NAACP: l'ex-présidente blanche de Spokane «s'identifie comme noire»

Rachel Dozeval, 37 ans, cheveux crépus et peau... (PHOTO ANTHONY QUINTANO, NBC NEWS/AP)

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Rachel Dozeval, 37 ans, cheveux crépus et peau caramel, invitée sur le plateau de NBC, a affirmé : «Je m'identifie comme noire», à la question de savoir si elle était afro-américaine.

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Fabienne FAUR
Agence France-Presse
WASHINGTON

Une militante des droits des Noirs, au coeur d'une polémique aux États-Unis après avoir prétendu être noire alors qu'elle est blanche, s'est expliquée pour la première fois mardi en affirmant «s'identifier comme noire» depuis sa plus tendre enfance.

Dans sa première interview télévisée nationale, Rachel Dolezal, 37 ans, cheveux crépus et peau caramel, a affirmé sur le plateau de NBC: «Je m'identifie comme noire», à la question de savoir si elle était afro-américaine.

Elle a reconnu, visiblement avec difficulté, qu'elle était blanche, en concédant le fait qu'une photo d'elle à 16 ans montrait une jeune fille, dont elle parle à la troisième personne, «identifiable en tant que blanche par ceux qui la voient».

Figure locale de la lutte pour les droits des Noirs à Spokane, Mme Dolezal a démissionné lundi de la direction du chapitre local de la grande organisation militante NAACP après que ses propres parents biologiques, blancs, avec lesquels elle est brouillée, ont révélé la supercherie.

Elle est depuis la semaine dernière au centre d'une polémique qui porte autant sur son histoire personnelle embrouillée que sur ce qu'elle signifie pour la cause noire aux États-Unis.

Lors de son interview mardi, la militante a affirmé s'identifier comme noire «depuis son plus jeune âge». «Je dirais que cela a commencé vers l'âge de cinq ans. Je me dessinais avec un crayon marron, pas un crayon couleur pêche, avec des cheveux noirs bouclés», a-t-elle dit.

Poussée dans ses retranchements pour expliquer cette «tromperie» qui durait depuis une dizaine d'années, la jeune femme a répondu, de manière vague et évasive, que «la question est plus complexe que de s'identifier comme noire ou répondre à la question de savoir si on est noir ou blanc».

Elle a reconnu ne pas avoir rectifié par le passé des articles de presse la qualifiant de métisse, «parce que les choses sont plus complexes que la vérité ou le mensonge à un moment donné».

Quant à sa peau plus bronzée que sur ses photos d'enfance, Mme Dolezal a répondu prosaïquement qu'elle «n'évitait pas le soleil».

«Ma vie a été une survie et ce que j'ai fait tout du long, y compris mon identification, a été fait pour survivre», a-t-elle ajouté de manière là encore obscure.

«Malhonnêteté»

Depuis que ses parents Lawrence et Ruthanne Dolezal, du Montana, ont révélé la supercherie la semaine dernière, l'histoire personnelle de la jeune femme a émergé: une adolescence dans le Mississippi où elle côtoie quotidiennement la culture noire, des études à la Howard University, grande université noire de la capitale, des années de militantisme dans le nord-ouest du pays.

Avec des détails troublants: une bataille pour la garde d'un de ses quatre frères noirs adoptés par ses parents, un ami noir qu'elle fait passer pour son père, jusqu'à une plainte classée sans suite pour discrimination raciale anti-blancs quand elle était étudiante --blanche-- à Howard.

Ses parents ont indiqué mardi sur Fox News, après l'interview de leur fille, être «inquiets du niveau de malhonnêteté que Rachel montre».

Par ailleurs, dans ce pays qui ne tolère pas le mensonge, Rachel Dolezal a rempli un formulaire de la ville de Spokane en indiquant être en partie noire, blanche et de sang indien afin d'occuper un poste de médiateur indépendant pour la police. La ville, depuis quelques jours, enquête.

La sincérité de son engagement convainquait peu mardi des sociologues experts sur les questions d'identités raciales, interrogés par l'AFP.

Pour Matthew Hughey, de l'University of Connecticut, ce travestissement «l'a dédouanée de sa responsabilité de femme blanche à se battre pour l'égalité».

Charles Gallagher, qui dirige le département de sociologie à La Salle University (Pennsylvanie), estime que cette histoire est «une diversion au simple fait que l'Amérique reste un pays où le privilège blanc et le racisme sont la norme».

Plonger à ce point dans une identité noire «sape l'excellent travail qu'elle a fait» pour la cause noire, a ajouté G. Reginald Daniel, de l'Université de Californie, «cette posture d'imitation et d'appropriation finit par être irrespectueuse».

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