La survie du rhinocéros blanc du Nord dépend de deux femelles

Le sperme de rhinocéros blanc du Nord mâles... (PHOTO ARCHIVES REUTERS)

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Le sperme de rhinocéros blanc du Nord mâles décédés est entreposé en différents endroits à travers le monde et il est donc essentiel d'assurer la survie des deux femelles.

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Christopher Torchia
Associated Press
JOHANNESBOURG, Afrique du Sud

Paradoxalement, la mort prochaine du dernier rhinocéros blanc du Nord mâle n'aura aucun impact sur les efforts qui sont déployés pour sauver cette espèce de l'extinction.

Sudan, dont la santé ne cesse de se détériorer et qui pourrait bientôt devoir être euthanasié en raison d'une infection à une patte, est techniquement stérile depuis plusieurs années. L'attention des experts qui souhaitent créer des embryons par fertilisation in vitro se tourne donc davantage vers sa fille Najin et sa petite-fille Fatu, dont les ovules devraient probablement être prélevés puisqu'elles sont incapables de se reproduire naturellement.

Sudan est malgré tout devenu une vedette qui attire les foules au sanctuaire kényan Ol Pejeta. L'an dernier, l'application Tinder l'a désigné «célibataire de l'année» dans le cadre d'une campagne de financement.

«La mort de Sudan n'aura pas d'impact sur les possibilités de relance du rhinocéros blanc du Nord en tant qu'espèce», a expliqué à l'Associated Press le directeur général d'Ol Pejeta, Richard Vigne.

Le sperme de rhinocéros blanc du Nord mâles décédés est entreposé en différents endroits à travers le monde et il est donc essentiel d'assurer la survie des deux femelles «jusqu'à ce que le protocole ou les techniques de fertilisation in vitro aient été perfectionnés pour enclencher ce processus», a dit M. Vigne.

La fertilisation in vitro est utilisée pour créer du bétail plus robuste et un buffle d'Afrique a été conçu de cette manière pour la première fois en 2016. Les scientifiques qui souhaitent ressusciter le rhinocéros blanc du Nord ne disposent toutefois que d'une quantité restreinte de matériel génétique et ils comptent avoir recours à une sous-espèce, le rhinocéros blanc du Sud, comme mère porteuse.

Plusieurs croient que les efforts déployés pour sauver le rhinocéros blanc du Nord pourraient ensuite servir à prévenir la disparition d'autres espèces en danger, mais certains écologistes estiment qu'on devrait plutôt s'intéresser à des espèces comme les rhinocéros de Java et de Sumatra qui sont menacés par le braconnage et la perte d'habitat.

Le rhinocéros blanc du Nord a été décimé par les conflits qui ont balayé le centre de l'Afrique; les derniers animaux en liberté ont été aperçus il y plus de dix ans dans le parc national congolais de Garamba, qui est souvent ciblé par des braconniers lourdement armés.

Le recours à la fertilisation in vitro arrive probablement trop tard pour sauver le rhinocéros blanc du Nord, croit le groupe londonien Save the Rhino.

«Compte tenu des chances restreintes de petits en santé, et de l'espace limité dans leur habitat traditionnel, Save the Rhino croit qu'il serait préférable de consacrer efforts et financement - y compris les recherches concernant la fertilisation in vitro - à sauver ces espèces qui ont encore une chance», écrit le groupe sur son site internet.

«Le véritable combat pour la survie du rhinocéros blanc du Nord dans son habitat naturel a été perdu il y a plus de dix ans, a dit Jo Shaw, une experte des rhinocéros pour le Fonds mondial pour la nature (WWF). Les grands mammifères, comme les rhinocéros, devraient être des symboles d'un écosystème en santé et on doit consacrer nos efforts et notre énergie à leur protection et à leur survie dans ces environnements cruciaux à travers le monde.»

Sudan est âgé de 45 ans. Il est le père de Najin, qui a 27 ans, mais qui souffre d'une faiblesse des pattes arrière qui l'empêche de supporter le poids d'une grossesse. La petite-fille de Sudan et la fille de Najin, Fatu, a 17 ans, mais elle est affligée d'un problème d'utérus.

Des scientifiques essaient maintenant de mettre au point une technique qui permettrait de prélever des ovules directement dans les ovaires en insérant une seringue dans le rectum de l'animal, a expliqué le directeur de la compagnie Embryo Plus, Morné de la Rey.

Jusqu'à présent, on a réussi à créer en laboratoire des embryons de «deux cellules et quatre cellules» en utilisant des ovules de rhinocéros blanc du Sud tués par des braconniers, mais les embryons ne se sont jamais assez développés pour être implantés dans un utérus, a dit M. de la Rey. La technique sera utilisée chez le rhinocéros blanc du Nord seulement si elle est tout d'abord couronnée de succès chez son cousin du Sud, dont la population s'est redressée après avoir vacillé au bord de l'extinction vers la fin du 19e siècle, mais qui demeure menacée par le braconnage.

«C'est littéralement une course contre la montre», a dit M. de la Rey.

Le dernier rhinocéros blanc du Nord mâle est né au Soudan, a été transféré vers un jardin zoologique tchèque, puis vers le Kenya en 2009 en compagnie de Najin, de Fatu et d'un autre mâle qui est mort en 2014. Les gardiens de Sudan décrivent une bête calme et amicale, et sont attristés par l'éventualité de sa mort prochaine.

«C'est pour lui que je me lève le matin, je sais que je vais faire quelque chose», a dit le gardien James Mwenda.




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