Moscou a mis en place «un système de dopage d'État sécurisé»

Des échantillons issus des contrôles antidopage des Mondiaux... (Archives AP Alexander Zemlianichenko,)

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Des échantillons issus des contrôles antidopage des Mondiaux d'athlétisme de 2013 à Moscou ont été échangés avant que la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) ne les récupère pour les analyser.

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Agence France-Presse
MONTRÉAL

Les laboratoires antidopage de Moscou et Sotchi ont protégé les sportifs russes dopés, dans le cadre d'un « système de dopage d'État sécurisé », « dirigé, contrôlé et supervisé » par le ministère des Sports russe, « avec l'aide active du FSB, les services secrets russes », a accusé le rapport McLaren lundi.

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Richard McLaren

photo Frank Gunn, pc

L'Agence mondiale antidopage (AMA) a appelé à l'exclusion de la Russie de tous les événements internationaux, y compris des JO-2016 de Rio, lundi, peu après la publication du rapport McLaren.

« L'AMA appelle le mouvement sportif à empêcher la participation des athlètes russes aux compétitions internationales, y compris les JO de Rio, tant que (la Russie) n'aura pas réalisé un "changement de culture" », a indiqué l'AMA.

« Le rapport McLaren a mis en évidence les abus de pouvoir par la Russie les plus délibérés et choquants jamais vus dans l'histoire du sport », a poursuivi l'AMA par la voix de son porte-parole Ben Nichols.

« Le recours au dopage dans 30 sports signifie qu'il ne peut plus y avoir de présomption d'innocence », a-t-il ajouté. 

Le président de l'AMA Craig Reddie a exhorté la Russie à limoger les responsables mis en cause lundi dans le rapport.

« Le rapport McLaren confirme que, au minimum, la restitution de l'accréditation de l'Agence antidopage russe ne peut pas être considérée tant que toutes les personnes au sein du ministère des Sports et des autres agences gouvernementales mises en cause dans ce rapport, aient quitté leur fonction », a-t-il indiqué dans un communiqué de l'AMA.

Le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, a déclaré de son côté que le rapport montre « une atteinte choquante et sans précédent à l'intégrité des sports et des JO ».

« Le CIO n'hésitera pas à prendre les sanctions les plus strictes possibles, contre tout individu et toute fédération impliqué(e) », a ajouté M. Bach dans un communiqué, en annonçant une réunion téléphonique de la commission exécutive du CIO mardi, lors de laquelle « pourraient être prises des mesures provisoires et des sanctions par rapport aux Jeux de Rio 2016 ».

Le Kremlin a annoncé que la Russie suspendra tous les responsables mis en cause par le rapport McLaren.

Le document d'une centaine de pages, commandé en mai par l'AMA après les accusations de l'ancien patron du laboratoire russe antidopage Grigori Rodtchenkov sur un système de dopage organisé lors des JO d'hiver de Sotchi 2014, a été présenté par son auteur, le juriste canadien Richard McLaren, lundi à Toronto.

> Consultez le rapport McLaren (en anglais seulement)

« Le personnel du laboratoire de Moscou n'avait pas le choix quant à son implication dans ce système (...) qui permettait aux athlètes russes de participer à des compétitions malgré l'utilisation de produits dopants », peut-on lire dans les conclusions du rapport.

Évoquant très précisément le cas des Jeux olympiques de Sotchi, l'enquête indépendante diligentée par Richard McLaren démontre qu'entre le 10 septembre et le 10 décembre 2014, soit dans la période précédant les Jeux, quand sont pratiqués les contrôles ciblés, les échantillons stockés dans le laboratoire de Moscou ont été échangés.

Selon le rapport, le ministre des Sports Vitaly Moutko contrôlait ces opérations avec l'assistance des services secrets russes. Ce « système d'escamotage des échantillons positifs » aurait été instauré dès 2011 par la Russie et aurait duré jusqu'en août 2015, au bénéfice d'athlètes russes de nombreux sports olympiques d'été et d'hiver lors de compétitions internationales organisées en Russie.

