Peinture-moi le CH...

Jean-Paul Riopelle a rendu hommage à Maurice Richard... (Photo: Archives La Presse)

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Jean-Paul Riopelle a rendu hommage à Maurice Richard en 1990.

Photo: Archives La Presse

«Le CH fait partie de la culture québécoise. C'est normal qu'on s'en inspire pour faire des oeuvres d'art. Le problème, c'est que les artistes qui utilisent le hockey ont souvent tendance à faire quelque chose d'un peu léger.»

Auteur du livre Les yeux de Maurice Richard (Fidès), Benoît Melançon n'a rien contre les tableaux plus «touristiques» qui s'exposent dans les galeries du Vieux-Montréal. Il cite notamment l'artiste d'origine japonaise Miyuki Tanobe, qui a bien saisi l'essence du Québec, avec ses illustrations d'enfants portant un chandail du CH.

Mais bien peu, déplore-t-il, sont allés plus loin que les clichés habituels.

«Pour être un vrai artiste, il faut arriver avec quelque chose de vraiment nouveau. Un regard singulier, ajoute M. Melançon. Et ça, ils sont peu nombreux à l'avoir fait.»

Parmi les rares à s'être élevés au-dessus du folklore, le peintre Serge Lemoyne reste encore la référence absolue. Sa série Bleu-Blanc-Rouge, créée au milieu des années 70, l'a littéralement mis «sur la mappe». On peut y voir des gros plans des joueurs du tricolore (Lafleur, Cournoyer, Béliveau, Dryden, etc.) dans des portraits se situant à la frontière du figuratif et de l'abstraction.

«Son objectif était de relier l'élite et les gens du peuple, résume le «Columbo de l'art» Alain Lacoursière, qui connaît bien l'oeuvre de Lemoyne. Avec le CH, il savait qu'il avait mis le doigt sur quelque chose.»

Ironiquement, la série Bleu-Blanc-Rouge fut d'abord dénigrée dans les milieux de l'art contemporain québécois. «On disait que c'était trop facile. Trop populaire. Qu'il s'en allait vers n'importe quoi», explique Lacoursière.

L'histoire donnera raison au peintre, puisque ces toiles valent aujourd'hui 150 000$ en moyenne et que sa cote ne cesse d'augmenter depuis sa mort en 1998. D'une valeur de 300 000$, son célèbre portrait de Ken Dryden fait en outre partie de la collection permanente du Musée des beaux-arts.

«Cette série est emblématique, ajoute le galeriste Simon Blais. C'est ce qu'on retiendra surtout de lui. D'ailleurs, il n'en reste presque plus en circulation.»

Bien peu ont capturé l'âme du Canadien avec autant d'originalité. Mais il ne faudrait oublier pas le fameux Hommage à Maurice Richard, créé en 1990 par Jean-Paul Riopelle.

Le tableau, peint sur une porte (de l'autre côté de laquelle était peint un hommage à Marcel Duchamps) montre une raquette en babiche flanquée de deux bâtons de hockey. Sous l'oeil complice des caméras (et de Réjean Tremblay!), l'oeuvre avait été offerte par Riopelle au Rocket... qui avait fini par en faire don au Musée d'art contemporain, parce que, de dire Benoît Melançon, «Madame Richard ne savait pas trop quoi en faire!»

L'illustration comme forme d'art

Dans un autre registre pictural, rappelons que le célèbre caricaturiste Normand Hudon a peint de nombreuses scènes de hockey en plein air, en plus de publier plusieurs portraits des joueurs du CH dans le magazine Le Lundi, au début des années 70.

Mais on retiendra surtout les oeuvres de l'illustrateur Georges Latour, qui a dessiné tous les joueurs du Canadien entre 1927 et 1932. Ses portraits, en réalité des photos retouchées, étaient publiés dans le supplément du samedi du journal La Presse, un magazine illustré qui se distinguait par ses planches en couleur.

«Il n'avait pas une main d'enfer. Mais il rajoutait des éléments de décor qui relevaient de son interprétation personnelle», explique notre collègue graphiste André Rivest, qui vient tout juste de lancer un passionnant blogue en hommage à Latour (georgeslatour.blogspot.com).

«À une époque où les photos n'étaient pas encore la norme dans les journaux, ses illustrations couleur en format géant étaient extrêmement populaires», ajoute-t-il, précisant qu'elles se vendent aujourd'hui entre 100 et 1000$.

Et maintenant?

Plus récemment, d'autres peintres, comme Bernard Racicot et Benoît Desfossés, ont à leur tour porté le flambeau du CH. Mais ironiquement, leurs tableaux semblent surtout tournés vers le passé. «Ce ne sont pas les joueurs d'aujourd'hui qui inspirent les artistes d'aujourd'hui, mais la nostalgie», constate Benoît Melançon.

Créées pour le centième anniversaire du CH, les peintures de Desfossés (www.benoitdesfosses.com/fr/sport.html) donnent ainsi la vedette aux Newsy Lalonde, Doug Harvey, Elmer Lach et autres Maurice Richard (crucifié!) ainsi qu'à d'anciens coachs de la belle époque comme Dick Irvin ou Sam Pollock. «Je voulais rendre hommage aux gens qui ont bâti cette équipe. C'est une démarche historique, explique Benoît Desfossés. Nostalgique? Oui, j'imagine.»

Cette attirance pour l'âge d'or de la sainte-Flanelle s'explique facilement, croit Benoît Melançon: «Actuellement, la meilleure équipe à Montréal est celle du marketing. Ils ont réussi à imposer l'image glorieuse de jadis, pour nous faire oublier l'équipe ordinaire que nous avons aujourd'hui.

«Si le Canadien gagnait, on n'aurait pas à chanter les mérites de Joe Malone».




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