Espagne: Del Bosque tire sa révérence

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L'air placide derrière son épaisse moustache, l'ancien joueur du Real Madrid et de l'équipe nationale a poursuivi l'oeuvre collective du jeu espagnol.

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Jean DECOTTE
Agence France-Presse
Paris

Vicente del Bosque, qui avait conduit l'Espagne aux plus beaux triomphes, a tiré sa révérence jeudi, après deux échecs, au Mondial-2014 et à l'Euro-2016, faute d'avoir donné leur chance aux nouvelles générations, victimes de la confiance aveugle du sélectionneur envers ses vieux grognards.

«Je n'ai pas l'intention de rester comme sélectionneur», a-t-il dit à la radio publique espagnole RNE, confirmant des fuites dans les éditions en ligne d'AS et Marca.

En poste pendant huit années, Del Bosque (65 ans) laissera l'image d'un psychologue bienveillant, habile diplomate, qui a mené l'équipe d'Espagne à son premier sacre mondial en 2010 et à son troisième titre européen en 2012, malgré des échecs ultérieurs au Mondial-2014 et à l'Euro-2016.

A l'heure des entraîneurs vedettes, qui apprécient les gesticulations et les sorties médiatiques, Del Bosque a souvent détonné: l'imperturbable technicien est de ceux qui quittent rarement leur banc pendant les matches et n'élèvent pas la voix en conférence de presse.

«Il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur, pas seulement quand on gagne, mais aussi quand on perd. Il faut être à la hauteur du soccer», déclarait-il à l'AFP avant l'Euro.

Ce «gentleman» aux manières surannées, gratifié d'un titre de noblesse par le roi d'Espagne après le triomphe mondial en 2010, pourrait néanmoins se vanter, à raison, d'être l'un des entraîneurs les plus décorés du soccer mondial. Victorieux de deux Ligues des champions (2000, 2002) sur le banc du Real Madrid, Vicente del Bosque Gonzalez a été appelé en 2008 pour succéder à Luis Aragones à la tête de l'Espagne, qui venait de remporter l'Euro. 

Force tranquille

L'air placide derrière son épaisse moustache, l'ancien joueur du Real Madrid et de l'équipe nationale (18 sélections) a poursuivi l'oeuvre collective du jeu espagnol, fondé, comme au FC Barcelone, sur les petits gabarits très techniques et la répétition des passes courtes («toque»). Avec son fidèle adjoint Toni Grande, il a guidé la «Seleccion» jusqu'au titre planétaire en Afrique du Sud, puis jusqu'au sacre européen en Pologne et Ukraine, en 2012.

Malgré le fiasco au premier tour du Mondial-2014 au Brésil, sa reconduction avait paradoxalement fait consensus en Espagne. Et même si l'on prêtait à la Fédération l'envie de lui proposer une prolongation de contrat jusqu'au Mondial-2018 en Russie, le sélectionneur a préféré respecter le plan qu'il avait en tête, partir après l'Euro-2016.

Le secret de la réussite de ce natif de Salamanque (ouest de l'Espagne), grand amateur de cyclisme ? Sa loyauté et sa force tranquille, capables de désamorcer polémiques et rivalités.

On avait vu cette capacité de persuasion à l'oeuvre en 2010-11, quand Del Bosque avait appelé à l'union sacrée entre Barcelonais et Madrilènes, chauffés à blanc après une série de clasicos électriques. Grâce à ses loyaux lieutenants de l'époque, le gardien de but madrilène Iker Casillas et le meneur de jeu barcelonais Xavi, le calme était revenu et un an plus tard, la «Roja» triomphait à nouveau à l'Euro.

«Il m'a appris à vivre avec la victoire, a résumé un jour Casillas. Il a gardé le même calme durant les moments durs et les jours de gloire, lorsque nous brandissions notre trophée. Le respect et la normalité, voilà ce qui le définit jour après jour.»

«Défendre le soccer»

Même dans le club turc de Besiktas, où il n'est resté que quelques mois (2004-05), Del Bosque a laissé une empreinte positive, chacun louant les qualités humaines du technicien.

Sa seule faiblesse aura sans doute été son obstination à rester fidèle à sa garde rapprochée. La présence lors du Mondial-2014 de plusieurs joueurs vieillissants comme David Villa ou Fernando Torres s'expliquait avant tout par le conservatisme du technicien.

Et à l'Euro-2016, sa principale erreur est peut-être d'avoir maintenu sans succès l'ossature de 2012, sans vraiment donner leur chance aux nouvelles générations, régulièrement sacrées dans les catégories de jeunes.

Malgré tout, le legs du technicien est immense en Espagne. Et sa sagesse manquera dans un milieu sportif dont il a souvent regretté le cynisme, lui qui avait été renvoyé du Real Madrid des «Galactiques» en 2003 en raison d'un profil jugé pas assez glamour.

«Nous sommes ici pour essayer d'enrichir le soccer, pas l'appauvrir. Ayant été sélectionneur de l'Espagne, entraîneur en club, j'aimerais défendre le soccer. Cela manque parfois», avait philosophé l'élégant «Don Vicente».

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