Greenpeace veut en finir avec les microbilles de plastique

Un tube de 125 ml de crème exfoliante peut... (photo Tony Cenicola, archives The New York Times)

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Un tube de 125 ml de crème exfoliante peut contenir jusqu'à plusieurs centaines de milliers de microbilles de polyéthylène.

photo Tony Cenicola, archives The New York Times

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Remi BANET
Agence France-Presse
LONDRES

Elles sont infiniment petites, et infiniment nocives : l'ONG Greenpeace a appelé jeudi à Londres à une interdiction au Royaume-Uni des microbilles de plastique, présentes dans nombre de cosmétiques et qui polluent les océans et intoxiquent poissons et microplancton.

Des 5 à 12 millions de tonnes de plastique déversé chaque année dans les océans, selon Greenpeace, « ces petites billes sont probablement les plus dangereuses », estime Erik Van Sebille, océanographe à l'Imperial College de Londres.

« Plus le plastique est petit, plus il est nocif. La plupart des animaux ne vont pas avaler un sac plastique, en revanche, ils ingéreront plus facilement de petites quantités de plastique », a-t-il souligné lors d'une conférence de presse organisée sur un navire de Greenpeace, l'« Esperenza », sur la Tamise à Londres.

Ces billes, dont la taille peut atteindre moins de 0,1 millimètre, se retrouvent dans nombre de produits cosmétiques, à commencer par les crèmes exfoliantes et les produits de gommage, mais aussi dans des gels douche ou des dentifrices.

Un tube de 125 ml de crème exfoliante peut contenir jusqu'à plusieurs centaines de milliers de microbilles de polyéthylène, explique David Santillo, chercheur à l'Université d'Exeter pour Greenpeace, qui a réalisé l'expérience de les extraire et a conservé les petites billes bleues et blanches dans une boîte en plexiglas.

Trop petites pour être retenues par les filtres de traitement des eaux usées, elles absorbent d'autres polluants et finissent leur vie dans les cours d'eau et les océans, intoxiquant microplancton, crustacés et poissons.

Des huîtres incapables de se reproduire

Le gouvernement britannique doit lancer en décembre une consultation de trois mois sur l'interdiction de ces microbilles. Avec d'autres associations de protection de l'environnement, Greenpeace milite pour leur bannissement de tous les produits. Une pétition demandant leur interdiction au Royaume-Uni a récolté à ce jour quelque 375 000 signatures.

L'ONG cite l'exemple des États-Unis, qui ont voté l'interdiction des microbilles en décembre 2015. En France, la loi Biodiversité votée cette année prévoit également une interdiction de ces microbilles en 2018, à l'exception notable de celles présentes dans les lessives et détergents.

Anticipant une probable interdiction au Royaume-Uni, Tesco, première chaîne de supermarchés britanniques, s'est engagée à retirer de ses rayons d'ici la fin de l'année tous ses produits contenant des microbilles, a annoncé jeudi Tim Smith, directeur qualité du groupe.

Certains industriels ont eux aussi réagi. Colgate-Palmolive affirme ainsi ne plus utiliser de microbilles dans l'ensemble de ses produits depuis fin 2014. Johnson & Johnson s'est lui engagé à les bannir d'ici fin 2017.

De son côté, Procter & Gamble indique avoir commencé à retirer ces billes de ses produits, bien qu'elles soient selon lui « sans danger pour l'homme ».

De l'aveu même de Greenpeace, leur effet sur l'homme « nécessite encore des recherches ». Mais la pollution plastique a des conséquences tangibles dans le monde marin : « Des huîtres, dans certaines parties des océans, ont arrêté de se reproduire » en raison de la trop forte présence de plastique, affirme Erik Van Sebille.

Et le pire est à venir, selon des ONG : « D'ici 2025, pour trois tonnes de poisson, il y aura une tonne de plastique » dans les océans, affirme John Sauven, directeur général de Greenpeace pour le Royaume-Uni, citant une étude de la Fondation Ellen McArthur. Ce rapport prévoit même qu'il y ait plus de plastique que de poissons dans les océans d'ici 2050.

Combien de temps ces microbilles resteront-elles dans les océans ? « Nous pensons qu'elles ne disparaîtront jamais. Nous avons analysé des plastiques issus des fonds marins qui semblaient être là depuis des décennies », dit M. Van Sebille. « Peut-être qu'à un moment les bactéries vont évoluer et commencer à manger le plastique. Mais cela pourrait prendre des centaines d'années », ajoute l'océanographe.

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