Deux partisans d'Erdogan nient des violences à Washington

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Selon les autorités américaines, qui disent s'appuyer sur de nombreux témoignages et vidéos, des agents de sécurité turcs ont brutalement agressé des protestataires kurdes, le 16 mai dernier à Washington.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
Washington

Deux partisans du président turc Recep Tayyip Erdogan ont plaidé jeudi non coupables d'une violente agression de militants kurdes en mai à Washington, des poursuites judiciaires qui irritent vivement l'homme fort d'Ankara.

Sinan Narin et Eyup Yildirim, les membres entravés et vêtus d'une combinaison orange de détenu, ont comparu pour leur mise en accusation formelle devant le tribunal de première instance de la capitale fédérale américaine, présidé par la juge Marisa Demeo.

Les deux hommes, âgés de 45 et 50 ans au moment de leur inculpation, sont poursuivis pour coups et blessures à l'encontre de manifestants pacifiques devant la résidence de l'ambassadeur de Turquie, où M. Erdogan s'était rendu après avoir rencontré à la Maison-Blanche le président Donald Trump.

Au total 19 suspects ont été inculpés dans ce dossier diplomatique sensible, dont 15 agents de sécurité et gardes du corps de M. Erdogan, une mesure jugée «scandaleuse» par le président turc.

Mais seuls MM. Narin et Yildirim, habitant respectivement la Virginie et l'État du New Jersey, ont été arrêtés, en juin. Les autres suspects recherchés ont pris le large, pour la plupart probablement en Turquie.

Les deux accusés qui ont la citoyenneté américaine n'ont pas manifesté de réaction particulière en entendant les charges les visant, traduites par un interprète. Ils ont annoncé plaider non coupable par la voix de leur avocat.

Dans la salle d'audience se trouvaient également des diplomates de la chancellerie turque à Washington. 

Chaussure ferrée 

Un grand jury, qui s'est réuni à huis clos, a retenu des circonstances aggravantes à l'encontre de Sinan Narin et Eyup Yildirim: l'utilisation d'une arme - en l'espèce une chaussure au bout ferré - et une raison ethnique ou politique ayant motivé leurs agressions présumées.

Selon les autorités américaines, qui disent s'appuyer sur de nombreux témoignages et vidéos, des agents de sécurité turcs, souvent en costume sombre, ont brutalement agressé les protestataires kurdes, les frappant même à terre.

Ces faits remontant au 16 mai s'étaient soldés par un bilan de 12 blessés dont un policier.

Dans un discours télévisé, le président Erdogan avait présenté une version radicalement différente: alors que des groupes «terroristes» faisaient «une manifestation à 50 mètres de moi, la police américaine n'a rien fait», avait-il dénoncé.

Les avocats des accusés ont demandé et obtenu jeudi un délai supplémentaire pour rassembler des éléments disculpant leur client.

«Il existe de nombreuses preuves vidéo, en raison du nombre important d'organe de presse qui se trouvaient sur place. Je peux dire qu'une vidéo montre M. Narin se faire attaquer», a déclaré à l'AFP David Benowitz, l'avocat de Sinan Narin.

«C'est vraiment difficile de dire qui fait quoi. Il y a littéralement des douzaines de personnes impliquées», a de son côté affirmé Mark Schamel, le défenseur de M. Yildirim.

«Les vidéos montrent une altercation entre deux groupes importants de gens. Il y a des choses qui volent d'un côté comme de l'autre. Il y a un homme qu'ils présentent comme mon client, et assis juste à côté un homme au visage ensanglanté. Voilà ce que montrent les vidéos», a-t-il ajouté.

Relation bilatérale abîmée 

Cette procédure judiciaire s'inscrit dans un contexte de détérioration des relations entre Washington et Ankara, notamment depuis la décision américaine d'armer des milices kurdes syriennes que la Turquie considère comme «terroristes», pour lutter contre le groupe État islamique (EI) en Syrie.

La Turquie a également demandé à plusieurs reprises, et sans succès, l'extradition de Fethullah Gülen, prédicateur installé en Pennsylvanie et à qui Ankara impute le putsch manqué de juillet 2016.

Les autorités américaines ont enfin annoncé mercredi l'inculpation de plusieurs Turcs pour des transactions financières ayant violé l'embargo sur l'Iran, parmi lesquels Zafer Caglayan, ancien ministre de l'économie du gouvernement de M. Erdogan quand il était Premier ministre.

Le président turc a déclaré qu'il rencontrerait Donald Trump, à l'occasion de l'Assemblée générale de l'ONU dans deux semaines à New York, «si l'occasion se présente».




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