É.-U.: le «calvaire» d'un condamné exécuté relance la polémique

Le mélange de produits utilisés, l'anesthésiant Midazolam combiné... (PHOTO CAROLINE GROUSSAIN, ARCHIVES AFP)

Agrandir

Le mélange de produits utilisés, l'anesthésiant Midazolam combiné à de l'Hydromorphone, un dérivé de la morphine, était le même que celui utilisé lors d'une exécution qui avait mal tourné en janvier en Ohio, au cours de laquelle le condamné s'était agité et avait gémi pendant 26 minutes.

PHOTO CAROLINE GROUSSAIN, ARCHIVES AFP

Chantal VALERY
Agence France-Presse
WASHINGTON

L'agonie sans précédent d'un condamné à mort exécuté mercredi dans l'Arizona (sud-ouest) et qui a mis près de deux heures à mourir a relancé aux États-Unis la violente polémique sur l'injection létale comme méthode d'exécution.

Joseph Wood, 55 ans, condamné pour le double meurtre de son ancienne petite amie et du père de celle-ci en 1989, a été déclaré mort 117 minutes après le début de l'injection, au lieu d'une dizaine de minutes habituellement.

Il a «haleté», «grogné», «suffoqué et cherché sa respiration pendant environ une heure et quarante minutes», a dénoncé son avocat Dale Baich, qui est même allé jusqu'à déposer un recours en urgence devant la Cour suprême pour qu'elle arrête l'exécution, alors que le prisonnier était encore en vie plus d'une heure après l'injection.

«L'Arizona semble avoir rejoint plusieurs autres États irresponsables dans une horreur qui était absolument prévisible», a fustigé Me Baich, rejoint immédiatement par une cascade de dénonciations.

«Les Américains en ont marre de cette barbarie», a tonné Diann Rust-Tierney, de la Coalition nationale pour abolir la peine de mort. «Nous sommes tout simplement incapables de mettre en oeuvre la peine capitale de manière humaine», a-t-elle dit, en parlant du «calvaire» du condamné.

L'experte de la Fordham University, Deborah Denno, spécialiste de l'injection létale, a parlé à l'AFP d'une exécution «inacceptable», «choquante», car elle était «entièrement prévisible et évitable».

Le mélange de produits utilisés, l'anesthésiant Midazolam combiné à de l'Hydromorphone, un dérivé de la morphine, était le même que celui utilisé lors d'une exécution qui avait mal tourné en janvier en Ohio, au cours de laquelle le condamné s'était agité et avait gémi pendant 26 minutes.

La gouverneure de l'Arizona, Jan Brewer, a de son côté défendu la légalité de l'exécution tout en se déclarant inquiète de sa durée et a ordonné une enquête: «une chose est certaine, le prisonnier Wood est mort de manière légale et n'a pas souffert selon des témoignages et des conclusions médicales».

La famille de la victime a également rejeté l'idée que le condamné ait souffert d'une longue agonie. «Vous ne savez pas ce qu'est une souffrance insupportable. Une souffrance insupportable, c'est de voir votre père dans une mare de sang, de voir votre soeur dans une mare de sang», a lancé la soeur et fille des victimes, Jeanne Brown, qui a assisté à l'exécution. «Cet homme le méritait. Je ne crois pas qu'il cherchait de l'air. Je ne crois pas qu'il souffrait. Moi, il m'a semblé qu'il ronflait».

Un journaliste qui assistait à l'exécution a dit que le condamné avait haleté plus de 640 fois pendant les deux heures.

Le voile du secret

Au cours des dernières 24 heures, le condamné avait déposé plusieurs recours devant les tribunaux de l'Arizona et jusqu'au plus haut niveau de la justice, pour contester le voile du secret qui entoure la procédure d'injection létale dans cet État, comme dans nombre d'autres pratiquant la peine capitale.

À l'instar de nombreux condamnés avant lui, il avait dénoncé les risques de souffrances anticonstitutionnelles qu'il risquait de subir lors de son exécution, en l'absence d'informations sur les produits utilisés, leur origine, leur méthode de fabrication et sur les qualifications du personnel chargé de les injecter.

Ses ultimes appels ont été rejetés, la Cour suprême les ayant repoussés par deux fois en moins de 24 heures, comme elle l'avait fait pour ses recours précédents.

Dans les 32 États où la peine de mort est en vigueur, les autorités ont recours à des préparateurs en pharmacie non homologués pour fabriquer les produits d'injection, depuis le refus des fabricants européens d'en fournir à des fins d'exécution.

L'Arizona, qui n'avait procédé à aucune exécution cette année, s'était refusé à dévoiler les détails de sa procédure.

Fin avril, c'est en Oklahoma qu'un prisonnier avait succombé dans d'apparentes souffrances 43 minutes après l'injection d'un cocktail de trois produits. Les exécutions avaient été suspendues dans tout le pays puis avaient repris, peu à peu, sauf en Oklahoma, malgré les protestations et les multiples procédures judiciaires.

Lundi, une cour d'appel de l'Arizona avait donné de nouveaux espoirs aux condamnés et aux abolitionnistes, en suspendant temporairement l'exécution de Joseph Wood, estimant qu'il ne pouvait être mis à mort tant que persisterait le secret de la procédure.

Son président, Alex Kozinski, avait même estimé que «la guillotine serait sans doute préférable», mais avait jugé finalement «le peloton d'exécution plus prometteur», car l'injection létale, «trompeuse», «masque la brutalité des exécutions en leur donnant un air serein et paisible».




À découvrir sur LaPresse.ca

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer