La crise des migrants s'invite dans la forteresse américaine

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Crise migratoire

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Crise migratoire

L'Europe fait face à une crise migratoire sans précédent, alors que depuis le début de l'année plus de 350 000 personnes ont tenté de traverser la Méditerranée pour trouver refuge dans l'«Eldorado européen», plusieurs y laissant leur vie. Un nombre de réfugiés poussé à la hausse notamment par la guerre syrienne et l'établissement du «califat» du groupe armé État islamique à cheval sur l'Irak et la Syrie. Mais cette crise n'est pas exclusive à l'Europe, l'Asie du Sud-Est aux prises avec un trafic de migrants aussi tentaculaire que meurtrier connaît également cette triste réalité. »

Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

En mai dernier, quatorze sénateurs démocrates ont adressé une lettre au président Barack Obama l'exhortant à permettre à au moins 65 000 réfugiés syriens de s'établir aux États-Unis.

« Bien que les États-Unis soient le plus grand donateur d'aide humanitaire aux réfugiés syriens, nous devons aussi augmenter considérablement le nombre de réfugiés syriens que nous acceptons », a écrit le groupe mené par les sénateurs démocrates Dick Durbin (Illinois) et Amy Klobuchard (Minnesota).

À l'époque, les États-Unis avaient ouvert leurs portes à seulement 700 des réfugiés jetés sur les routes par un conflit qui faisait rage en Syrie depuis près de cinq ans, « un nombre beaucoup trop bas », avaient noté les auteurs de la lettre.

Or, le jour même de la publication de la missive, le représentant républicain du Texas, Michael McCaul, président de la commission de la Sécurité intérieure de la Chambre des représentants, avait qualifié la requête des sénateurs démocrates d'« erreur grave », évoquant les risques pour la sécurité qu'impliquait l'accueil aux États-Unis de dizaines de milliers de réfugiés en provenance du Moyen-Orient.

Certains critiques avaient même accusé les signataires de la lettre de faire partie d'un « lobby djihadiste ». Et la requête avait vite sombré dans l'oubli.

Photo-choc

Cependant, après l'émoi qu'a suscité la publication de la photo du petit Aylan, la lettre des 14 sénateurs démocrates a refait surface dans le débat sur les réfugiés syriens, illustrant à la fois l'inaction du gouvernement américain devant la crise migratoire qui retient aujourd'hui l'attention du monde et les obstacles qui se dressent face à ceux qui voudraient contribuer à l'atténuer.

À New York, cet émoi a poussé samedi un journal populaire à dénoncer haut et fort la réponse des États-Unis face à cette crise. « Honte américaine », a titré leDaily News à la une en faisant allusion aux quelque 1800 réfugiés syriens que les États-Unis entendent accueillir d'ici à la fin de l'année.

« Donnez-moi vos pauvres, vos exténués qui, en rangs pressés, aspirent à vivre libres - mais pas vos réfugiés syriens », a écrit le quotidien en modifiant les célèbres vers d'Emma Lazarus gravés sur le socle de la statue de la Liberté.

Ce débat s'est également invité dans la campagne présidentielle. Chez les démocrates, l'ancien gouverneur du Maryland Martin O'Malley, qui peine à retenir l'attention des médias et des militants, a exprimé son appui à l'appel pour l'accueil d'au moins 65 000 réfugiés syriens en 2016.

«Si l'Allemagne -  un pays qui compte un quart de notre population - peut accepter 800 000 réfugiés cette année, un pays d'immigrants et de réfugiés comme le nôtre peut certainement faire mieux.»

Martin O'Malley
candidat aux primaires démocrates de 2016

Hillary Clinton, de son côté, s'est montrée plus circonspecte, se contentant d'affirmer que les États-Unis devaient « apporter leur contribution, tout comme les Européens ». Lors d'une interview sur MSNBC, vendredi, elle a également tenu à souligner qu'elle avait défendu une « politique plus robuste » en tant que secrétaire d'État pour aider les rebelles « modérés » au début du conflit syrien.

Les républicains intraitables

Ce rappel n'est pas étranger aux critiques des candidats républicains à la présidence. Selon eux, l'administration Obama a contribué à la crise migratoire par sa politique au Moyen-Orient. En faisant allusion au petit Aylan, le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, a sans doute dressé le réquisitoire le plus sévère. « Ce jeune enfant est un symbole de l'inaction de ce pays et de la duperie de ce président. Ce président a permis que ces personnes soient massacrées », a-t-il déclaré vendredi.

Mais il ne faut pas s'attendre à ce que les candidats républicains proposent d'augmenter le nombre de réfugiés syriens sur le territoire américain. Ils sont aujourd'hui engagés dans une course dont le meneur, Donald Trump, préconise la construction d'un mur le long de la frontière sud et l'expulsion de 11 millions de clandestins, et dont l'un de ses rivaux, Scott Walker, trouve légitime l'idée d'ériger un mur le long de la frontière nord pour protéger les États-Unis de la menace terroriste.

Mais les républicains ne sont pas les seuls à faire obstacle à l'accueil d'un plus grand nombre de réfugiés syriens. À moins de changer la procédure d'asile actuelle, qui nécessite notamment une longue vérification des antécédents des demandeurs, les États-Unis continueront à recevoir les réfugiés syriens au compte-gouttes.

Comme quoi le symbole représentant le mieux les États-Unis aujourd'hui n'est peut-être plus la statue de la Liberté qui se dresse dans la baie de New York, mais plutôt la forteresse que Trump et compagnie rêvent de construire autour de leur pays.

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