La catastrophe de Fukushima reconnue responsable du cancer d'un travailleur

Un travailleur est soumis aux détecteurs de radiations... (PHOTO ISSEI KATO, ARCHIVES AFP)

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Un travailleur est soumis aux détecteurs de radiations alors qu'il entre au centre d'opérations d'urgence de TEPCO, à Fukushima, le 20 février 2012.

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Hiroshi HIYAMA
Agence France-Presse
TOKYO

Le gouvernement japonais a annoncé mardi que la leucémie d'un travailleur de la centrale accidentée de Fukushima était attribuable aux radiations reçues sur le site nucléaire, une première reconnaissance officielle depuis le désastre atomique survenu il y a quatre ans et demi.

«Ce cas remplit les conditions» pour la reconnaissance, a expliqué un fonctionnaire du ministère de la Santé lors d'une conférence de presse à Tokyo.

Jusqu'à présent, même si d'autres ex-ouvriers du site Fukushima Daiichi saccagé par le tsunami du 11 mars 2011 dans le nord-est ont pu souffrir d'un cancer, c'est la première fois que l'exposition à la radioactivité sur le site est officiellement mise en cause dans le déclenchement de la maladie.

L'ex-ouvrier était trentenaire lorsqu'il a travaillé d'octobre 2012 à décembre 2013 à la centrale Fukushima Daiichi. Aujourd'hui âgé de 41 ans selon les médias, il a aussi passé plusieurs mois auparavant sur un site nucléaire différent, a précisé le ministère.

Ses frais médicaux seront intégralement pris en charge et il sera dédommagé pour son incapacité de travailler, selon les autorités.

«Il s'agit d'un employé d'une entreprise intervenant à Fukushima et non d'un salarié de Tokyo Electric Power (TEPCO)», a indiqué à l'AFP un porte-parole de cette compagnie exploitante de la centrale. Tout en disant ne pas être en position de commenter ce cas, TEPCO a exprimé sa compassion à l'égard de la victime et réaffirmé son engagement à réduire les niveaux d'exposition des travailleurs du site, au nombre de 7000 par jour.

Outre cette première reconnaissance, trois cas sont toujours en cours d'examen, a précisé le ministère, qui avait précédemment écarté plusieurs autres dossiers soumis par d'ex-travailleurs.

45 000 travailleurs depuis 2011

Trois des six réacteurs de la centrale Fukushima Daiichi étaient entrés en fusion quelques heures après le raz-de-marée meurtrier qui a ravagé la côte nord-est de l'archipel en mars 2011 et provoqué la mort de quelque 18 500 personnes.

Des explosions d'hydrogène s'étaient ensuite produites, détruisant des bâtiments du site, et de très importantes quantités d'éléments radioactifs se sont échappées.

Les travailleurs se sont relayés quotidiennement sur place depuis pour reprendre le contrôle des installations, mettre en place des moyens d'urgence afin d'arroser et refroidir les réacteurs, retirer des détritus contaminés, tenter de gérer les centaines de milliers de tonnes d'eau radioactive et préparer le démantèlement.

Officiellement, si plusieurs centaines de personnes sont mortes du fait de la dégradation de leurs conditions de vie après l'évacuation soudaine de la région de Fukushima, aucune n'est décédée en raison de son exposition aux radiations dues à cette catastrophe atomique, la pire dans le monde depuis celle de Tchernobyl (Ukraine) en 1986.

Même la mort par cancer de celui qui était directeur de la centrale au moment de l'accident, Masao Yoshida, n'est officiellement pas liée aux radiations reçues à ce moment.

Le cas reconnu mardi est ainsi le premier concernant l'accident de Fukushima, même si, dans le passé, les cancers de 13 travailleurs du secteur nucléaire (non impliqués dans les travaux à Fukushima) avaient été attribués à une exposition aux radiations.

«C'est une décision qui fera date du point de vue des droits des travailleurs», a commenté Shinzo Kimura, de l'Université de médecine Dokkyo, qui s'attend à beaucoup d'autres cas similaires.

Plusieurs milliers de travailleurs sur les près de 45 000 étant intervenus sur le site ont en effet reçu des doses pouvant potentiellement entraîner un cancer, selon les critères des autorités et les chiffres d'exposition publiés par TEPCO.

«C'est un coup dur pour l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui a jugé en septembre que peu d'effets sur la santé étaient à redouter de la catastrophe de Fukushima», a renchéri l'association écologiste Greenpeace.

Concernant le grand public, des examens ont été pratiqués notamment sur les plus de 300 000 enfants de moins de 18 ans qui résidaient en 2011 dans la préfecture de Fukushima.

Plus de 100 cas de cancer de la thyroïde avérés ou fortement soupçonnés ont jusqu'à présent été détectés.

Toutefois, selon les experts impliqués dans cette surveillance, il est difficile de les attribuer aux effets de Fukushima du fait de l'absence de base de référence antérieure concernant la fréquence de ce type de pathologie sur les adolescents de la région et compte tenu des délais jugés trop courts entre l'accident et l'apparition de ces cas.

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