, soit celle d'être un lieu de socialisation où l'on fait la pause.

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Le café GAB, boulevard Saint-Laurent, a été imaginé expressément pour ceux qui souhaitent y travailler. 

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Des solutions imaginatives

Fins de semaine sacrées

Chez Plume, avenue du Mont-Royal Ouest, et Névé (succursale de la rue Rachel), les étudiants et travailleurs doivent s'en tenir à une section du café pour travailler les week-ends, afin de permettre à ceux et celles qui sont en pause ou en congé de jaser entre amis (Plume) et de profiter des brunches (Névé).

Prises bouchées

Au café Olympico, rue Saint-Viateur, comme chez Myriade, avenue McKay, et sous la banquette du Plume, on a bouché les prises pour empêcher les travailleurs et les étudiants de recharger leurs appareils.

Cartes, affichettes, etc.

Le Couteau a « volé » l'idée du Holy Belly, à Paris, avec sa petite carte posée sur les tables qui explique les « règles d'étiquette » de la maison. Le propriétaire, Chris Capell, aimerait bien que d'autres cafés lui volent l'idée à leur tour !

Fini le WiFi!

L'Arts Café, rue Fairmount, ne s'est pas cassé la tête. Il a coupé le WiFi ! Dans les trois cafés Myriade, le WiFi n'est pas offert. Et maintenant que la mini-chaîne possède également des parts du Pikolo, le réseau gratuit a été retiré du café de l'avenue du Parc. « Ça nous permet de servir plus de clients et de nous assurer qu'il y a presque toujours de la place pour s'asseoir », affirme Anthony Benda, fondateur de Myriade. Au nouveau Caffelini, rue Beaubien, on s'affiche fièrement « NoFi ». 

Les nouveaux cafés pour travailler

Le GAB et l'Anticafé sont les premiers cafés montréalais à s'afficher également comme des lieux où l'on peut travailler et s'éterniser sans déranger personne.

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