Flambée de criminalité: l'«effet Ferguson» mis en cause

La mort de Michael Brown, ce jeune homme... (PHOTO JEFF ROBERSON, ARCHIVES AP)

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La mort de Michael Brown, ce jeune homme noir tué par un policier blanc de Ferguson, municipalité voisine de St. Louis, expliquerait, selon le chef de police de cette ville, la hausse soudaine de la criminalité.

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La mort de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans abattu par un policier blanc, a plongé cette banlieue de St. Louis au Missouri, dont la population est à forte majorité afro-américaine, dans une crise raciale et sociale sans précédent. »

Richard Hétu

collaboration spéciale

La Presse

(New York) «C'est l'effet Ferguson», a déclaré le chef de police de St. Louis Sam Dotson, en novembre dernier, pour expliquer la hausse soudaine de la criminalité dans sa ville, y compris une augmentation de 47% des homicides.

«Je le vois non seulement du côté des forces de l'ordre, mais également du côté des éléments criminels, qui se sentent libres d'agir», a-t-il ajouté en évoquant la fatigue et le stress éprouvés par les policiers de sa ville après plusieurs mois de protestations contre la mort de Michael Brown, ce jeune homme noir tué par un policier blanc de Ferguson, municipalité voisine de St. Louis.

Cette fatigue et ce stress auraient contribué à une diminution du nombre d'arrestations et encouragé les criminels à sévir davantage.

Et si «l'effet Ferguson» n'était pas limité à St. Louis?

D'autres grandes villes américaines connaissent une flambée de crimes violents. À Milwaukee, les homicides avaient augmenté de 180% en date du 17 mai par rapport à la même époque l'année dernière. À Houston, ils avaient connu, à la fin du mois de mars, une hausse de près de 100%.

Baltimore n'est pas en reste, ayant enregistré jeudi dernier un 100e homicide depuis le début de l'année, soit 29 de plus qu'à la même date en 2014. Ni Atlanta, où les homicides avaient augmenté de 32% à la mi-mai, ni Los Angeles, où les fusillades et les actes délictueux graves avaient connu une hausse de 25%, ni même New York, où les homicides ont augmenté de 20% au cours des cinq premiers mois de l'année par rapport à la même période en 2014.

Tendance inversée

Ces données sont d'autant plus frappantes que les taux de criminalité de la plupart des grandes villes américaines avaient poursuivi, au cours des six premiers mois de 2014, leur déclin entamé il y a 20 ans.

Selon Heather MacDonald, chercheuse au groupe de réflexion conservateur Manhattan Institute, il n'y a pas de doute: l'«effet Ferguson» se fait sentir «partout dans le pays».

«Les policiers ont mis un frein à leur approche proactive à la suite du déferlement de la rhétorique anti-police. Les arrestations à Baltimore avaient chuté de 56% en mai par rapport à 2014», a-t-elle écrit la semaine dernière dans un texte publié par le Wall Street Journal et d'où sont tirées certaines des données citées plus haut.

En avril, faut-il le rappeler, Baltimore a été secouée par des protestations et des émeutes à la suite de l'arrestation et de la mort de Freddie Gray, un Afro-Américain de 25 ans.

À New York, des représentants de syndicats policiers ont secondé la thèse d'Heather MacDonald.

«Ce que vous voyez maintenant est dû au fait que les criminels portent leurs armes à feu parce qu'ils n'ont plus peur de le faire», a déclaré Ed Mullins, chef d'un syndicat policier new-yorkais, au lendemain de la publication des données indiquant une hausse de 20% des homicides à New York au cours des cinq premiers mois de l'année. «Nous avons créé un climat où nous avons menotté la police.»

Le climat dont parle Ed Mullins ne tient pas seulement à un «effet Ferguson» présumé. Il découle aussi, à son avis, de la décision du maire de New York Bill de Blasio de mettre fin à la pratique du «stop and frisk», ces arrestations et fouilles jugées discriminatoires envers les jeunes Noirs et Latinos.

Guerre de gangs

Les tabloïds de New York ont également talonné le maire de New York sur cette question. Mais l'intéressé a accusé ses critiques de myopie, soulignant que la criminalité dans son ensemble avait chuté de 6,6% à New York au cours des cinq premiers mois de l'année. Il a attribué l'augmentation des homicides à des guerres de gangs dans certains quartiers chauds du Bronx et de Brooklyn, où des renforts policiers seront déployés.

Selon lui, le même phénomène s'était produit le printemps dernier, et New York avait quand même atteint un plancher historique au chapitre des homicides à la fin de 2014.

James Fox, professeur de criminologie à l'Université Northeastern de Boston, tient un discours semblable pour mettre en doute l'existence d'un «effet Ferguson» sur le travail des policiers et le comportement des criminels.

«Il est prématuré et irresponsable de parler d'une prochaine vague de criminalité et de la mettre sur le compte de la paralysie des policiers face aux protestations contre la mort de citoyens noirs non armés», a-t-il fait valoir en réponse à la thèse d'Heather MacDonald. «Les hausses de la criminalité rapportées dans certaines villes ne portent que sur quelques mois, un indicateur statistiquement insuffisant d'une tendance.»

En fait, il faudra attendre plus qu'une année, selon le professeur Fox, avant de pouvoir conclure à l'existence d'un «effet Ferguson».

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