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Rugby féminin: de l'anonymat à la finale mondiale

Les Canadiennes ont surpris la planète rugby en... (PHOTO FRED DUFOUR, Agence France-Presse)

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Les Canadiennes ont surpris la planète rugby en défaisant la France à Paris, en demi-finale.

PHOTO FRED DUFOUR, Agence France-Presse

(Paris) Qu'il semble loin, cet anonymat canadien de début de tournoi. «Nous sommes des underdogs, mais qui savent gagner», résume l'entraîneur François Ratier.

Dimanche en finale de la Coupe du monde, les meilleures joueuses de rugby à XV au Canada n'auront plus le statut de négligées. Elles ne passeront plus inaperçues. Dire de ce match qu'il est le plus important de leur carrière ne rend pas justice à son ampleur. C'est le match le plus prestigieux de leur sport. L'occasion pour le Canada de gagner un premier titre mondial en rugby féminin. Et peut-être la finale la plus prestigieuse à laquelle prendra part une équipe féminine du Canada tous sports confondus, à l'exception des Jeux olympiques.

Contre toute attente - enfin presque, elles étaient tout de même quatrièmes favorites sur 12 équipes -, les Canadiennes pourraient être sacrées championnes du monde de rugby à XV, un sport peu suivi au Canada. Contrairement à la Nouvelle-Zélande, championne des quatre dernières Coupes du monde (depuis 1998). À la France, l'équipe hôtesse qu'elle a vaincue au terme d'une demi-finale palpitante. Et à l'Angleterre, finaliste des trois dernières Coupes du monde et son adversaire, dimanche en finale, devant une foule de 20 000 spectateurs, à Paris. «Du sport féminin devant une aussi grande foule, ça n'arrive pas souvent», dit Karen Paquin, l'une des huit Québécoises de l'équipe.

Mais le sport n'est pas un concours de popularité. Et les Canadiennes, sixièmes à la dernière Coupe du monde en 2010, ont connu des résultats encourageants depuis un an. «Nous avions vaincu l'Angleterre à la Coupe des nations, nous avions battu la France, nous avons eu deux défaites serrées contre la Nouvelle-Zélande en matchs préparatoires», dit l'entraîneur François Ratier, un Français de 42 ans qui a joué en première division dans son pays d'origine, où le rugby est le deuxième sport le plus populaire après le soccer (pardon, le football). Son destin est aussi improbable que celui de son équipe: il y a 12 ans, il a débarqué à Montréal sans autre plan que de se trouver un emploi dans le rugby. Et le voilà à la tête d'une équipe à un match de devenir championne du monde.

La meilleure formation possible

Au Canada, les joueuses partagent leur temps entre le rugby à sept, qui fera un retour aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016 après 90 ans d'absence, et le rugby à XV, plus prestigieux depuis la création de la Coupe du monde féminine en 1991.

Karen Paquin, une Québécoise de 27 ans, fait partie des deux équipes nationales. Comme la plupart de ses coéquipières, elle s'est initiée au rugby à l'école secondaire. «Mon entraîneur de volleyball m'a suggéré d'essayer et je me suis retrouvée dans ce sport, dit-elle. Ça prend de l'agressivité, de la force, il y a de la place sur le terrain.» Elle a ensuite joué cinq ans pour le Rouge et Or de l'Université Laval, a travaillé deux ans comme ingénieure chimiste chez Cascades avant de déménager en Colombie-Britannique il y a un an et demi pour prendre part au programme olympique. Dimanche, elle disputera le match le plus important de sa carrière de rugby à XV. «Nous avons un bon pack d'avant, nos filles en première ligne sont très solides et nos filles à l'extérieur sont aussi très rapides», dit-elle.

Dans l'équipe de François Ratier, il y a huit Québécoises, toutes partantes, sur 25 joueuses. «Le sport s'est développé au Québec au cours des dernières années, dit-il. Et avant, les entraîneurs avaient tendance à concentrer leurs sélections dans certaines régions. Un entraîneur provenant de l'Alberta prenait des joueuses d'Alberta qu'il connaissait. J'ai voulu casser tout ça et prendre les meilleures joueuses.»

Ultime sport d'équipe

Huit Québécoises donc. De Trois-Rivières, Elissa Alarie. De la région de Québec, Karen Paquin, Stéphanie Bernier, Marie-Pier Pinault-Reid (une étudiante en médecine) et une autre joueuse dont on parlera plus tard, mais qui n'a plus besoin de présentations. De la région de Montréal, Latoya Blackwood et Julianne Zussman, qui a découvert le rugby à son école secondaire d'Ottawa, mais qui a déménagé au Québec pour jouer dans l'équipe de l'Université McGill. «C'est l'ultime sport d'équipe, vous avez besoin de tout le monde sur le terrain», dit-elle.

La dernière Québécoise qui n'a pas besoin de présentations, c'est Magali Harvey. La fille de l'ancien député conservateur Luc Harvey est l'une des vedettes d'un sport qui privilégie le jeu d'équipe. En demi-finale, elle a marqué un essai spectaculaire de 80 verges contre la France. Elle a 52 points depuis le début de la Coupe du monde. Seule l'Anglaise Emily Scarratt (54 points) la devance à ce chapitre. «À sa position d'ailier, Magali est la meilleure au monde à mon avis. Elle a un pas de côté qui est pratiquement impossible à défendre», dit sa coéquipière Karen Paquin.

Mais le rugby étant «l'ultime sport d'équipe», pour reprendre l'expression de Julianne Zussman, les exploits individuels n'ont pas la même signification que dans d'autres sports d'équipe comme le hockey. L'entraîneur François Ratier sourit quand on lui demande s'il voit en Magali Harvey la meilleure joueuse de rugby au monde, celle sur qui il pourra compter. «Cette question ne se pose pas au rugby, dit-il. Magali est une très, très, très bonne joueuse, mais le rugby est un sport d'équipe. Magali a marqué ce touché de 80 verges, mais il y a eu quatre passes auparavant.»

Ainsi, la capitaine de l'équipe canadienne est Kelly Russell, qui joue en troisième ligne centre - l'équivalent du quart-arrière au football américain. C'est elle qui dicte la stratégie sur le terrain. Leurs responsabilités sont donc différentes, mais Magali Harvey et Kelly Russell sont toutes deux en nomination pour le titre de joueuse de rugby de l'année - au monde, pas juste au Canada. De toute façon, le titre qui compte vraiment au rugby, c'est celui de championnes du monde. «On rêvait de la finale, on y est, dit l'entraîneur François Ratier. La clé, c'est de faire la même chose qu'en demi-finale: jouer avec coeur. C'est cliché, mais en même temps ça ne l'est pas...»

«C'est un sport, pas une guerre»

Après avoir inscrit 13 des 18 points du Canada en demi-finale, Magali Harvey avait besoin de repos. Elle a eu mal à la tête à l'entraînement après la demi-finale. Est-ce une commotion cérébrale? L'équipe canadienne dit rester aux aguets. «Elle est plus malade que blessée, dit l'entraîneur François Ratier. C'était sur une accélération, pas sur un contact à la tête.» L'athlète de la région de Québec a donc été tenue à l'écart des médias jusqu'à la finale de dimanche, afin qu'elle puisse se reposer. «Si nous avons des soupçons qu'elle a une commotion cérébrale, elle ne jouera pas, même en finale de la Coupe du monde, dit François Ratier. C'est un sport, ce n'est pas la guerre. Je suis entraîneur de l'équipe nationale, mais je suis avant tout éducateur physique. Je veux être encore capable de lui parler quand elle aura 40 ou 50 ans...»




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