Canadien: quand les piliers s'écroulent

Marc Bergevin, directeur général du Canadien... (Photo André Pichette, La Presse)

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Marc Bergevin, directeur général du Canadien

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En 2016, le Canadien a raté les séries éliminatoires, de l'avis général, parce que Carey Price s'est blessé. Comme cette équipe était bâtie autour du gardien, il ne fallait pas s'étonner du résultat.

En 2017, le Tricolore est revenu en séries, avant de se faire éliminer dès le premier tour. Diagnostic: manque flagrant d'attaque d'une équipe qui n'a marqué que 11 buts en six matchs contre les Rangers de New York. Encore là, rien d'étonnant : l'équipe gravite autour du gardien, et le remplacement de P.K. Subban par Shea Weber donnait forcément une identité plus défensive à l'équipe.

Ce qui nous mène à la journée de bilan d'hier.

Depuis son arrivée en poste, Marc Bergevin a été constant sur deux aspects: la primauté de Price dans son organigramme et l'importance accordée à cette valeur abstraite qu'est le caractère. Or, ce sont essentiellement ces deux aspects qui ont été relevés pour expliquer le fiasco des derniers mois.

«Avec une meilleure attitude, on n'a pas 40 défaites [en temps réglementaire]. Et ça, ça a commencé au camp d'entraînement», a lancé Bergevin, hier, devant des dizaines de journalistes à Brossard.

Depuis septembre

Évidemment, dès qu'il est question d'attitude, ces éléments sont difficiles à analyser de l'extérieur. Mais certains morceaux choisis en cours de saison nous donnent des indices sur ce qui a pu faire dérailler le train.

On peut remonter aussi loin qu'au camp d'entraînement. Le 21 septembre, le Canadien disputait son troisième match préparatoire. Trois défaites. Cette fois, ce sont les jeunes Devils du New Jersey qui l'ont emporté, un match dont le résultat nous rappellera que le calendrier préparatoire peut parfois être annonciateur.

«Présentement, il y a des joueurs qui sont en train de nous rendre les décisions plus faciles qu'on pensait, sans nommer de noms», avait lancé un Claude Julien furieux. À la même période, Phillip Danault semblait exaspéré en parlant de la complicité qu'il tentait d'établir avec son compagnon de trio Alex Galchenyuk, répétant à moult reprises l'importance du «travail».

Transportons-nous à la mi-saison, au 25 janvier plus précisément. Le Canadien vient de perdre un match digne des années 80, 6-5 contre les Hurricanes de la Caroline. Les jeunes attaquants Galchenyuk et Jonathan Drouin terminent le match avec une fiche de -3.

«Les joueurs doivent être des professionnels. Ce n'est pas une garderie. Ils doivent être prêts à jouer, c'est ce que les bonnes équipes font», avait tranché l'entraîneur-chef.

Il y a aussi eu Price, dont l'attitude a été soulignée par Bergevin hier. Et toujours hier, il y a eu ce commentaire de Bergevin dans lequel le capitaine, Max Pacioretty, passe subtilement sous le rouleau compresseur.

«Il y a deux ans, la journée où on a perdu Price, ça a affecté le mental de l'équipe. Mais cette année, ce n'est pas la raison, a assuré Bergevin. Shea Weber a manqué 50 matchs, ça n'a pas aidé. Mais je n'ai pas senti que quelqu'un s'est levé. Et ça, ça a affecté l'équipe. L'attitude de l'équipe doit s'améliorer. Ce n'est pas un individu, c'est l'équipe en général. Il y a beaucoup de travail à faire.»

Cette attitude est-elle le résultat de joueurs qui sentaient, dès le camp d'entraînement, que l'équipe n'avait pas les ressources pour être compétitive? Pas impossible. Après tout, il était clair qu'un flanc gauche composé de Jordie Benn, Karl Alzner et la recrue de 19 ans Victor Mete n'était pas équipé pour aller à la guerre. Rappelez-vous la première période du deuxième match de la saison à Washington: c'était 4-0 Capitals après 20 minutes et les spectateurs avaient déjà lancé leur casquette sur la patinoire pour souligner le tour du chapeau d'Alexander Ovechkin.

Peu importe la cause, une direction qui insiste à ce point sur le caractère ne devrait pas passer son bilan de fin de saison à déplorer la mauvaise attitude de ses joueurs.

Les solutions

On aurait bien voulu vous parler du plan de Bergevin. «Il y a quatre piliers. Le premier, c'est l'attitude.» Le problème, c'est qu'il est parti sur un autre sujet, sans revenir sur les trois autres piliers!

Cela dit, on peut comprendre que John Tavares fait partie des solutions pour améliorer une des pires lignes de centre de la LNH, s'il devient joueur autonome, évidemment.

«S'il y a quelque chose qui devient disponible, on va faire notre possible pour l'attirer, sans nommer de nom parce qu'on ne sait pas qui sera disponible en juillet», a expliqué Bergevin.

«Je ne le connais pas personnellement. Je vois simplement ses succès personnels à New York. C'est un centre numéro 1. Toutes les meilleures équipes de la ligue ont un joueur du genre», a ajouté Jeff Petry, interrogé à propos de Tavares.

La loterie fait aussi partie des solutions. Le CH a 9,5% des chances de l'emporter, ce qui lui permettrait de mettre la main sur Rasmus Dahlin, un défenseur que plusieurs voient déjà comme le meilleur de sa génération.

Les espoirs? Noah Juulsen aidera visiblement l'équipe dès l'an prochain. Sa fin de saison a été concluante. Mais Nikita Scherbak a encore des preuves à faire. Jake Evans, qui vient de signer un contrat après quatre ans en NCAA? Bergevin s'attend à le voir passer du temps dans la Ligue américaine. Et Ryan Poehling, le premier choix en 2017, a confié au Journal de Montréal qu'il retournait à St. Cloud State pour une troisième saison.

Le recrutement professionnel? Voilà un secteur qui a fait mal au Canadien cette saison. Drouin (six ans) et Alzner (cinq ans) ont tous deux signé des ententes à long terme l'été dernier et ont été incapables de remplir leur mandat. Idem pour David Schlemko, acquis dans une transaction, et qui venait avec trois autres années de contrat.

«J'ai eu un bon meeting avec lui et je crois encore qu'il peut devenir un bon joueur, a répondu Bergevin au sujet de Drouin. Schlemko n'est pas un défenseur étoile, mais il est meilleur que ce qu'on a vu. Et Alzner, j'ai mis cartes sur table, il doit être meilleur.» Bref, le DG a défendu ses recruteurs. Ce sera aux joueurs de répondre.

Geoff Molson, propriétaire et président du Canadien... (Photo André Pichette, La Presse) - image 2.0

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Geoff Molson, propriétaire et président du Canadien

Photo André Pichette, La Presse

Pas de hausse des prix

Parlant de changements... Si Molson était aux côtés de son DG hier, c'était notamment pour montrer une image de force. Mais aussi pour annoncer de nouvelles mesures qui touchent davantage le marketing et les communications.

Ainsi, les prix des billets n'augmenteront pas, a assuré Molson. Dans une lettre aux détenteurs d'abonnements, il a aussi annoncé que ceux qui souhaitaient des billets imprimés n'auraient plus à payer un supplément. Et l'expérience client au Centre Bell sera améliorée, jure-t-il.

Côté communications, Molson a évoqué que les membres de la direction seraient désormais plus disponibles pour parler aux médias et mieux expliquer leurs décisions. Bergevin, lui, a même laissé entendre la possibilité que l'équipe dévoile la valeur des contrats, plutôt que d'attendre que les quatre journalistes habituels les tweetent dans les minutes qui suivent l'annonce.

Quant aux blessures, on sent que Bergevin souhaite conserver une certaine opacité pour éviter que ses joueurs soient ciblés. «Les autres joueurs ne sont pas tous des Lady Byng!», a-t-il lancé à la blague.

Les foules fondent aux entraînements à Brossard, les sièges vides étaient nombreux au Centre Bell même si les billets étaient vendus, et la liste d'attente pour les abonnements ne va pas en s'allongeant. Les partisans sont en froid avec le CH et les mesures mentionnées plus haut sont un premier pas dans la bonne direction. Mais si l'équipe de l'an prochain est aussi mauvaise que celle de cette année, ces mesures risquent d'être vaines.

Que les joueurs aient la bonne attitude ou pas.  

> Mathias Brunet: Conférence de presse décevante et inacceptable




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