L'aveuglement volontaire d'Obama

En décembre 2011, lors d'une conférence de presse... (Archives Reuters)

Agrandir

En décembre 2011, lors d'une conférence de presse commune avec Nouri al-Maliki à la Maison-Blanche, le président américain avait salué le «gouvernement représentatif» dirigé par son hôte et affirmé que l'Irak était devenu «une démocratie et un modèle pour le Proche-Orient».

Archives Reuters

Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Les drapeaux de l'État islamique flottaient déjà sur Falloujah, ville irakienne située à 69 km à l'ouest de Bagdad, après être apparus dans certaines localités syriennes. Mais Barack Obama minimisait la menace de l'organisation extrémiste liée pendant un certain temps à Al-Qaïda.

«L'analogie que nous utilisons ici parfois, et je la trouve juste, c'est qu'il ne suffit pas à une équipe collégiale de second niveau de revêtir l'uniforme des Lakers pour faire de ses joueurs des Kobe Bryant», confiait-il à la fin du mois de janvier à David Remnick, rédacteur en chef de l'hebdomadaire The New Yorker, qui faisait référence à une équipe et un joueur de basketball professionnel jadis dominants.

En 2008, Barack Obama a été élu à la présidence en bonne partie grâce à son opposition à la guerre en Irak, exprimée en octobre 2002 lors d'un discours désormais célèbre. «Je ne suis pas contre toutes les guerres», avait déclaré le politicien encore inconnu d'Illinois. «Ce à quoi je m'oppose, c'est à une guerre stupide.»

Six ans plus tard, les mots semblent faire défaut à Barack Obama pour parler de l'Irak ou de la Syrie. Ils le font même parfois paraître stupide, comme dans le cas de son entrevue avec le New Yorker. Et son refus ou son incapacité à énoncer clairement une stratégie pour contrer la menace extrémiste au Moyen-Orient pourrait être à la fois désastreux pour la stabilité de la région, la sécurité des États-Unis et l'héritage de sa présidence.

Une priorité

Il n'y a aucun doute que Barack Obama a fait du désengagement militaire américain sa priorité au Moyen-Orient. «Après près de neuf années, la guerre menée par les États-Unis en Irak est finie», avait-il dit en octobre 2011 en annonçant le retrait total des soldats américains de ce pays où plus de 4400 d'entre eux avaient perdu la vie.

Il n'était alors pas question de maintenir en Irak, au-delà de 2011, une force résiduelle pour seconder l'armée irakienne. Aujourd'hui, les critiques de Barack Obama estiment que la présence d'un contingent de quelques milliers de soldats américains aurait pu freiner l'offensive récente de l'État islamique. Le président ne cache pas son impatience par rapport à ce genre de raisonnement, rappelant que Bagdad avait écarté cette possibilité en refusant d'accorder l'immunité juridique aux militaires américains.

Mais tout indique que Barack Obama n'a pas beaucoup insisté sur cette question. Chose certaine, il n'était pas prêt, à l'époque, à critiquer en public la politique sectaire du premier ministre irakien, puissant facteur de la montée de l'État islamique. En décembre 2011, lors d'une conférence de presse commune avec Nouri al-Maliki à la Maison-Blanche, le président américain avait salué le «gouvernement représentatif» dirigé par son hôte et affirmé que l'Irak était devenu «une démocratie et un modèle pour le Proche-Orient».

Une semaine plus tard, le gouvernement du premier ministre chiite signait un mandat d'arrêt contre le vice-président sunnite Tarek al-Hachémi, accusé de complot.

Avec le recul, il est difficile d'échapper à l'impression que les déclarations publiques de Barack Obama sur le Moyen-Orient ont pour but premier non pas de refléter la réalité sur le terrain mais de justifier, coûte que coûte, le désengagement militaire américain. Cela ne vaut pas seulement pour l'Irak mais également pour la Syrie, où plus de 150 000 personnes sont mortes depuis le début de la guerre civile.

Obama critiqué

Jeudi, en annonçant qu'il avait autorisé des frappes aériennes contre les combattants de l'État islamique, Barack Obama a évoqué la capacité des États-Unis d'agir «pour éviter un génocide potentiel». Des critiques lui ont aussitôt reproché de ne pas avoir accompagné cette justification humanitaire d'arguments stratégiques.

«L'État islamique et sa montée ne sont pas seulement un problème pour les Kurdes, Yazidis et autres Irakiens, mais également pour la région et les intérêts américains», a écrit ce week-end Meghan O'Sullivan, professeure de relations internationales à Harvard. «La déclaration d'un califat chevauchant l'Irak et la Syrie, possédant des armes et une fortune considérable et ayant professé des menaces voilées aux États-Unis et à leurs alliés, n'est pas un détail. À lui seul, le flux potentiel de djihadistes munis de passeports européens vers l'Occident est un problème sérieux», a-t-elle ajouté avant d'enchaîner sur le risque de voir non seulement le Kurdistan mais également la Jordanie tomber sous l'emprise de l'État islamique.

Bien sûr, en étayant de tels arguments, Barack Obama pourrait avoir à se résoudre un jour au scénario qu'il semble redouter le plus au monde, et non sans raison: le retour de troupes américaines au sol au Moyen-Orient.




À découvrir sur LaPresse.ca

la boite:1600127:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer