Sports d'hiver: la relève en péril

Faute de financement, l'actuelle «génération dorée» de champions... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Faute de financement, l'actuelle «génération dorée» de champions canadiens pourrait bien être la dernière.

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Avec une récolte de 14 médailles d'or, les Jeux de Vancouver ont consacré la suprématie des athlètes canadiens dans un grand nombre de disciplines hivernales et cette domination ne s'est pas démentie lors de la dernière saison de Coupes du monde.

Dans les sports de glisse en particulier, les Canadiens sont toujours aux avant-postes, comme ils l'ont encore prouvé ce week-end. Nos champions sont déjà parmi les favoris pour réussir une autre récolte spectaculaire dans tout juste un an aux Jeux de Sotchi.

De toute évidence, le «système» canadien est une réussite, mais ce succès est menacé.

La plupart des fédérations sportives nationales ont dû composer avec une baisse substantielle de leurs revenus au lendemain des Jeux de Vancouver. L'Association canadienne de ski acrobatique (ACSA), la plus touchée, a perdu d'un coup tous ses commanditaires. Tous! C'est pourtant dans cette discipline que nos athlètes sont les plus dominants, avec 8 champions du monde sur 12...

«Sous-financés», nos organismes nationaux de sports d'hiver doivent faire des choix difficiles. Si les athlètes de l'élite sont relativement à l'abri en raison notamment des fonds du programme À nous le podium, la relève est menacée.

«Faute de financement, on risque de perdre toute une génération de champions, lance Max Gartner, président d'Alpin Canada. Et ça prendra des décennies à s'en remettre. Après les Jeux de 1988, à Calgary, nous avons été plusieurs années [13] sans remporter une seule descente en Coupe du monde...»

Gartner s'estime chanceux d'avoir pu maintenir une bonne partie du financement de sa fédération. «Nous avons nous aussi perdu des commanditaires après Vancouver, mais d'autres ont embarqué [Audi et la minière Osisko]. Nous ne sommes toutefois pas encore revenus au même niveau et des coupures ont été nécessaires. L'équipe nationale s'en sort bien, même si certains athlètes doivent financer une partie de leur saison.

Mikaël Kingsbury saluant la foule après sa victoire... (Photo: PC) - image 2.0

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Mikaël Kingsbury saluant la foule après sa victoire en bosses, en janvier dernier à Calgary. Sur son dossard, le logo de Postes Canada, qui a depuis disparu.

Photo: PC

Les plus jeunes écopent

«C'est malheureusement toute la filière de développement qui a écopé, ce qu'on appelle le "pipeline", poursuit Gartner. C'est évident que nous devons faire très attention à ne pas abandonner la relève, car c'est l'avenir de notre équipe nationale qui est en jeu.»

Peter Judge, patron de l'Association canadienne de ski acrobatique, reconnaît lui aussi que ce sont les skieurs de la relève qui sont les plus touchés. Chaque année, par exemple, plusieurs jeunes font leurs débuts en Coupe du monde lors des épreuves présentées au Canada. On a malheureusement annulé récemment deux de ces épreuves - les bosses à Val Saint-Côme et les sauts à Calgary -, autant d'occasions perdues pour accélérer le développement de nos athlètes.

«Le système de financement mis en place pour les Jeux de Vancouver privilégie la performance et récompense les fédérations dont les athlètes obtiennent de bons résultats, explique Peter Judge. Cela nous permet de bien encadrer nos athlètes de pointe, de leur donner l'occasion de s'entraîner dans des conditions idéales, avec notamment des camps de préparation l'été en Amérique du Sud ou en Europe.

«Nos autres sources de financement, les commanditaires en particulier, permettent de travailler avec la relève, de mettre sur pied des programmes de détection et de développement des jeunes skieurs, de financer la formation des entraîneurs, etc. C'est toute la base du système et c'est ça qui est présentement menacé.»

En ski acrobatique et en surf des neiges, le retrait de RBC a entraîné l'annulation de deux populaires programmes d'initiation et de perfectionnement des jeunes athlètes partout au Canada et les efforts pour développer de nouveaux programmes se heurtent au manque de fonds.

On devine que les fédérations moins «performantes» sont encore plus menacées et même celles dont les athlètes ont de bons résultats doivent limiter leurs ambitions. En bobsleigh par exemple, le Canada a réduit sa formation cette saison. Alors qu'on a déjà eu quatre équipages en Coupe du monde, tant chez les hommes que chez les femmes, il n'y en a que trois chez les hommes et deux chez les femmes cette saison.

Depuis deux ans, les grandes fédérations comme Alpin Canada, l'Association canadienne de ski acrobatique, ou Bobsleigh Canada doivent composer avec des pertes de revenus de l'ordre de 1 à 2 millions de dollars. C'est énorme quand on pense que le budget annuel de l'Association canadienne de ski acrobatique est d'à peine 5,5 millions, que celui de Bobsleigh Canada ne dépasse pas 4 millions.

Des entreprises partenaires comme Postes Canada, RBC, GMC et VISA, pour ne nommer que les plus gros, ont tous annulé leurs commandites à une ou plusieurs de ces fédérations. Les efforts pour trouver de nouveaux commanditaires n'ont pratiquement rien donné et tout le monde redoute l'après-Sotchi.

«Les gens croient que tout va bien et c'est vrai que nous serons prêts pour Sotchi, explique Peter Judge, directeur général de l'Association canadienne de ski acrobatique. Grâce au programme À nous le podium, nos athlètes seront encore dominants cette saison et la prochaine aussi. Mais après les Jeux de 2014, nous allons tous frapper un mur!»

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Dominique Maltais... (Photo: AFP) - image 3.0

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Dominique Maltais

Photo: AFP

UNE BONNE NOUVELLE

Après de longs mois de recherches, un premier commanditaire majeur s'est engagé récemment avec une fédération nationale de sport d'hiver. Mazda a en effet signé une entente de trois ans avec Snowboard Canada.

À court terme, les fonds aideront surtout à l'organisation des Mondiaux de Québec, en janvier 2013, mais Mazda qui est déjà un partenaire majeur de la Fédération internationale de snowboard a aussi insisté pour être associé aux programmes de développement du sport.

Steve Hills, directeur général de Snowboard Canada, a indiqué: «Nous espérons annoncer une autre commandite avec les Mondiaux et notre objectif est de développer des partenariats à long terme, détachés des cycles olympiques.»

La nouvelle entente avec Mazda ne prendra ainsi fin qu'à la fin de 2015, près de deux ans après les Jeux de Sotchi.

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QUELQUES RETRAITS QUI ONT FAIT MAL

Bobsleigh: Perte de la commandite de Visa: entre 250 000 $ et 500 000 $ par année.

Ski acrobatique: Perte de la commandite de Postes Canada: 1 million par année. Les revenus de commandites sont passés de 1,6 million à 100 000 $.

Ski alpin: Perte de cinq commanditaires majeurs: GMC, Bombardier, Telus, Panasonic, President's Choice.

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5000 $ à 20 000 $: C'est ce que doivent fournir les athlètes de l'équipe nationale de ski alpin pour financer une partie de leur saison. Les membres de l'équipe nationale de bobsleigh doivent aussi verser des «frais de membership», comme l'indiquent élégamment les documents de l'association.

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LES SUBVENTIONS DE À NOUS LE PODIUM EN 2012-2013

Patinage de vitesse: 3 440 000 $

Ski alpin: 2 789 000 $

Ski acrobatique: 2 740 000 $

Bobsleigh/Skeleton: 2 250 000 $

Surf des neiges: 2 080 000 $

Ski de fond: 1 745 000 $

Curling: 1 565 000 $

Hockey: 1 875 000 $

Ski-cross: 1 355 000 $

Patinage artistique: 800 000 $

Luge: 800 000 $

Biathlon: 200 000 $

Sauts à skis: 100 000 $

Total: 21 739 000 $

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