Le Botswana, refuge des éléphants

«Les éléphants viennent trouver refuge dans notre pays»,... (PHOTO CHRIS JEK, ARCHIVES AFP)

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«Les éléphants viennent trouver refuge dans notre pays», affirme le ministre de l'Environnement et du Tourisme Tshekedi Khama, frère du chef de l'État Ian Khama.

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Christophe BEAUDUFE
Agence France-Presse
KASANE, Botswana

Massacrés par dizaines de milliers pour l'ivoire, les éléphants ont encore en Afrique un sanctuaire à peu près inviolé, le Botswana, où les forces de l'ordre sont encouragées à tirer à vue sur les braconniers.

«Les éléphants viennent trouver refuge dans notre pays», affirme le ministre de l'Environnement et du Tourisme Tshekedi Khama, frère du chef de l'État Ian Khama : «Et nous allons continuer à les aider. Parce que si nous ne prenons pas soin de l'espèce, qui va le faire? Nous sommes leur voix.»

«Si vous entrez dans notre pays avec une arme pour tirer sur nos ressources naturelles (...) et si vous pensez en ressortir vivant, vous allez être déçu. Et je ne vais pas m'excuser pour ça. C'est comme ça que ça marche», a-t-il mis en garde, dans une récente interview accordée à l'AFP en marge d'une conférence internationale sur la sauvegarde des éléphants, à Kasane (nord), près de la frontière namibienne.

«Pendant notre recensement de 2014», témoigne Mike Chase, cofondateur de l'ONG Éléphants sans frontières, «nous avons trouvé 18 carcasses fraîches d'éléphants. Pas un seul n'avait été tué par des braconniers, ce qui souligne le succès du programme anti-braconnage du gouvernement botswanais.»

Après 110 heures de survol du pays, en juin, le Dr Chase a estimé à 130 000 le nombre d'éléphants résidents. Soit plus d'un quart des 470 000 survivants encore en liberté dans toute l'Afrique.

Selon les experts, l'espèce est désormais menacée de disparition d'ici une à deux décennies, au rythme de 20 000 à 30 000 tués chaque année pour alimenter le marché asiatique - essentiellement chinois - de l'ivoire.



«Tolérance zéro»

Pour tenter de sauver ses éléphants, le Botswana a suivi les recommandations des récentes conférences internationales sur la sauvegarde de l'espèce, en organisant une coopération apparemment efficace de tous ses services : rangers dans les parcs, police, justice, douanes et renseignement. En outre, toute forme de chasse a été interdite sur le territoire, et la justice, comme les rangers, est priée d'appliquer la «tolérance zéro» pour les crimes contre l'environnement.

Malgré une cohabitation parfois difficile entre pachydermes et communautés rurales, le pays fait donc aujourd'hui figure de modèle en matière de préservation des espaces naturels. Le ministère de l'Environnement et du Tourisme y est d'ailleurs un portefeuille clé, le tourisme étant le deuxième contributeur au budget de l'État après l'extraction du diamant.

«Le Botswana est un des pays leaders en Afrique en terme de protection de la nature», confirme Gerhard «Gutz» Swanepoel, propriétaire d'une agence de safari photographique à Kasane. C'est, dit-il, un des derniers pays «à essayer de garder de l'espace pour laisser (les animaux) aller et venir à leur gré comme au bon vieux temps...»

L'espace, il est vrai, n'est pas un souci au Botswana. Un peu plus grand que la France avec 582 000 km2, le territoire ne compte que 2 millions d'habitants, essentiellement regroupés dans le sud, autour de la capitale Gaborone. Le désert du Kalahari et les zones humides du nord, autour du célèbre delta de l'Okavango, sont les principales destinations touristiques.

Les parcs nationaux ne sont pas clôturés. Les frontières internationales non plus.

«Les éléphants détruisent nos champs toutes les semaines», se plaint d'ailleurs Richard Mbanga, le chef du village de Mabele (nord). L'État assure qu'il compense financièrement les dégâts provoqués. Mais les villageois, eux, jurent qu'on ne leur reverse «que 10 à 20 % de la valeur des cultures détruites».

La protection dont ces géants encombrants jouissent dans le pays risque d'ailleurs de multiplier les conflits avec les humains : «Ces animaux sont très intelligents. Lorsqu'ils sont perturbés quelque part, ils se déplacent vers un endroit où ils savent qu'ils seront en sécurité», explique Mike Chase : «Au Botswana, beaucoup de nos éléphants sont en fait des réfugiés politiques, qui ont fui la persécution dans les pays frontaliers», Zimbabwe et Zambie notamment.

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