La campagne patiente et minutieuse d'Hillary Clinton

En servant honorablement son pays, Hillary Clinton a... (Photo: Reuters)

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En servant honorablement son pays, Hillary Clinton a marqué encore plus profondément son indépendance par rapport à son mari, un accomplissement qui devrait la servir dans une course éventuelle à la Maison-Blanche.

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Richard Hétu

collaboration spéciale

La Presse

(New York) Hillary Clinton osera-t-elle briguer la Maison-Blanche pour la deuxième fois? Mauvaise question!

Il faut plutôt se demander si le jour viendra où elle abandonnera sa campagne pour briser l'ultime plafond de verre. Et la réponse est probablement non.

Car cette femme ne se décourage pas facilement. Dès le lendemain de sa défaite douloureuse contre Barack Obama, en 2008, elle se mettait déjà à retaper le réseau et l'image qui pourraient la mener à la victoire en novembre 2016.

Un exemple de son approche patiente et minutieuse: en juin et en juillet 2008, elle a envoyé, avec l'aide d'un assistant, 16 054 cartes de remerciements, dont plusieurs étaient annotées de sa main, aux donateurs, politiciens et militants qui avaient soutenu sa campagne.

Autre exemple: peu après avoir été nommée secrétaire d'État, en décembre 2008, elle a invité à sa résidence de Washington le général David Petraeus, ancien commandant de la coalition militaire en Irak, pour parler du Moyen-Orient autour d'une bouteille de vin. Les deux se sont tellement bien entendus qu'ils se sont revus le lendemain au même endroit pour partager une autre bouteille et enterrer pour de bon leurs différends (en 2007, la sénatrice de New York avait accusé le haut gradé de fabuler au sujet des progrès réalisés par les soldats américains en Irak).

Les deux anecdotes sont tirées du livre des journalistes Jonathan Allen et Amie Parnes, paru la semaine dernière sous le titre HRC: State Secrets and the Rebirth of Hillary Clinton.

Ambitions présidentielles

On peut voir dans la première anecdote la politesse surannée d'une femme issue d'une famille conservatrice du Midwest américain. On peut aussi y déceler le calcul d'une politicienne soucieuse de manifester une attention et une affection particulières «aux gens mêmes auxquels elle demanderait de l'aide si elle convoitait de nouveau la présidence», comme l'écrivent Allen et Parmes dans HRC (les initiales de Hillary Rodham Clinton).

De même, ses rencontres avec le général Petraeus peuvent être considérées comme allant de soi de la part d'une future secrétaire d'État à la recherche d'alliés au sein d'une administration en gestation. Mais elles étaient aussi de nature à servir un jour ses ambitions présidentielles, comme le démontrent Allen et Parnes ailleurs dans leur livre.

«Elle ferait une excellente présidente», a confié David Petraeus aux auteurs de HRC.

Et l'ancien directeur de la CIA d'ajouter ce commentaire des plus décevants pour ses admirateurs républicains qui cherchent à épingler Hillary Clinton pour l'attaque contre la mission diplomatique américaine de Benghazi, au cours de laquelle l'ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués, le 11 septembre 2012: «Comme plusieurs grands leaders, ses qualités les plus impressionnantes étaient les plus visibles durant les périodes difficiles. Dans la foulée de l'attaque de Benghazi, par exemple, elle a été extraordinairement résolue, déterminée et sûre d'elle-même.»

Bilan après 4 ans

Dans HRC, Allen et Parnes proposent de faire le compte rendu des quatre années de Hillary Clinton à la tête de la diplomatie américaine. Les succès que lui attribuent ces deux auteurs bienveillants ne sont pas indiscutables. Mentionnons, entre autres, le rétablissement de la réputation des États-Unis à l'étranger après les dégâts de l'ère Bush, l'amorce d'un «pivot vers l'Asie» ayant contribué à la normalisation des relations entre les États-Unis et le Myanmar et la participation américaine à la campagne militaire pour renverser le colonel Mouammar Kadhafi en Libye.

De toute évidence, Hillary Clinton n'aura pas réussi à prêter son nom à une initiative diplomatique majeure ou à définir une doctrine destinée à lui survivre. Elle a en fait cherché à éviter de s'engager personnellement dans les dossiers internationaux les plus explosifs, confiant l'Afghanistan, le Pakistan ou le conflit israélo-palestinien à des émissaires spéciaux.

N'empêche: en servant honorablement son pays et son ancien rival, Hillary Clinton a marqué encore plus profondément son indépendance par rapport à son mari, un accomplissement qui devrait la servir dans une course éventuelle à la Maison-Blanche.

Se faire une carapace

Certains de ses adversaires pourraient évidemment être tentés de lui nuire en ressassant les scandales du passé impliquant Bill Clinton, comme l'a fait récemment le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul (il a qualifié l'ancien président de «prédateur sexuel»). Mais Hillary Clinton n'a pas oublié le conseil que prodiguait Eleanor Roosevelt dans les années 20 aux femmes politiquement ou socialement actives.

Conseil que l'ancienne première dame a répété la semaine dernière à un groupe de femmes réunies à New York: «Faites-vous une peau aussi coriace que celle d'un rhinocéros.»

Tout compte fait, le secret de la longévité et de la ténacité de cette femme de 66 ans est peut-être là.




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