Mises en échec au hockey mineur: attention, fragile!

Deux neurologues québécois sont catégoriques: il faut éliminer la mise en échec... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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Deux neurologues québécois sont catégoriques: il faut éliminer la mise en échec à tous les niveaux du hockey mineur, à l'exception du bantam AA et du midget AAA. La raison: les effets dévastateurs des commotions cérébrales.

Les deux experts du domaine médical, Patrick Cossette et Louis De Beaumont, ne sont pas étrangers au monde du hockey mineur. Le premier est entraîneur au niveau novice A et gouverneur d'une organisation de hockey double lettre. Il suit ses deux fils dans le hockey. Le second a été capitaine de son équipe midget AAA et a été repêché dans la LHJMQ avant de voir sa carrière prendre fin en raison d'une grave commotion cérébrale.

«Une récente étude universitaire démontre que les risques de commotions cérébrales augmentent par un facteur de trois à quatre dans les ligues où la mise en échec est tolérée et que les risques de commotions cérébrales graves augmentent dans un ratio semblable», explique Patrick Cossette, neurologue à l'hôpital Notre-Dame du CHUM.

«Et les données qu'on détient sur les effets des commotions cérébrales tendent à conclure qu'il en résulte une série de problèmes à long terme: perte de mémoire, alzheimer, troubles neurodégénératifs, etc. Ce ne sont pas des données béton, mais ça va dans ce sens-là. Un article récent publié dans le magazine Neurology Today a aussi démontré une augmentation de la mortalité par maladies neurodégénératives chez les anciens footballeurs de la NFL. Il faudrait éliminer la mise en échec partout sauf dans le bantam AA, le midget AAA et le junior majeur.»

À l'heure actuelle, la mise en échec est tolérée dans le hockey double lettre (AA, BB, CC) aux niveaux bantam, midget et junior québécois, tandis qu'elle commence dès le niveau pee-wee dans le reste du Canada.

Un cerveau plus fragile

Louis De Beaumont, professeur en neuropsychologie à l'UQTR et spécialiste en plasticité neuronale, s'inquiète du fait que le cerveau commotionné d'un adolescent restera plus fragilisé puisqu'il n'a pas encore atteint sa pleine maturité.

«La maturité complète du cerveau ne survient pas avant l'âge de 20 ans, dit-il. Les études en neurologie pédiatrique démontrent que les traumatismes crâniens sur des cerveaux qui ne sont pas matures provoquent des problèmes plus graves que chez des adultes; les symptômes peuvent durer plus longtemps et ça peut limiter le développement de l'enfant sur le plan de l'apprentissage. C'est pire à 11, 12 et 13 ans.

«Le neuropsychologue en moi suggère d'attendre que le cerveau ait atteint sa maturité, mais ça sera difficile à réaliser dans les faits puisque les recruteurs veulent savoir ce que les jeunes ont dans le corps à compter du niveau bantam. On commençait d'ailleurs à nous surveiller à compter de bantam AA. Le seuil, pour moi, constituerait le bantam AA.»

Louis de Beaumont dirige plusieurs projets de recherche avec des athlètes commotionnés, jeunes et moins jeunes.

«Les neurones qui ne sont pas encore connectés dans un cerveau fragilisé peuvent ne pas se connecter et mener à des problèmes d'apprentissage et de comportement. Les enfants sont parfois impulsifs et agressifs parce qu'ils sont immatures cérébralement; un cerveau blessé peut faire en sorte que l'agressivité demeure et ça devient très problématique. D'un point de vue médical, les données sont assez évidentes.»

Ailleurs au Canada

Le Québec est déjà un précurseur quand il s'agit de limiter les mises en échec chez les jeunes hockeyeurs. Dans le reste du Canada, elles sont effet permises dès le niveau pee-wee, à toutes les échelles, même en simple lettre (sauf en Ontario, qui a resserré ses règles l'an dernier). Selon le directeur général de Hockey Québec, Sylvain Lalonde, Hockey Canada s'apprête à éliminer la mise en échec à toutes les échelles simple lettre. Mais M. Lalonde ne voit pas la nécessité de restreindre encore davantage la mise en échec dans la province.

«L'étude de Caroline Emery (Université de Calgary), réalisée conjointement avec l'Université McGill et l'Université Laval, nous conforte dans notre approche, dit Sylvain Lalonde. Il y a moins de commotions cérébrales au Québec qu'ailleurs au Canada. Et à notre grande surprise, il n'y a pas une démarcation énorme au niveau bantam entre ceux qui jouent avec mise en échec et ceux qui jouent sans. Il y aura, bien sûr, toujours un risque associé au hockey. D'ailleurs, il y a un risque quand on est sur nos deux planches et qu'on dévale une pente de ski, mais en limitant la mise en échec au niveau double lettre, et avec notre nouvelle approche d'enseignement instaurée l'an dernier et qui vise désormais les parents, on a le sentiment d'offrir un environnement beaucoup plus sécuritaire.»

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