En ce qui concerne l'athlétisme, des échantillons issus des contrôles antidopage des Mondiaux d'athlétisme de 2013 à Moscou ont eux aussi été échangés, avant que la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) ne les récupère pour les analyser, indique le rapport.

« À la fin des Mondiaux de Moscou, le laboratoire (de Moscou) a mis de côté des échantillons positifs qui devaient être échangés, puis a enlevé les bouchons (de ces échantillons) et a remplacé l'urine "sale" avant que les échantillons "propres" ne soient envoyés à un autre laboratoire, sur instruction de l'IAAF », peut-on lire.

L'USADA dénonce «le niveau hallucinant de la corruption» en Russie

L'Agence américaine antidopage (USADA) a dénoncé lundi « le niveau hallucinant de la corruption » en Russie mis en évidence par le rapport McLaren et a exhorté le mouvement sportif international à une réaction commune.

« Le rapport McLaren a démontré, au-delà d'un doute raisonnable, le niveau hallucinant de la corruption régnant au sein du sport russe et du gouvernement russe », a déclaré le directeur de l'USADA, Travis Tygart.

« Nous devons maintenant réagir ensemble au niveau international, avec tous ceux qui croient vraiment à l'esprit de l'olympisme, pour s'assurer que ce niveau jamais vu de criminalité ne menace plus à l'avenir les sports que nous aimons », a-t-il conclu.

M. Tygart n'a pas réclamé publiquement l'exclusion de la Russie des JO-2016 de Rio (5-21 août). Il avait toutefois envoyé dès samedi une lettre cosignée par son homologue de l'agence canadienne antidopage demandant au président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, d'exclure totalement la Russie des prochains JO.

La question de la participation de la Russie «est clairement posée»

« La question de la participation des sportifs russes aux Jeux olympiques de Rio est clairement posée », a réagi lundi le président de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), Bruno Genevois, à la suite de la publication du rapport McLaren.

« Comme vient de l'indiquer l'AMA, la question de la participation des sportifs russes aux Jeux olympiques de Rio est clairement posée. Il appartient désormais au Comité international olympique (CIO) d'y répondre », écrit M. Genevois dans un communiqué.

« L'AFLD, à l'instar de l'AMA, de nombreuses autres organisations nationales antidopage (les agences antidopage américaine et canadienne notamment, NDLR) et des athlètes militant pour l'intégrité dans le sport, attend désormais de la part du CIO la plus grande fermeté par rapport à ces faits avérés », poursuit le communiqué.

Le comité olympique allemand prône l'exclusion de la Russie des JO-2016

Le comité olympique allemand a de son côté prôné lundi des sanctions pouvant aller jusqu'à l'exclusion complète des sportifs russes des Jeux olympiques de Rio.

« Dans la mesure où il s'agit manifestement de fraude et d'actions systématiques et pilotées par l'État visant à camoufler le dopage, il faut sans aucun doute prononcer des sanctions appropriées allant jusqu'à la possible exclusion de sports supplémentaires (autre que l'athlétisme russe déjà suspendu), voire jusqu'à celle de l'intégralité du comité olympique national russe », a déclaré dans un communiqué le président du comité allemand (DOSB), Alfons Hörmann.

« Ceux qui foulent aux pieds en toute conscience, et de cette manière, les valeurs du sport comme le franc-jeu et l'égalité des chances doivent être pénalisés », a-t-il ajouté. Dans le même temps, il a appelé à poser les jalons permettant au sport russe de repartir sur de nouvelles bases.

Le Kremlin dénonce une ingérence «dangereuse» de la politique dans le sport

Le Kremlin a dénoncé lundi ce qu'il considère comme une ingérence « dangereuse » de la politique dans le sport après les appels de plusieurs pays à exclure les sportifs russes des Jeux olympiques de Rio suite aux révélations sur l'existence d'un système de dopage d'État.

« Nous assistons aujourd'hui à une récidive dangereuse d'ingérence de la politique dans le sport. Oui, la forme de cette ingérence a changé, mais le but est le même: faire du sport un instrument de pression géopolitique », a indiqué le Kremlin dans un communiqué.

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