Obama rejette le projet Keystone XL

Long de 1900 kilomètres, dont 1400 aux États-Unis,... (PHOTO NICHOLAS KAMM, ARCHIVES AFP)

Agrandir

Long de 1900 kilomètres, dont 1400 aux États-Unis, le projet Keystone XL visait à transporter le pétrole canadien des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'au centre des États-Unis, dans le Nebraska, d'où il aurait pu rejoindre les raffineries américaines du golfe du Mexique.

PHOTO NICHOLAS KAMM, ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jérôme CARTILLIER
Agence France-Presse
WASHINGTON

Après des années de tergiversations, le président américain Barack Obama a rejeté vendredi le projet controversé d'oléoduc Keystone XL, mettant en avant le rôle central des États-Unis dans la lutte contre le changement climatique.

En tranchant enfin, plus de six ans après la première demande de permis de construire de l'opérateur canadien TransCanada, M. Obama marque les esprits et provoque la colère de ses adversaires républicains, à moins d'un mois de la conférence de Paris sur le climat (COP 21). Ce grand rendez-vous dans la capitale française vise à conclure un accord pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et éviter un emballement de la machine climatique.

> Réagissez sur le blogue de Richard Hétu

Long de 1900 kilomètres, dont 1400 aux États-Unis, le projet Keystone XL visait à transporter le pétrole canadien des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'au Nebraska d'où il aurait pu rejoindre les raffineries américaines du golfe du Mexique.

«Le département d'État a décidé que le projet Keystone XL n'était pas dans l'intérêt national des États-Unis. Je suis d'accord avec cette décision», a déclaré M. Obama depuis la Maison-Blanche, soulignant que le projet n'aurait pas eu d'impact significatif sur l'économie américaine.

«L'oléoduc ne ferait pas baisser le prix du carburant pour les consommateurs américains [...] Transporter du pétrole brut plus sale jusque dans notre pays ne renforce pas la sécurité énergétique des États-Unis», a-t-il souligné.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a regretté la décision américaine tout en soulignant que les relations entre les États-Unis et le Canada étaient «beaucoup plus vastes qu'un seul projet».

Le nouveau dirigeant canadien était en faveur du projet, mais son approche était plus souple que celle de son prédécesseur conservateur Stephen Harper, défenseur inconditionnel des oléoducs pour désenclaver la production de pétrole de la province de l'Alberta, troisième réserve mondiale d'or noir.

TransCanada a dit envisager le dépôt d'une nouvelle demande, soulignant que le groupe et ses clients, les compagnies pétrolières, restaient «absolument déterminés à construire cet important projet d'infrastructure énergétique».

«Agir maintenant !»

M. Obama, qui a fait de la lutte contre le changement climatique une priorité de ses deux mandats, a toujours affirmé que la question des émissions de CO2 liées à ce projet serait centrale au moment du choix final.

«Approuver un tel projet aurait affaibli notre leadership sur le climat», a-t-il estimé vendredi, confirmant pour la première fois qu'il participerait au sommet des chefs d'État au début de la conférence de Paris, dans trois semaines.

«Il faut agir maintenant, pas plus tard, pas un jour. Maintenant!», a-t-il martelé. «Je suis optimiste sur ce que nous pouvons faire ensemble».

Cette décision négative sur un dossier devenu au fil des ans emblématique des divergences idéologiques sur l'énergie et l'environnement aux États-Unis, a provoqué une avalanche de réactions enthousiastes parmi les démocrates.

«La décision du président de rejeter l'oléoduc Keystone est une étape encourageante et un appel à l'action à l'approche de la COP21!», a réagi sur Twitter l'ancien vice-président Al Gore, très impliqué sur le dossier depuis des décennies.

Bill McKibben, fondateur de l'ONG 350.org, a jugé que M. Obama devenait, avec cette décision, «le premier dirigeant à rejeter un projet en raison de son impact sur le climat». «Nous sommes bien conscients du fait que le prochain président pourrait défaire tout cela, mais l'heure est à la célébration».

«J'applaudis sans réserve cette décision», a lancé Bernie Sanders, en lice du côté démocrate pour succéder à M. Obama à la Maison-Blanche. «Il est fou pour qui que ce soit de soutenir l'extraction et le transport de l'un des carburants les plus sales de la terre», a-t-il ajouté.

Au-delà de l'impact sur les émissions de gaz à effet de serre, les associations écologistes étaient hostiles au projet en raison des risques de fuite et parce que la séparation du pétrole brut des sables bitumineux est particulièrement énergivore.

Sans surprise, les républicains ont dénoncé avec force cette décision.

«Il est de plus en plus clair que le président préfère apaiser [...] des extrémistes que d'aider des dizaines de milliers d'Américains qui auraient pu bénéficier des bons emplois de Keystone», a réagi le chef de la majorité sénatoriale Mitch McConnell.

«Lorsque je serai président, Keystone sera approuvé et nous mettrons fin aux politiques énergétiques d'un autre âge du président Obama», a de son côté déclaré le sénateur Marco Rubio, candidat républicain à la présidence.

Longtemps appuyés par le gouvernement Harper, les républicains soulignent sans relâche que le transport par oléoduc est plus sûr que par chemin de fer et qu'il est préférable d'importer du brut canadien que du pétrole du Golfe, du Venezuela ou d'autres pays moins amis.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer