Drones américains : pour chaque personne visée, 28 civils meurent

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Depuis 2004, au moins 500 frappes de drones ont été menées par les États-Unis dans le monde, faisant 3674 victimes, dont beaucoup n'ont pas été identifiées, selon le groupe de réflexion américain Council on Foreign Relations.

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L'administration Obama se targue de la précision des frappes de ses drones au Pakistan et au Yémen. Une étude récente du groupe britannique Reprieve montre qu'en moyenne 28 personnes non identifiées, dont des femmes et des enfants, meurent chaque fois qu'une personne est visée par les missiles de la CIA. Explications.

Ayman al-Zawahiri

Le chef actuel d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, 63 ans, a été ciblé deux fois par des drones dans des régions tribales du Pakistan depuis 2006. Au moins 76 enfants et 29 adultes ont été tués dans ces attaques vaines.

«Les drones ont frappé une école, explique à La Presse Jennifer Gibson, avocate et auteure du rapport You Never Die Twice de l'organisation britannique Reprieve. Dans cette attaque, 76 enfants sont morts. C'est l'une des pires tragédies dans la campagne de drones à ce jour. Et al-Zawahiri est toujours en vie.»

Baitullah Mehsud

Le guerrier pakistanais et important chef de guerre taliban Baitullah Mehsud a été tué par un drone en août 2009. C'était la septième fois qu'on le prenait pour cible. Au total, 164 personnes sont mortes durant ces frappes.

Renseignements incorrects

«À l'origine de chaque frappe, il y a les renseignements sur ce qui se passe au sol, explique Me Gibson. Dans la majorité des cas, ces renseignements sont incorrects. Cela se traduit par la mort de plusieurs innocents, comme le montre notre rapport.»

Frappes en hausse

Les frappes par drones de la CIA au Pakistan ont été suspendues durant les six premiers mois de 2014, en partie à cause de la pression du gouvernement du Pakistan et de la décision d'un haut tribunal du pays dans une affaire menée par l'organisation Reprieve.

«Or, les frappes ont repris depuis et sont en forte hausse, explique Me Gibson. Au début du mois de novembre 2014, nous avons été informés du fait que des enfants avaient de nouveau été atteints durant des frappes. Au Yémen, les frappes sont aussi en forte hausse.»

3674 victimes

Dans son rapport, l'organisation Reprieve ne s'est penchée que sur les frappes répétées contre le même individu. De plus, elle n'a pas tenu compte de celles qui ne ciblaient pas un militant connu. Depuis 2004, au moins 500 frappes de drones ont été menées par les États-Unis dans le monde, faisant 3674 victimes, dont beaucoup n'ont pas été identifiées, selon le groupe de réflexion américain Council on Foreign Relations (CFR). La CIA ne diffuse aucune donnée sur les frappes ou leurs victimes.

CE QU'EN A DIT BARACK OBAMA

««Avant qu'une frappe ne soit mise en oeuvre, il doit y avoir la quasi-certitude qu'aucun civil ne sera tué ou blessé - le standard le plus élevé que nous puissions établir.»»


««Indéniablement, des civils ont été tués dans les frappes américaines. Ces morts nous hanteront, moi-même et ceux qui sont sous mes ordres, pour le reste de nos jours.»»

- 23 mai 2013.

Les Américains induits en erreur par le président?

Jennifer Gibson estime que le président Obama «a induit le public américain en erreur à plusieurs reprises» au sujet de la campagne américaine d'assassinats par drones.

«Dans son discours de mai 2013, où il a reconnu pour la première fois l'existence du programme d'assassinats par drones, le président Obama a promis une transparence accrue. En réalité, il n'y a eu aucune transparence depuis cette date. L'administration avait aussi promis de confier le programme de la CIA à l'armée américaine pour le rendre plus légitime, un projet qui a depuis été abandonné. L e programme n'est pas devenu plus transparent. À bien des égards, il est devenu plus opaque.»

Parmi les personnes que représente Me Gibson, il y a un Yéménite du nom de Faisal ben Ali Gaber. Son beau-frère, un imam qui prêchait contre Al-Qaïda, a été tué par un drone alors qu'il rencontrait des gens qui voulaient lui parler de ses sermons. Bin Ali Gaber s'est rendu à Washington en 2013 pour y rencontrer des leaders au Congrès.

«Six mois plus tard, des représentants du gouvernement du Yémen lui ont remis une importante somme d'argent, en billets américains, dit Me Gibson. Depuis, c'est arrivé à trois personnes que nous représentons au Yémen. Le gouvernement américain ne veut pas admettre qu'il a fait des erreurs, mais, tout à coup, le gouvernement du Yémen, l'un des plus pauvres du globe, donne 50 000, 60 000$ en dollars américains dans un sac aux familles des victimes. C'est la façon dont certains dossiers sont traités à l'heure où l'on se parle.»

Sources: Reprieve, The Bureau for Investigative Journalism, The Guardian, The New York Times

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